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Un membre du personnel soignant s'occupe d'un patient dans un service dédié au Covid-19 à l'hôpital Pikine de Dakar en avril 2020.
Un membre du personnel soignant s'occupe d'un patient dans un service dédié au Covid-19 à l'hôpital Pikine de Dakar en avril 2020.
©JOHN WESSELS / AFP

Exemple à suivre ?

Covid-19 : la jolie réussite sénégalaise

Grâce à l'expérience acquise dans la lutte contre Ebola et contre le VIH, le pays a su bien mieux que d'autres contenir la pandémie du Sars Cov-2.

Charles Reviens

Charles Reviens

Charles Reviens est ancien haut fonctionnaire, spécialiste de la comparaison internationale des politiques publiques.

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Atlantico : Le Sénégal fait figure d'exemple dans la gestion de l'épidémie en Afrique. Que nous disent les chiffres sur la situation sanitaire sur place ? Comparée à d'autres pays africains comme l'Afrique du Sud notamment ?

Charles Reviens : Le Sénégal, pays de 16 millions d’habitants, présente effectivement des donnée statistiques impressionnantes par rapport à la plupart des pays occidentaux et à l’Afrique du Sud dans le continent africain, avec au total à date 40 344 cas et 1 107 décès covid. Au niveau de la mortalité, l’université Johns Hopkins comptabilise 66 morts par millions d’habitants contre 400 au niveau mondial et 1 400/1 500 pour l’Union Européenne et l’Amérique du Nord.

Il y a eu une petite second vague au Sénégal, mais sans commune mesure avec ce qui s’est passé en Afrique du Sud qui a été dans une situation dramatique de décembre 2020 à février 2021.

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Donc les données du Sénégal sont très comparables à ce qu’on trouve en Asie du Sud et en Océanie. L’explication du faible impact final de la pandémie mondiale covid-19 sur le Sénégal est nécessairement multifactorielle, avec des explications de nature démographique liées à la jeunesse de la population, mais aussi l’impact de l’expérience des pandémies passées, les choix de politique sanitaire retenus et les comportements de la population.

Quelle a été la stratégie déployée par le gouvernement sénégalais ? Comment s'est-elle matérialisée à l'échelle locale ?

Il faut rappeler que les infrastructures sanitaires du Sénégal sont beaucoup plus limitées que ce qui est déployé dans le monde occidental, avec selon des données 2017 de la Banque Mondiale 7 médecins pour 100 000 habitants contre 260 aux Etats-Unis. Mais le Sénégal a tiré les leçons de l’épidémie EBOLA de 2014 pour mettre en place en décembre 2014 un centre national d’urgence sanitaire (COUS) ayant une vocation de coordination et de pilotage national des urgences sanitaires.

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Le COUS a contribué à la réactivité initiale très élevée, réactivité qui est dans de nombreux pays qui ont « réussi » face à la pandémie un élément clé de performance globale.

Concernant la limitation des interactions sociale, on constate qu’elle est mise en place le 14 mars 2020 (interdiction des rassemblements publics, couvre-feu) soit 12 jours après l’identification d’un premier cas positif (2 mars 2020) avant un allégement puis des ajustements permanents à compter du 11 mai 2020.

Concernant la stratégie principale covid-19, le docteur Bousso, directeur du COUS explique dans un entretien à Vox que « la chose la plus importante à faire a consisté, à détecter en testant rapidement, à isoler et à soigner les patients ». Ces propos, qui rappellent les multiples articles d’Atlantico en faveur de la stratégie Zéro Covid, se sont traduits par la mise en place d’un dispositifs de tests rapides avec des laboratoires de terrains dans chaque région alors que la pays avait un dispositif « de temps de paix » très réduit en février 2020. L’objectif officiel était et est toujours la réalisation des tests en 48 heures.

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Juste après les tests viennent le traçage des contacts et le suivi des personnes positives. Le choix majeur initial du Sénégal en la matière a concerné l’isolement des personnes positives dans des hôtels dédiés à cet effet, avec 3 200 volontaires de la Croix Rouge contribuant à la prise en charge des personnes en quarantaine. Une séparation stricte était ainsi établie entre les personnes contaminées et les autres personnes du cercle familial permettant de casser une occurrence de chaîne de contamination.

Cette politique a duré 6 mois (mars-septembre 2020)puis a été remplacée par une politique d’isolement à la maison pour des raison de soutenabilité financière de ces politiques et d’acceptabilité économique et sociale. Cela a signifié l’abandon de la politique “presque parfaite” de la quarantaine avec réorientation des tests vers les personnes symptomatiques et les personnes à risques.

La communication publique s’est basée sur des communiqués quotidiens clairs avec un appui de fait sur les communautés notamment culturelles et religieuses du pays (combinaison du bottom up et du top down).

Le Sénégal commence seulement maintenant son programme de vaccination : le pays a administré 400 000 doses provenant des 600 000 doses récupérées (achat d’un vaccin chinois plus donations du programme international Covax). La prévision à date pour le continent est une vaccination de 60 % de la population à la fin 2022.

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L'expérience sénégalaise dans la lutte contre d'autres épidémies comme le VIH ou Ebola a-t-elle été précieuse ?

Le Sénégal comme tous les pays de l’Afrique de l’Ouest a été effectivement marqué par la pandémie Ebola de 2014 et bien avant par celle du VIH. Cela a clairement contribué à un climat d’anticipation qui n’existait absolument pas en Occident début 2020. Ainsi le centre national d’urgence sanitaire COUS a été établi au Sénégal fin 2014 et a eu cinq ans pour préparer ses protocoles avant la crise covid-19.

C’est un peu la même expérience que les pays d’Asie du Sud : les brillants succès de la Corée du Sud face au covid font suite aux déboires face au MERS en 2015 qui avait déclenché tout une série de réformes et conditionné une réactivité très forte face à la pandémie covid-19, un élément central mais non unique de performance.

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