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©CHRISTOF STACHE / AFP

Coronavirus

Covid-19 : l’Allemagne investit massivement dans un plan de ventilation et la France serait bien inspirée de l’imiter

Le gouvernement allemand a décidé d'investir la somme de 500 millions d’euros dans l'amélioration des systèmes de ventilation des bâtiments publics pour lutter contre la Covid-19. Ce dispositif pourrait-il être reproduit en France et s'avérer utile dans le combat face à la pandémie ?

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

Voir la bio »Charles Reviens

Charles Reviens

Charles Reviens est ancien haut fonctionnaire, spécialiste de la comparaison internationale des politiques publiques.

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Atlantico.fr : Le gouvernement allemand a investi 500 millions d’euros dans l'amélioration des systèmes de ventilation des bâtiments publics, afin d’aider à arrêter la propagation du coronavirus. Sont concernés pour le moment : les bureaux publics, les musées, les théâtres, les universités et les écoles. Les gouttelettes expirées par les personnes infectées resteraient au moins 8 minutes dans l’air d’une pièce. L’objectif est de moderniser les systèmes de climatisation existants. Pourquoi est-ce important de faire cela ?

Stéphane Gayet : Il devient de plus en plus délicat de communiquer sur le sujet de la CoVid-19 et du coronavirus SARS-CoV-2, tant les informations se multiplient et se contredisent. Sans cesse, quelqu’un dit ou écrit une chose, puis quelqu’un d’autre dit ou écrit le contraire. Tout le monde est compétent pour s’exprimer sur le sujet. Je pense qu’en la circonstance, le travail de journaliste d’information est de plus en plus difficile à exercer. Il y aura forcément des « experts » pour dire ou écrire le contraire de ce que je vais vous indiquer. À chacune et à chacun d’essayer de s’y retrouver dans cette cacophonie « d’experts ». Une chose me frappe, c’est que bien des « experts », quand ils s’expriment du moins oralement sur le sujet, se sentent obligés d’appuyer leurs dires avec des « preuves scientifiques ». Le mot science et l’adjectif scientifique sont devenus depuis quelques mois, comme un label de qualité et d’authenticité. Mais je ne sais bien ce que l’on appelle une « preuve non scientifique » ; il y a une preuve ou il n’y a pas de preuve ; les juristes utilisent l’adjectif irréfragable pour qualifier une preuve que l’on ne peut contredire, c’est moins prétentieux que « scientifique ».

Cela dit, pour essayer de rendre plus claires les discussions à propos des micro particules émises par l’expiration, je vous propose ce tableau qui résume ce que l’on connaît actuellement.

Les particules virales de coronavirus sont globuleuses, elles sont un diamètre un peu supérieur à 100 nanomètres, soit de l’ordre de 0,1 micron, soit encore de l’ordre d’un dix millième de millimètre, car un micron ou micromètre équivaut à un millionième de mètre, donc à un millième de millimètre.

Attention : les virus – pas plus les bactéries – ne sont pas émis dans l’air tels quels, mais à l’intérieur de microparticules globuleuses qui sont essentiellement de deux types : les particules G et les particules A. Quand on veut se faire une juste idée du pouvoir filtrant d’un masque vis-à-vis des agents infectieux, il ne faut donc pas tenir compte de la taille de ces agents infectieux, mais de celle des microparticules qui les véhiculent.

Le préfixe « micro » désigne tout ce qui est invisible à l’œil humain dont le pouvoir séparateur est de l’ordre de 200 microns, soit 200 millièmes de millimètre, soit un cinquième de millimètre (pouvoir séparateur à 20 ans, mais pas à 45). Les difficultés sémantiques que nous rencontrons de plus en plus souvent proviennent des mots anglo-américains. Dans la langue anglo-américaine, il y a beaucoup de termes qui ressemblent à des termes français, mais qui n’en ont pas le même sens. Par paresse intellectuelle, on les inclut dans le vocabulaire français sans faire l’effort nécessaire de précision sémantique. C’est ainsi que les « handwashing opportunities » sont devenues en français les « opportunités de lavage des mains », ce qui est un contresens préjudiciable. Ces faux-amis font beaucoup de dégâts dans nos conceptions et nos pratiques. Il en est ainsi du terme anglo-américain « aerosol » qui ne correspond pas à notre terme « aérosol » et ceci est à l’origine d’une grande confusion à propos de l’emploi dans les médias du terme « aérosol ».

Toujours est-il que l’on a la preuve que les virus SARS-CoV-2 peuvent être véhiculés par des microparticules A. Mais il semble hautement probable que l’essentiel des particules virales de SARS-CoV-2 soit émis au sein de microparticules G, leur émission au sein de particules A n’étant que très minoritaire, voire accessoire.

Voici schématiquement la composition de l’aérosol émis par une personne qui parle.

Pour répondre à la question posée, ventiler énergiquement des locaux permet d’éliminer à la fois des microparticules G et des microparticules A. Certes, les microparticules G ne restent pas longtemps en suspension dans l’air (quelques minutes à quelques dizaines de minutes), mais c’est tout de même efficace. Cela contribue à réduire le risque. Le mieux est de bénéficier d’une ventilation continue grâce à une installation de traitement de l’air, mais pas une simple ventilation mécanique contrôlée (VMC) : une installation de traitement d’air avec une centrale comportant une série de filtres, des conduits et des bouches d’extraction, des conduits et des bouches de soufflage et un entretien régulier. Ce type d’installation est assurément efficace, mais c’est fort coûteux. De telles installations sont systématiques dans les blocs opératoires et contribuent efficacement à l’asepsie des interventions chirurgicales.

Mais si ces installations sont efficaces et devraient probablement contribuer à réduire significativement le risque de contamination par le virus SARS-CoV-2, je ne suis pas certain que ce soit rentable financièrement eu égard aux autres mesures préventives telles que le port du masque et la distanciation physique. Mais l’idée est certainement intéressante.

Charles Reviens : A titre préliminaire je dois rappeler que cette contribution n’est pas celle d’un médecin et constitue seulement une analyse des politiques publiques dans la gestion de la pandémie covid-19. La question posée est au croisement de deux enjeux : d’une part l’efficacité de l’action publique dans le combat contre la pandémie, d’autre part la question de l’innovation et de l’ingénierie dans la gestion de la pandémie.

Il faut bien entendu partir des travaux produits par la communauté scientifique. Plusieurs analyses des vecteurs de contamination distinguent ainsi les gouttelettes, particules contenant le virus vivant mais dont la taille et le poids important conduisent à une faible période de suspension dans l’air, et les aérosols, particules beaucoup plus petites qui peuvent également contenir le virus mais qui restent dans l’air pendant une période beaucoup plus longue. Des analyses de 2020 citées par le haut conseil de la santé publique (HCSP) montrent que la toux ou les éternuements déclenchent un nuage de microgouttelettes ou d’aérosols pouvant s’étendre jusqu’à 8 mètres et rester dans l’air plusieurs heures.

De ce fait l’aérosolisation en milieu confiné a été rappelée à plusieurs reprises par le haut conseil de la santé publique comme risque potentiel de contamination. L’avis du 4 octobre du HCSP relatif au protocole sanitaire renforcé proposé pour les restaurants indique qu’une ventilation et une climatisation défectueuses peuvent jouer un rôle important dans la dissémination des aérosols viraux. Il fait état d’une étude chinoise portant sur un restaurant de Guangzhou : contamination de 10 personnes de 3 familles différentes à partir d’une seule personne asymptomatique seulement pour les convives de 2 tables voisines alors que l’établissement contenait 91 personnes dont les autres n’ont pas été contaminées. Comme l’espacement des tables de plus d’un mètre était respecté, le flux et la direction de l’air conditionné fortement propulsé ont été considérés comme vraisemblablement responsables de la dissémination de l’aérosol contaminant.

Le haut conseil de santé publique insiste donc sur l’importance de la filtration de l’air dans les systèmes de ventilation des espaces clos comme les restaurants.

On comprend donc le rationnel de l’initiative allemande visant à purifier l’atmosphère des bâtiments publics des gouttelettes et aérosols en suspension. Le dispositif est construit autour d’une subvention de 100 000 euros par lieu recevant du public pour la mise en place ou la modernisation des dispositifs de ventilation. On peut noter que cette initiative fait suite à des initiatives de différents Länder concernant la ventilation des écoles et l’appétence allemande pour les questions technologiques et d’ingénierie industrielle.

Y a-t-il des projets dans ce sens en France ? Est-il urgent de le faire ?

Stéphane Gayet : Il n’existe pas à ma connaissance de tels projets en France. Étant donné les fortunes déjà dépensées en tests virologiques et le sinistre économique qui est le nôtre, je ne crois pas que ce soit à l’ordre du jour.

Il serait bien que nous nous mettions en rapport avec les scientifiques allemands qui sont à l’origine de ce projet, afin de connaître leurs arguments et leurs simulations économiques. Une chose est certaine : si la généralisation de ces installations de traitement d’air à haut débit pouvait nous permettre de « respirer », je veux dire d’alléger le port du masque dans les locaux traités, ce serait un ballon d’oxygène, quelque chose de très appréciable. Car il me paraît inconcevable de continuer à vivre et à travailler ainsi avec un masque du matin au soir.

Charles Reviens : La question de la ventilation des lieux recevant du public appartient à la famille des mesures de prévention de la contamination du virus, les fameux gestes barrière. On peut constater que la communication des pouvoirs publics français s’est longtemps concentrée sur trois types de gestes barrière : le port du masque (après les tergiversations du printemps), le lavage des mains (mesure prioritaire répétée à l’envi par le Docteur Eric Raoult), la distanciation sociale (un mètre minimum).

La question de la ventilation constitue la quatrième mesure barrière mais a la particularité de relever des entités en charge des espaces de vie commune (entreprises lieux recevant du public) mais non une règle de comportement individuel. Les conseils scientifiques mettent en avant cette question depuis un certain temps mais l’enjeu n’était pas traité avec la même force pour les pouvoirs publics.

On note un changement récent lors du point de situation et les propos d’Emmanuel Macron le 14 octobre dernier portant sur la mise en place du couvre-feu. Si les trois gestes barrières habituels ont été rappelés, le président a indiqué qu’il fallait également aérer les espaces collectifs dix minutes trois fois par jour.

En revanche je n’ai pas connaissance d’initiatives françaises comparables à ce que met en place le gouvernement fédéral allemand.

Sur l’importance de cette mesure et avec la modestie et la prudence liées à la limite de mes connaissances scientifiques et médicale, il me semble qu’il s’agit d’une mesure intéressante.

Elle me semble toutefois relativement accessoire par rapport à la priorité portée avec force par Guy-André Pelouze dans sa récente contribution portant sur l’impératif absolu du couplage entre des tests rapides et l’isolement des personnes contaminantes, sans doute le point majeur de progrès à date dans notre pays dans la gestion de la pandémie.

Avec l’hiver qui arrive, on aère forcément moins. Comment gérer la ventilation ?

Stéphane Gayet : La température physiologique pour le corps humain en activité, donc pendant l’état de veille, est de l’ordre de 25 °C nu et de l’ordre de 20 à 22° C avec des vêtements. La nuit, donc pendant l’état de sommeil, elle est de l’ordre de 15 à 18° C. On a donc tout intérêt à aérer la nuit, en été comme en hiver. De plus, les activités polluantes sont très réduites de nuit, et l’air est souvent de meilleure qualité chimique et particulaire entre 23 heures et 5 heures du matin (mais c’est variable en fonction du contexte local et du climat). Toutefois, l’aération nocturne n’est pas réalisable partout et tout le temps (animaux, intrusions, intempéries, froid vif…).

En pratique, quand on en a la possibilité, une aération nocturne – notamment de 23 heures à 5 heures - avec la création d’un ou de plusieurs courants d’air permet de renouveler efficacement l’air et de l’épurer. Dans la journée, on considère qu’un courant d’air efficace pendant 20 minutes deux fois par jour est une mesure utile. Mais il ne faut pas de faire trop d’illusions : ce type d’aération ponctuelle même répétée n’est pas grand-chose en comparaison des systèmes performants de ventilation électrique avec extraction, filtration et soufflage. Faute de mieux, le masque reste encore une valeur sûre pour quelque temps.

Charles Reviens : C’est une question à poser plutôt à un ingénieur. J’ai vu que différents experts allemands dans le domaine de la mécanique des fluides, de l’aérodynamique et de l’hygiène des espaces intérieurs, recommandent une aération de chaque pièce toutes les 20 minutes, pour une période de 5 minutes au printemps et à l’automne, et pour une période de 3 minutes en hiver.

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