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Joe Biden Donald Trump coronavirus covid-19
Joe Biden Donald Trump coronavirus covid-19
©SAUL LOEB

Evolution de la pandémie

COVID-19 : le virus avance plus vite que le dépouillement des votes américains

Alors que Joe Biden vient d'être élu et s'engage à former un groupe de travail pour lutter contre l’épidémie de coronavirus, Jean-Paul Betbeze décrypte et analyse l'impact de la pandémie sur l'économie mondiale et sur les principales devises.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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CNN annonce que Joe Biden serait élu 46ème Président des États-Unis, tandis que 623 000 nouveaux cas de COVID-19 sont enregistrés dans le monde le 6 novembre. Voilà une progression qui ne s’arrête pas, tandis que le comptage des grands électeurs aux États-Unis, lui, est à petite vitesse ! Les grands médias sont prudents et les responsables demandent d’attendre encore, pour donner les derniers chiffres, le décompte des quelques milliers de bulletins qui demeurent à traiter. Il faudrait encore une semaine, après plus de 160 millions traités en quatre jours ! Heureusement que nous sommes dans le pays le plus avancé du monde en matière de technologie informatique, avant que la matière juridique ne s’en mêle, là où les États-Unis sont nettement les plus avancés de tous !  Joe Biden a annoncé samedi sa victoire sans attendre que Donald Trump concède sa défaite, qu’il ne fera d’ailleurs pas !

Le nombre de nouveaux cas journaliers augmente dans le monde (Worldometer)

Le comptage des Grands Électeurs américains ne monte plus pendant des heures (CNN)

 

Puis change avec la Pennsylvanie…

 

 

Bien sûr, tandis que le suspense demeure aux États-Unis, avec les tensions politiques et sociales à la clef, il y a (et aura) plus de regroupements avec moins de précautions. Ceci y fera encore grimper le nombre de cas, qui atteint 132 500 le 6 novembre, son record absolu.

Le nombre de nouveaux cas journaliers aux États-Unis  (Worldometer)

Dans ce contexte, le total de cas de COVID-19 dans le monde s’approche de 50 millions et celui de décès dépasse 1,25. La résurgence européenne se manifeste par la cinquième place de la France par le nombre total de cas (1,66 million), derrière les États-Unis (10), l’Inde (8,5), le Brésil (5,) et la Russie (1,8). Malgré tous les signaux d’alerte et le reconfinement, la France enregistre ainsi 60486 cas le 6 novembre (source Worldometer).

En bourse aussi, l’élection américaine prend le pas sur l’économie : le Nikkei gagne 6% sur la semaine, le Dow Jones 7% et le CAC 40 : 8%. Pourquoi ?

  • Parce que les marchés se disent qu’ils vont bientôt sortir de l’incertitude de la présidentielle américaine, « même avec une victoire de Joe Biden ! »,

  • Parce que la marge de manœuvre politique de Joe Biden sera limitée : même s’il a plus de voix, il ne peut oublier l’importance interne du « pays profond », donc une part de sa politique de changement national et international sera limitée et prudente,

  • Parce que, surtout, les marchés financiers pensent que la politique de fiscalité accrue des hauts salaires, des hauts patrimoines et des entreprises sera modérée et graduelle. En même temps, les régulations sociales et environnementales que Joe Biden a incluses dans son programme, et qui visaient à défaire les simplifications et dérégulations mises en place par Trump, seront instaurées peu à peu, mais seulement quand des signes plus nets de reprise seront présents. Il en est notamment ainsi de sa proposition de hausse à 15 dollars l’heure du salaire minimum, un choc social, sinon socialiste !

  • Enfin parce que Jerome Powell, le Président de la Fed a été clair le 5 novembre : il sera toujours là pour financer le programme de soutien à l’économie. L’ « ancien » programme, présenté par Nancy Pelosi, mais bloqué par « l’ancien Congrès », comme étant trop coûteux sera repris, sinon accru. Et il semble difficile au « nouveau » Congrès de commencer ainsi sa nouvelle mandature, avec une opposition systématique. Donc, les marchés voient assez bien Joe Biden élu, vu comme plus contraint et moins « menaçant » pour eux.

Les marchés financiers savent donc, aussi, qu’ils devront financer le creusement du budget, Biden ou Trump, mais ne s’en inquiètent pas. Si le rendement nominal des bons à 10 ans du trésor américain monte un peu, il atteint 0,82%, tandis que l’inflation grimpe à 1,4%. Le trésor américain se finance donc au taux réel le plus négatif des pays développés : -0,58%, plus faible que l’Allemagne, qui rémunère ses bons à taux très négatifs. Et comme la Fed achètera les bons du trésor américain, inutile de craindre une trop forte remontée des taux américains !

Le dollar faiblit un peu par rapport à l’euro, qui rejoint son niveau d’août à 1,19 (ce qui est pratiquement son taux de naissance, il y a vingt ans), et maintient sa situation par rapport aux « grandes monnaies ». Par différence, les crises devises des pays émergents s’amplifient. Le dollar reste le refuge.

Dans ce contexte, le prix de l’or reste élevé, celui du baril reste bas. La polarisation des anticipations se met en place : l’inquiétude demeure sur l’économie. En revanche le réchauffement et les pénuries d’eau, plus la demande chinoise, font monter les prix du soja et du blé.

Enfin, bonne nouvelle en France, R0, le taux de reproduction du virus y baisse continûment, depuis un maximum de 1,68 date couvre-feu à 1,2. Ceci peut expliquer la montée actuelle des « nouveaux cas », qui sont en fait d’ « anciennes infections », avec l’idée que les « nouvelles inflexions » seraient réduites, en liaison avec les mesures de protection et de séparation qui se mettent en place depuis une semaine – si et seulement si elles sont respectées.

Bref, le futur reste incertain, mais pas comme avant !

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