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Des piétons à Argelès-sur-Mer, à l'été 2020.
Des piétons à Argelès-sur-Mer, à l'été 2020.
©RAYMOND ROIG / AFP

Pas si simple

Covid-19 : voilà pourquoi l’arrivée de l’été est loin d’offrir la garantie d’être protégés d’une résurgence épidémique

Alors que la France connaît une décrue de tous les critères sanitaires à la suite du confinement, l’été pourra-t-il ralentir l’épidémie ou toute reprise épidémique à lui seul ?

Eric Billy

Eric Billy

Eric Billy est chercheur en immuno-oncologie à Strasbourg. Il est membre du collectif Du côté de la science.

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Collectif Du Côté de la Science

Collectif Du Côté de la Science

Le collectif Du Côté de la Science, groupe indépendant de scientifiques, alerte et conseille sur la lutte contre le COVID-19, et appelle à ce qu’elle soit fondée sur les données de la science et débattue avec des citoyens informés.

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Alors que la France connaît une décrue de tous les critères sanitaires à la suite d’un confinement de 4 semaines comme on pouvait s’y attendre, les questions sur la pérennité de cette décrue, le contrôle de l’incidence et le risque de résurgence se posent.

De plus, la situation sanitaire est multifactorielle comme les 14 mois passés ont pu nous le montrer. Elle dépend de nos comportements professionnels et privés, des variants, de l'efficacité des mesures sanitaires, de l’adhésion du public, de la vaccination et de la météo pour ne citer que les principales. Alors penser aujourd’hui que l’arrivée de l’été permettra de contrôler la diffusion du virus à elle seule est réductionniste et une erreur.

Le consensus scientifique considère que “les beaux jours” par la température, les UV plus abondants et l'humidité spécifique, contribuent à réduire l’impact du virus d’environ 20%. L’été 2020 avec un redémarrage de l’augmentation des cas dès la mi-juillet et une diffusion à bas bruit hospitalier, car l’essentiel des cas étaient des sujets jeunes (18-35 ans), semble avoir été occulté par les médias ou dans l’esprit du public. L'augmentation des interactions sociales par les tranches d’âges les plus jeunes au cours de l'été, même si elles ont lieu souvent en extérieur, joue donc un rôle potentialisateur de la diffusion du virus que les effets bénéfiques UV/température pourraient avoir du mal à contrer. Comme en 2020, cela pourrait être réduit à une classe d’âge jeune, peu touchée par les formes graves et décès mais dont le nombre de cas de COVID long pourrait s’allonger.

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Si on compare à la même période de l’année dernière, nous avions un variant D614G prédominant, qui aujourd’hui a été remplacer par le variant britannique (B.1.1.7), associés à l’arrivée des variants Brésilien (P.1), Sud africain (B.1.351) et dernièrement Indien (B.1.617.1/B.1.617.2). Si on considère que le B.1.1.7 est plus contagieux de 30-50% que le B1 (D614G) et que le B.1.617.2 est lui plus transmissible que B.1.1.7 20%, le bénéfice estivale par les UV/température pourrait être facilement contré et dépassé. 

(Cf tableau des mutations communes et spécifiques aux différents variants VOC qui sont suivis de près aujourd’hui du fait de leur circulation dans différentes régions du monde)

Du côté positif, l’une des différences par rapport à l’année dernière, c’est la couverture vaccinale. Aujourd’hui les 75 ans et + ont reçu une première dose ou complètement vaccinés à 79%, ce chiffre est d’environ 73% pour les 60-75 ans. et 53% pour les 50-59 ans. On a donc la population la plus à risque de formes graves et décès partiellement vaccinée et qui devrait continuer à l’être au cours de l’été. L’objectif étant d’atteindre une couverture la plus proche des 90% pour ces classes d’âges.

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Comme nous l’avons vu de part leur comportement et vie estivale, les 18-35 ans resteront les plus exposés et la tranche d’âge la plus vectrice, tout en étant la moins vaccinée. C’est donc cette population qu’il faudra encourager à se protéger par le vaccin afin de réduire au maximum la circulation virale au cours de l’été pour préparer une rentrée socio-économique et scolaire en septembre la plus sûre possible.


(Document Le Parisien)

Par ailleurs, la résurgence épidémique au Royaume-Uni doit nous alerter sur la nécessité d’un déconfinement contrôlé sur la base de critères sanitaires et non un calendrier de dates déconnectées des réalités. Aujourd’hui au Royaume-Uni la 4ème phase du déconfinement va certainement être reportée, et les données épidémiologiques confirment que ce sont bien les tranches d’âges jeunes qui sont les plus touchées par le rebond actuel. 

Une étude récente de l’Institut Pasteur et de l’INSERM montre que le variant indien qui semble devenir majoritaire au Royaume-Uni a un une capacité d’échappement à l’immunité humorale bien plus marquée que les autres variants. La stratégie d’espacement utilisée au Royaume-Uni entre les deux doses pourrait remettre en cause la qualité ou la pérennité de la protection  (72% de vaccinés à 1 dose mais SEULEMENT 43% avec une vaccination complète, vaccin AZ majoritairement utilisé). La primo-vaccination en France a bondi avec l’ouverture à tous, mais la situation britannique devrait nous encourager à plutôt revenir à un espacement entre les deux doses des vaccins à ARNm plus proche des 3-4 semaines initialement prévues, en lieu et place des 42 jours actuellement utilisés.

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On passera un bel été en France, si l’ensemble des ces paramètres et critères sont considérés avec sérieux et font l’objet d'adaptation et d’anticipation de la part du gouvernement et des autorités sanitaires. La maîtrise de l’épidémie sur notre territoire dépend donc 

  • d’un déconfinement contrôlé et éclairé par les données épidémiologiques, 

  • par une vaccination rapide et déployée à ceux ayant un accès difficile au vaccin,

  • une communication claire, pour éviter par exemple ces contaminations et relâchement des gestes barrières dans les jours suivant la primo-vaccination. Avec les nouveaux variants, on est protégé pleinement uniquement 2 semaines après la seconde injection

  • l’adhésion de la population 

L’été 2021 ne sera pas le même que l’été 2020: la situation est différente, nous avons un aujourd’hui un vrai moyen de lutte avec les vaccins, mais nous faisons face à des variants plus contagieux qu’il y a un an.

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