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Des habitants de la ville de Bordeaux lors de la pandémie de Covid-19.
Des habitants de la ville de Bordeaux lors de la pandémie de Covid-19.
©MEHDI FEDOUACH / AFP

Impact de la crise sanitaire

Covid-19 : les confinements ont généré plus d’années de vie perdues que sauvées. Et voilà ceux des Français qui en ont le plus pâti

Les politiques sanitaires ont permis de sauver des vies. Mais comme l'a analysé le think tank GenerationLibre, elles ont aussi eu un lourd impact négatif via la paupérisation de certaines populations.

Maxime Sbaihi

Maxime Sbaihi

Maxime Sbaihi est économiste, directeur général du think-tank GenerationLibre.

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Atlantico : Quelles sont les principales conclusions de votre note ?

Maxime Sbaihi : L'objectif de la note était d'évaluer la politique publique de lutte contre la COVID-19 et en particulier la plus radicale, qui a été nommée la politique de confinement. Pour ce faire, notre démarche a été de regarder les effets en termes d'espérance de vie ; que cela concerne les vies sauvées mais aussi les coûts pour les vies confinées. Pour cela, notre travail a été fait avec un épidémiologiste - Henri Leleu -, qui est spécialiste dans la modélisation épidémiologique, afin d'estimer le nombre de morts évités par le confinement. Dans notre étude, nous arrivons à 100 000 décès évités grâce au confinement ; c'est dans la fourchette de ce que la plupart des autres études mettent en avant. On transforme ensuite ces décès évités en années de vie gagnées ; pour cela on multiplie le nombre de décès évités par l'espérance de vie des personnes qui ont été sauvées. On arrive à 500 000 années de vie sauvées par les mesures de confinement. Mais une fois cela calculé, on a cherché à voir l'effet des confinements sur l'espérance de vie des Français qui n'ont pas été touchés par la COVID-19. Cela est beaucoup plus compliqué à calculer. Il y a beaucoup d'effets et ils ne sont pas quantifiables tout de suite. Il y a eu par exemple des sondages récents, un sondage BVA sorti la semaine dernière montre par exemple que les Français ont augmenté de 30% leur consommation d'alcool et de tabac. Forcément cela a des conséquences sur la santé physique et mentale des Français, mais difficilement quantifiables à court terme. Pour simplifier, nous avons choisi comme méthodes de regarder les effets des déclassements liés à la crise. Cela peut paraître contre-intuitif en regard des politiques publiques qui ont été mises en place pour éviter les pertes de revenus. Mais ces dispositifs ne sont surtout efficaces que quand vous êtes salariés ; mais moins quand vous êtes étudiants, chômeurs, ou indépendants. On chiffre ces personnes qui ont perdu des revenus pendant la crise autour de 4 à 5 millions de personnes. Elles auraient perdu en moyenne 20% de leur revenu. Ce qui se traduit par à peu près un million de pauvres supplémentaires en France. Ces gens-là qui sont déclassés glissent le long de la courbe de l'espérance de vie, car en France, l'espérance est aussi dépendante de la distribution des revenus. En perdant des revenus, il y a aussi une perte d'espérance de vie. Si on estime que cet appauvrissement durera à peu près 5 ans. Le résultat nous donne à peu près 1 200 000 années de vie perdues par ces déclassements sur 5 années. En face des 500 000 années gagnées, cela fait donc un solde négatif. Cette conclusion est assez forte mais appelle à des compléments, car notre méthodologie n'est pas définitive - elle ne prend pas en compte la santé mentale des Français. On se concentre uniquement sur le quantifiable à partir des chiffres connus dans la sphère publique.

Cette démarche nous paraît toutefois très importante pour évaluer les politiques publiques et pouvoir les discuter ; que ce soit si cette épidémie devait redémarrer ou même pour évaluer les mesures à prendre à la suite de la crise pour cibler les populations les plus touchées. La reprise devra prendre en compte ces quantifications. Il faut enfin prendre en compte que les décisions sont souvent prises avec une grande incertitude et que l'objectif du débat public est de pouvoir lever cette incertitude pour améliorer les mesures à venir.

Quels sont les publics qui ont le plus perdu lors des confinements ?

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Maxime Sbaihi : C'est compliqué à dire avec certitude, car on manque encore un peu de chiffres. Ce qu'on peut déjà dire cependant, c'est que généralement ceux qui sont moins protégés sur le marché du travail, ce sont les jeunes. Les jeunes sont ceux qui sont les derniers employés, mais aussi ceux qui font le plus face au chômage et au travail à temps partiel. Ce sont eux qui par exemple sont pour moitié en CDD. Ils ont perdu leurs emplois ou n'ont pas été embauchés. Ce sont aussi les autoentrepreneurs qui ont un profil plus jeune. A l'inverse, les plus âgés, les personnes les plus à risques face à l'épidémie, n'ont pas vu les revenus des retraites baisser. Ceux qui ont vu leurs revenus baisser ce sont surtout certaines catégories d'actifs. Là il y a donc une grande différence entre les âges. Les premières victimes du confinement, ce sont donc les jeunes. Il faut aussi dire que la crise a surtout touché des secteurs qui embauchent beaucoup de jeunes, notamment dans les jobs étudiants, l'hôtellerie, la restauration, le tourisme ; des secteurs qui ont dû fermer. Les plus jeunes : les étudiants et les nouveaux actifs, ce sont ceux qui ont probablement le plus subi les pertes de revenus. 

Peut-on voir plus de découpages entre les groupes sociologiques ?

Maxime Sbaihi : Les effets sur les catégories de sexe, de revenus, sont pour l'instant peu disponibles ; il manque beaucoup de données et d'informations sur les distinctions à l'intérieur de la classe moyenne ou entre les sexes. Pareillement en ce qui concerne les effets territoriaux. Intuitivement, on peut faire des hypothèses sur les zones plus pauvres. Les statistiques sont publiées sur les revenus avec deux ans d'écart sur la réalité sociale, il faut donc encore attendre pour avoir une confirmation des hypothèses. Ce qu'on peut dire, c'est que les deux catégories qui ont été les plus protégées, ce sont les retraités et les fonctionnaires, car ce sont les deux groupes qui ont des revenus garantis malgré la crise. Si on prend 5 millions de fonctionnaires et 15 millions de retraités, il y a donc à peu près 20 millions de personnes dans la population qui n'ont quasiment pas perdu de revenus. L'ajustement s'est fait plutôt sur le privé, sur les salariés du privé, et bien-sûr en particulier ceux qui sont dans le halo du chômage, dans des petites activités indépendantes ou dans des métiers précaires.

Pour repartir en tant que pays, il faut aussi pouvoir tenir compte de ces coûts des confinements pour orienter les politiques publiques vers les publics qui en ont le plus souffert. Cela exige encore des complémentarités concernant les méthodologies et les modèles qui sont utilisés pour lire le rapport entre les coûts et les bénéfices des politiques de confinement.

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