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Bruno Le Maire Olivier Véran Jean Castex économie perspectives
Bruno Le Maire Olivier Véran Jean Castex économie perspectives
©ludovic MARIN / POOL / AFP

Panorama de la crise

COVID-19 : comment dire de faire attention ?

Jean-Paul Betbeze décrypte l'impact de la pandémie de coronavirus et revient sur la hausse du nombre de cas. L'économie française risque d'être fortement impactée par cette hausse de nouvelles contaminations et par les nouvelles mesures déployées par le gouvernement.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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C’est à désespérer : quand on dit que la France enregistre 45 422 nouveaux cas le 24 octobre, qu’une personne contaminée va à contaminer 1,5 s’il ne prend aucune précaution, il paraît que l’« on inquiète la population » ! Mais c’est dire que le processus est explosif ! Et quand on dit que tout montre que les lieux de proximité, comme les bars, sont à encadrer et à fermer à partir d’une certaine heure, les voilà qu’ils servent des chips. Ils sont devenus « restaurants » et peuvent rester ouverts, soutenus par certains maires. Et quand on demande de porter un masque en ville, voilà une mesure liberticide !

L’économie française va donc replonger : la « croissance » prévue par l’Insee, à 0% en fin d’année, est menacée. Ce sont les services qui sont les plus exposés. Déjà, avec près de 1,1 millions de cas, la France est le septième pays du monde infecté, derrière les États-Unis (8,8 millions), l’Inde (7,8), le Brésil (5,4), la Russie (1,5), l’Espagne (1,1) et l’Argentine (1,1).

La remontée des cas de COVID-19 en Europe pèse sur la croissance et donc sur les bourses, à côté de la Présidentielle américaine et du Brexit. Le Nasdaq américain résiste toujours, avec 32% de hausse depuis janvier. Il est clair pour tous que les nouvelles technologies seront les gagnantes de la pandémie, où la digitalisation va partout se répandre, dans les ménages, les entreprises, les bureaux et les commerces. Suit la Bourse de Shanghai (+7,8%), avec la reprise chinoise qui se consolide. De l’autre côté du spectre, la bourse anglaise est encore plus en retard (-22%), avec la forte remontée des cas et des décès plus le Brexit. Un peu moins touché, le Cac 40 français est toujours en baisse (-18%) payant le prix du risque d’une replongée. Entre eux, le Nikkei japonais, le Dow Jones américain et le Dax allemand se trouvent pratiquement au niveau de janvier.

Les prix des matières premières traduisent, à leur manière, ces évolutions boursières :

  • La hausse du prix de l’or est celle des inquiétudes sur la croissance, les tensions politiques et les élections américaines. Ces dernières poussent à des creusements sans exemple du déficit budgétaire américain, ce qui fait graduellement baisser le dollar,
  • La baisse du prix du Brent, toujours parce que la reprise de l'économie est ralentie et que les marchés sont convaincus qu’il y a trop de pétrole. Et ceci d’autant plus que le Vice-Président Biden vient d’annoncer dans sa confrontation avec le Président Trump, qu’il voulait à terme la neutralité carbone pour l’Amérique, face au réchauffement climatique,
  • Le réchauffement climatique explique les hausses des prix du soja et désormais du blé, avec la baisse des rendements plus la hausse de la demande chinoise.

Incroyable concours de circonstances : les déficits budgétaires se creusent partout, mais les taux des bons du trésor ne montent pas ! L’inquiétude alimente en effet une surépargne, qui pèse sur la reprise, surépargne alimentée par les achats de bons du trésor de Banques Centrales. Mieux, l’inflation baisse, voire devient négative en Europe, mais sans pour autant faire monter les taux réels à long terme, puisque l’inflation ne monte pas !

  • C’est le cas aux États-Unis, où le déficit ne cesse de se creuser, avec le soutien sans limite de la Fed. Ceci freine la montée des taux nominaux alors que l’inflation semble se réveiller. Le taux réel américain est alors négatif.
  • C’est aussi le cas en Allemagne et en France, où les déficits budgétaires se creusent, pour éviter les chutes des économies puis permettre des programmes de relance et de restructuration, avec l’idée de les verdir. Ralentissement de la croissance plus interventions des Banques Centrales : les réels baissent.
  • Le Royaume-Uni connaît une situation intermédiaire : les taux sont assez bas et positifs, même si le déficit augmente et la croissance chute, mais comme les prix se mettent à monter, le taux réel est nul.
  • L'Italie est en déflation, mais S&P relève la perspective de sa note (BBB/A 2) de « négative » à « stable » ! Malgré la récession forte (-12%), le déficit budgétaire (10% du PIB) et une dette publique à 1,6 fois le PIB, plus une remontée des cas de virus, malgré des taux d'intérêt nominaux sur la dette publique à 0,76%, grâce à la Banque Centrale Européenne, ceci n’empêche pas la baisse des prix à 0,6%, donc le taux réel de la dette italienne de s’inscrire à 1,4%. Mais S&P valorise l’accord interne sur le budget et le soutien européen, à venir.

Evidemment, les taux de change exagèrent ces faits. Le dollar paye ses déficits budgétaire et extérieur, plus ses incertitudes politiques, plus le fait qu’il ne se soucie pas du dollar ! Le dollar baisse donc, mais un peu, par rapport à l’euro (qui retrouve presque son taux de naissance par rapport au dollar, il y a 20 ans !), au yen et au franc suisse. Comme l’euro pèse 57,6% de la valeur pondérée du dollar, le yuan n’y est pas (!), le dollar baisse donc un peu sur la période, mais c’est en liaison avec l’euro ! En sens inverse, les monnaies des pays émergents sont en chute nette. Les fortes baisses impliquent des aides du FMI pour l’Afrique du Sud et le Brésil, mais la Turquie ne la demandera pas. Et pourtant, comme sa Banque Centrale Turque n’a pas monté ses taux la semaine passée, « surprenant les marchés » (!), le change a encore baissé.

Devant nous : les élections américaines et la résurgence du COVID-19. Ça promet !

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