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©LUDOVIC MARIN / AFP

Crise sanitaire

COVID-19 : et maintenant, quel impact économique ?

Les nouvelles mesures prises par le gouvernement vont lourdement affecter des pans entiers de l’économie pour une durée vraisemblablement plus longue que celle annoncée pour l’instant. Quelles seront les conséquences ?

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

Voir la bio »UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico.fr : Suite aux annonces du ministre de la santé Olivier Véran pour répondre à la crise sanitaire, nous allons connaître à nouveau une phase de restriction. Doit-on s’attendre à un effet cascade sur l’économie ? 

Jean-Paul Betbeze : Ecarlate ! Mais qui est donc le Conseiller en communication d’Olivier Véran : « écarlate » le Vieux Port ? Rien de tel pour qu’il le devienne et entre en dissidence : n’oublions pas que la France Insoumise y est presque chez elle ! Donc l’effet en cascade, politique surtout, est là. Olivier Véran a sans doute « médicalement raison », mais qu’en est-il économiquement et politiquement ? Médicalement raison, au vu de la montée globale des cas depuis quelques jours : 13 000 cas quotidiens, contre 1 000 à 2 000 début juillet. Une personne atteinte en infecte au moins 1,1 : le virus se propage. Mais c’est là une moyenne, d’où l’idée de cerner le problème, en raisonnant par « lignes de défense ». La première ligne se trouve dans les services de distribution, qui ont pris des mesures pour éviter le pire, les magasins vides, mais qui ont quand même vu beaucoup monter les achats en ligne, tandis que les achats de vêtements et de chaussures ont beaucoup baissé. La deuxième ligne est celle des services où le contact est plus important, avec la proximité, comme les restaurants et les bars. Après une période de fermeture, avec des aides de l’état pour les commerçants et les salariés, des ouvertures se mettent en place, avec des contraintes d’espacement, donc de moindre chiffre d’affaires. Mais, comme toujours, les gestes barrière s’oublient et les tables se densifient. Donc le virus se propage : on en voit les effets. Et c’est alors que le local entre en scène. L’économie industrielle va mieux : elle a revu les normes et les procédures. L’économie servicielle, après un redémarrage, patine – parce qu’elle est comportementale. Il faut beaucoup de formation et d’autodiscipline des clients et de psychologie des politiques, autrement c’est la chute en cascade. On ne dit pas : « écarlate » mais « très dangereux » ! 

Philippe Crevel : L’espoir d’une reprise s’estompe. Avec la publication des premiers résultats de cet été, la reprise en V avait déjà pris la forme d’une aile d’oiseau. Avec les dernières décisions d’Olivier Véran, la croissance pourrait en K voire en W. La crainte d’une rechute se répand au sein des dirigeants d’entreprise comme le souligne le Ministère du Travail dans sa dernière étude sur les conditions d’emploi en France. Depuis le déconfinement, la France revenait à bon train au niveau d’activité d’avant crise. Certes, depuis le mois de juillet, la progression se ralentissait laissant présager un écart d’activité de 4 à 6 % par rapport à la normale. La consommation de biens des ménages était au rendez-vous. L’industrie, malgré une faible demande internationale et les contraintes sanitaires, comblait peu à peu son déficit. Le secteur de la construction connaît une suractivité depuis deux mois afin de rattraper les retards pris. Certes, le secteur des services était encore à la traîne en raison des difficultés rencontrées par les activités liées au tourisme, aux loisirs et aux transports. La dégradation de la situation sanitaire pourrait modifier la donne avec le retournement des anticipations. Les ménages pourraient se réfugier dans l’épargne et restreindre leur consommation de manière forcée ou volontaire. Les dirigeants d’entreprises pourraient reporter leurs dépenses d’investissement. Il y a un risque évidement d’effet de boule de neige que le gouvernement voudra conjurer en accélérant la mise en œuvre du plan de relance.

Les mesures visent principalement le secteur du tourisme, est-ce que cela sera le seul secteur impacté ? 

Jean-Paul Betbeze : Le tourisme est impacté parce qu’il s’agit d’un ensemble de services liés : transports, hôtels, restaurants, visites… avec des problèmes d’interdépendance et surtout de risques entre ces activités : maladies, quarantaines, systèmes hospitaliers… Donc chacun reste chez soi, sort moins et moins loin, ce qui est dramatique pour les acteurs du tourisme où les frais fixes sont importants. On verra ainsi se défaire ou faiblir les acteurs les plus faibles de la filière : voyagistes, certains hôtels ou restaurants, compagnies d’avions, villes, cinémas, théâtres, spectacles de musique ou de danse, musées… Il y aura sans doute concentration d’acteurs et filières de spectacles, comme on le voit pour les salles de théâtres, organisations de musées ou de spectacles itinérants. Mais on ne voit pas bien où iront les compagnies d’avions et de croisières, avec les effets en cascade sur les filières de production des avions et des bateaux. Bien sûr, avec les vaccins, ceci va s’estomper, mais il faudra compter au moins deux ans pour retrouver une « nouvelle normalité », avec plus d’électronique et moins d’êtres humains, même s’ils seront mieux formés. Le COVID-19 frappe plus les services que l’industrie, ceci étant dû au confinement et à l’inquiétude des consommateurs, puis différentes industries à la suite des crises des services.

Philippe Crevel : La fermeture des bars et des restaurants touche évidemment en premier le secteur du tourisme qui doit également faire face aux limitations des déplacements des touristes étrangers. Les bars sont au cœur de la vie des villes et des villages. Leur fermeture en créant un climat anxiogène devrait avoir des conséquences sur tous les commerces et donc sur la consommation ainsi que sur les transports. Par ailleurs, en France, 900 000 personnes travaillent dans la restauration. Même si le chômage partiel joue, ils auront des revenus en baisse du fait de l’absence de pourboires. Ils seront contraints de réduire leur train de vie.

L’hypothèse de croissance pour 2021 de 8% par Bercy comptait sur une épidémie derrière nous. Si celle-ci dure tout l’hiver, quelles seront les conséquences pour l’économie du pays ?  

Jean-Paul Betbeze : Malheureusement, personne ne pense que l’épidémie est derrière nous, mais on pouvait penser que « le pire » était derrière, ce qui est désormais en question avec la « deuxième vague ». En réalité, nous allons vivre avec l’épidémie pendant des mois, la croissance de 2021 est décisive, plutôt autour de 5,8% selon l’OCDE, puis de 1 à 1,5% 2022. Le risque est une baisse de la croissance potentielle française autour de 0,8% dans les années qui suivent, donc de 0,5% par tête avec un chômage permanent élevé, par non embauche et crise des PME TPE notamment dans les services, sans inflation et sans hausse de salaire. Le risque est donc d’entrer dans une mer des sargasses de la croissance, ce qui implique une bonne utilisation des programmes dits « de relance » en cours, en France et en Europe, avec beaucoup de formation pour réussir dans ce nouveau monde : révolution technologique, tensions géopolitiques, changements climatiques, exigences sanitaires… Donc, le plus dur est devant.

Philippe Crevel : Les hypothèses de croissance n’engagent que ceux qui les écoutent. Déjà en temps normal, la marge d’erreur est importante. En période exceptionnelle, historique, prévoir un taux de croissance appartient à l’art divinatoire. Si évidemment, la croissance qui était repartie au 3e trimestre, s’affaisse au 4e, la contraction du PIB prévue pour le moment à – 9 sera supérieur. Le scénario le plus sombre est celui que vit actuellement Israël avec un reconfinement en pleines fêtes de fin d’année juive. Si la France devait subir le même choc pour  Noël et le 31 décembre 2020, les résultats économiques seraient évidemment catastrophiques. Au regard de l’avancée des recherches sur les vaccins, son déploiement devrait intervenir à compter du 2e trimestre 2021, ce qui induit une période délicate à gérer de six mois en plein hiver en occident. L’économie devra s’adapter à une situation de crise larvée et se redéployer. L’épidémie de choléra en 1832 avait donné lieu au même scénario avec la nécessité de concilier maladie et économie. Le gouvernement avait été à l’époque comme aujourd’hui pris à partie par des professions quand des mesures de restriction étaient prises. L’épidémie avait alors duré plusieurs années, la première ayant été la plus difficile avec deux grandes vagues.

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