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Covid-19 : la dernière injustice pour le personnel soignant

Jean-Paul Hamon et Daniel Rosenweg publient "Qui veut la peau de nos généralistes ? Comment ils tuent la médecine de proximité" aux éditions Albin Michel. La population augmente, vieillit, et le nombre de médecins pour la soigner s'effondre. Nos "élites" dégradent depuis trente ans la qualité de prise en charge du patient. La gestion de la Covid-19 illustre bien leur mépris des généralistes pourtant en première ligne. Extrait 1/2.

Jean-Paul Hamon

Jean-Paul Hamon

Jean-Paul Hamon est président de la Fédération des médecins de France.

Voir la bio »Daniel Rosenweg

Daniel Rosenweg

Daniel Rosenweg est grand reporter, spécialiste de l'économie de la santé, au Parisien-Aujourd'hui en France.

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Le dernier bilan publié était édifiant, pour ne pas dire écœurant. Il remonte au 6 juin 2020. Trois mois se sont écoulés depuis la mise sous cloche d’une France tétanisée, elle aussi, par le Sars-CoV-2, un virus venu de Chine qui fera plus de 30 000 victimes en six mois dans l’Hexagone. Ce jour de printemps finissant, la Caisse autonome de retraite des médecins de France (Carmf) annonce un chiffre choc : 46 médecins libéraux en activité ou cumulant emploi et retraite n’ont pas survécu à la contamination ravageuse qu’ils contribuaient à enrayer ! Quarante-six seulement, serait-on presque tenté de dire en constatant dans ce même bilan qu’à peine un mois après l’entrée en vigueur du confinement, le 17 mars, pas moins de… 4 000 médecins libéraux avaient dû faire l’objet d’un arrêt de travail « Covid », privant temporairement, et au moment où elle en avait le plus besoin, la population de ses précieux médecins de proximité. Une hécatombe parmi des soignants montés immédiatement et de plein gré en première ligne pour sauver les plus fragiles d’entre nous.

« J’ai de la rage, car beaucoup de ces décès de confrères auraient pu être évités », s’emportait dès le 25 avril le Dr Thierry Lardennois, président de la Carmf dans Le Parisien-Aujourd’hui en France. De quoi parle-t-il ? Des masques, bien sûr ! Des protections indispensables pour préserver les soignants de la contamination tout en leur permettant de poursuivre leur mission salvatrice. Or, de masque, la France n’en a plus. Ou quasiment plus.

Un scandale d’État qui va agiter durablement le pays, susciter la création de deux commissions d’enquête parlementaires, l’audition de tous les décideurs de la République, présents et passés, sans oublier une plainte au pénal déposée dès mai 2020 par le collectif C19, constitué de 600 médecins libéraux qui estiment avoir été mis en danger par l’État.

La France a déclaré à l’Organisation mondiale de la santé ses trois premiers cas de contamination à la Covid-19 (deux à Paris, un à Bordeaux) le 24 janvier 2020. Cinq jours plus tard, le 29 janvier, l’OMS publie ses premières recommandations de port du masque dans les établissements de santé, pour les soins à domicile, et dans les lieux publics. Et la France découvre alors qu’elle n’est pas prête.

Dans ce contexte, le gouvernement va développer une stratégie calamiteuse de gestion de la pénurie. Et, très vite, le ministère de la Santé fait le choix d’une politique clivante, montant une nouvelle fois des cloisons, sanitaires cette fois, entre professionnels de santé hospitaliers et médecins de ville, qui ont pourtant déjà créé entre eux des liens et des ponts comme jamais. Priorité exclusive aux soignants de l’hôpital, tranche le ministère en matière d’équipements de protection. Ultime démonstration (pour l’heure) du peu de considération de notre administration et de nos dirigeants pour la médecine libérale, qui reste, quoi qu’ils en disent, la plus proche du quotidien des patients.

Extrait du livre de Jean-Paul Hamon et Daniel Rosenweg, "Qui veut la peau de nos généralistes ? Comment ils tuent la médecine de proximité", publié aux éditions Albin Michel (2020)

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