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Coups de foudre pour des criminels : ce qu'il faudrait faire pour que les femmes ne tombent pas dans le piège
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Bonnes feuilles

Coups de foudre pour des criminels : ce qu'il faudrait faire pour que les femmes ne tombent pas dans le piège

Elles sont âgées de 20 à 50 ans, elles ont des projets, un mari, une carrière, parfois même la fortune. Pourtant, un jour, sur un coup de tête, elles vont tout plaquer par amour pour un criminel, le plus souvent un tueur en série. Extrait de "L'amour (fou) pour un criminel", de Isabelle Horlans, publié aux éditions Cherche-Midi (2/2).

Isabelle  Horlans

Isabelle Horlans

Isabelle Horlans est journaliste depuis trente ans. Elle a travaillé en presse écrite et à la télévision, couvert des faits divers, des procès, des guerres. Elle est aussi l’auteur de plusieurs livres dont L'amour (fou) pour un criminel (Cherche Midi). 

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Problème : la formation de l’Enap ne consacre pas une heure de cours à ce risque professionnel. « Mes professeurs n’ont jamais abordé ce sujet, pas une seule fois », confirme Annie, une surveillante nommée en centrale mixte à sa sortie d’école. Souhaitant préserver son anonymat « pour dire les choses sans langue de bois », elle regrette que « le sujet soit tabou. Pourtant, il y en a, des histoires ! Hétéros, homos, les aventures sont fréquentes. Une collègue CPIP 3 a failli briser sa vie pour un truand qui avait l’âge de son père. Elle a eu la chance de simplement “craquer” pour ce gars sans enfreindre la loi. Et elle a réussi à le quitter. C’est vrai que, la plupart du temps, ces affaires restent secrètes car il n’y a pas violation du serment. L’amour ne mène pas forcément à la commission d’un délit. Il est aussi vrai que, lorsque l’on choisit ce genre de carrière, on ne devrait pas avoir besoin d’être briefées sur ce danger : nous sommes censées avoir du plomb dans la cervelle, le sens du devoir, du respect de la loi ; on n’est pas folles, on sait bien que c’est interdit. Mais un minimum de formation et de mise en garde serait le bienvenu, même si cela ne nous protégera pas de toutes les tentations. Il faudrait que l’Enap nous donne des exemples concrets qui permettent de réaliser que cela n’arrive pas qu’aux faibles. Après tout, le coeur a ses raisons que la raison ignore, non ? Il faudrait nous proposer des solutions, comme d’en parler au directeur ou aux collègues avant la catastrophe. Nous préciser que l’on peut changer de bâtiment, de prison. Que ressentir de l’amour ou de l’amitié pour un tueur ne fait pas de nous un mauvais agent, un paria. Malheureusement, celles sur qui cela tombe se voient comme des brebis galeuses et n’osent pas s’épancher. Il est déjà si dur, dans la vie civile, de dire qu’on aime un détenu, alors chez nous, vous imaginez ? ».

L’Administration pénitentiaire jure tout mettre en oeuvre pour que de telles situations ne puissent se produire. Il y a d’abord le strict examen du parcours personnel de ses recrues, des entretiens réguliers associés à une vigilance permanente durant l’exercice de leur métier. Voilà pour le discours officiel, et ne doutons pas un instant de sa sincérité. Mais entre le contrôle rigoureux par l’AP et la réalité du terrain (hommes et femmes en vase clos), il existe une donnée que la bureaucratie semble ignorer : le facteur humain et ses mystères insondables. « La meilleure volonté du monde n’empêchera jamais deux individus de s’aimer », résume un psychiatre du pôle de santé mentale des détenus à Lyon.

L’attirance n’est d’ailleurs pas forcément sexuelle. Il est fréquent que des geôliers apprécient leurs pensionnaires au point d’accomplir envers eux de petits gestes sans conséquence : du rab au souper, un livre prêté, un échange verbal plus nourri que d’ordinaire. " Normal, confirme Annie. On n’a pas obligation de bouger, comme, par exemple, les magistrats. Si l’on veut servir vingt ans dans la même taule, personne n’y trouve à redire, à condition que nos évaluations soient positives. Donc, nous côtoyons des longues peines pendant dix, quinze ans,et les relations se transforment. On les connaît par coeur, ils s’habituent à nous, se confient, on blague. Il se crée une forme d’intimité..."

Extrait de "L'amour (fou) pour un criminel", de Isabelle Horlans, publié aux éditions Cherche-Midi, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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