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©LUDOVIC MARIN / AFP

Défis à relever

Covid-19 : le jour d’Après

Le maire de Saint-Etienne et vice-président des Républicains, Gaël Perdriau, livre son analyse sur la crise du Covid-19 et de ses conséquences pour le pays. Gaël Perdriau évoque la nécessité de se mobiliser pour le jour d'après et lance un appel pour surmonter cette épreuve.

Gaël Perdriau

Gaël Perdriau

Gaël Perdriau est maire de Saint-Etienne et vice-président du parti Les Républicains. 

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Il aura suffi d’un simple organisme, des milliards de fois plus petit que chacun d’entre nous, pour que toute notre société bascule. Un virus, dont la simplicité effrayante n’a d’égal que sa raison d’être : survivre en tuant. Aujourd’hui, les décideurs, dans tous les domaines sans exception, doivent, au-delà de la gestion quotidienne de la crise, s’interroger sur l’après. Car il y aura un «jour d’Après». 

Plus que jamais, en tant que responsables politiques, notre devoir moral est de tracer, tous ensemble, les contours d’une nouvelle société rompant avec le culte du court terme pour renouer avec le sens de l’histoire. Une société qui ne ferait plus du lendemain son seul horizon temporel et de l’opinion le seul critère décisionnel. Une société sachant décliner tous les âges de la vie et acceptant, enfin, cette évidence : nous sommes tous mortels. Une société dont il faudra définir une nouvelle dynamique, comme le fit le Général de Gaulle, avec le programme du CNR, au lendemain de la guerre. 

En effet, jamais la France, depuis «l’Etrange défaite» de 1940, n’aura connu pareille humiliation. Les images des combattants des temps actuels, les soignants, livrant une lutte héroïque, avec parfois de faibles moyens, contre un ennemi invisible, viennent s’entrechoquer avec celles des gens fuyant les villes. Le sépia des images de mai 1940 cède le pas à l’instantanéité colorée de celles saisies par les téléphones portables.  

Il faudra attendre la fin de cette crise pour interroger un pouvoir jacobin aujourd’hui exsangue, presque à l’agonie, pour comprendre ses mécanismes et sanctionner, au besoin, une nouvelle «trahison des clercs».

Aujourd’hui, les élus locaux, dont le pouvoir central semble soudainement apprécier une utilité trop longtemps dédaignée, doivent gérer une situation devenue quasiment incontrôlable faute d’une réelle évaluation et anticipation par un pouvoir exécutif aveuglé par sa propre morgue. Comment interpréter autrement les volte-face successifs de l’exécutif sur le port généralisé ou pas des masques ?

Au-delà de l’instant présent, nous devons déjà penser à la nouvelle France qui, pour surmonter le traumatisme collectif provoqué par le COVID19, devra, tant au niveau national que local, s’employer à relever trois défis incontournables, comme je l’ai fait à Saint-Etienne, dans le projet municipal proposé, il y a trois mois, aux Stéphanois : le bien-être social, le développement durable et les valeurs de la République.

Un triptyque qui, à la lumière de l’actuelle crise sanitaire, a pris tout son sens et qui devrait servir de fondement à l’action de l’Etat et des collectivités locales.  

Le bien-être social doit cesser d’être la variable d’ajustement d’une société faisant du profit immédiat sa seule référence. La société existe par un projet collectif, prenant forme par la Nation, proposé à chacun afin de lui permettre d’exprimer son talent. Le capitalisme, pour efficace qu’il puisse être, n’est qu’un instrument d’allocation des ressources pas une fin, et ne saurait donc être le seul horizon du citoyen.

Depuis 40 ans, les gouvernements ont placé de fait, au nom de la lutte contre l’inflation, la finance au cœur de toute décision. Les banques centrales sont devenues les supplétifs d’un système faisant de la spéculation le cœur du progrès économique et social, sans que les résultats soient au rendez-vous. L’hyper-capitalisme moribond finira-t-il par donner raison au cadavre desséché du marxisme ? Cessons de nous aveugler et plaçons, comme le voulait  me Général de Gaulle, l’homme au centre du système. Nous devons faire de ce dernier l’objectif de toute politique à commencer par le champ économique en rappelant ce principe inscrit, en 1942, dans la Déclaration de Philadelphie : «Le travail n’est pas une marchandise» !

Il est d’abord et avant toute chose un prolongement de l’homme et de son esprit. Il est une des manifestations concrètes de sa dignité qui doit être protégée, à chaque instant par la République. C’est là tout le sens de notre mission d’élu au service de la Nation et du projet collectif dont elle est porteuse. 

Un projet collectif qui doit, et c’est là le second pilier, faire du développement durable un des pivots essentiels des politiques publiques. Nous ne pouvons plus continuer à exploiter, tels des prédateurs sans foi ni loi, notre planète. En ce début d’années 2020, que ce soit en Australie, ravagée par les incendies, ou en Asie, avec ce virus, la Terre ne cesse de manifester son épuisement demandant aux hommes d’être enfin responsables de leurs actes. En renouant avec le long terme, comme horizon temporel de toute décision, qu’elle soit politique, économique ou sociale, nous quitterons cette vulgate du gain immédiat pour retrouver le chemin d’une culture qui privilégie une vision historique de la société. 

L’Homme doit, à nouveau, admettre que la terre nous a été léguée par les générations futures et que nous devons travailler avec elles, par touches imperceptibles, faisant de nous les humbles ouvriers de l’avenir, tels des jardiniers zen capables de penser que tout sera parfait dans 1000 ans, c’est-à-dire bien après leur mort.

Pour relever ces deux premiers défis, nous devrons cesser de tout espérer d’un Etat dont la crise actuelle met à nu les terribles carences qui affaiblissent les valeurs de la République. Sans doute aussi la faillite d’une supposée «élite», issue des mêmes moules niveleurs, au sein de laquelle domine le court terme devenu le synonyme élégant d’intérêt personnel. L’Etat Jacobin se meurt devant nos yeux pour avoir tout voulu décider et n’avoir jamais voulu faire des collectivités territoriales et de la société civile de véritables partenaires.

Le temps est venu pour un projet politique et institutionnel faisant des élus locaux et de la société civile, dont le désir de solidarité s’est encore manifesté avec force depuis le début de la présente crise, de véritables décideurs disposant de leviers d’actions d’autant plus puissants qu’ils correspondront à un véritable partage des compétences avec l’Etat. 

Le modèle Girondin doit désormais régir les principes de notre action publique car le bien-être social et le développement durable, intimement liés, ne pourront devenir une réalité que si les  collectivités sont, en s’appuyant sur la société civile locale, capables d’agir aux côtés d’un Etat redevenu, enfin, stratège puisque s’occupant de l’essentiel : l’avenir de la Nation.

«Les civilisations sont mortelles», la nôtre n’échappe pas à cette évidence énoncée par Paul Valéry et l’actuelle crise du COVID19 vient nous le rappeler avec une rare violence. Saurons-nous trouver la force pour construire cette nouvelle société imposée par la nécessité ? Ou «Aurons-nous besoin de chance?» comme le demande, en s’adressant aux hésitants, Brecht. De la réponse que nous construirons ensemble, en dépassant enfin certains clivages devenus vains, dépendra l’avenir de la France.

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