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Crédits Photo: RAYMOND ROIG / AFP

Mauvaise idée

Corruption, lobbyisme et financement d’associations : le tiercé gagnant des fabricants d’éoliennes pour asseoir leur légitimité

Fabien Bouglé, dans son nouvel ouvrage, regrette que les éoliennes ont détourné énergies et capitaux aux dépens de l’innovation et de la recherche.

Fabien  Bouglé

Fabien Bouglé

Fabien Bouglé est un lanceur d'alerte écologiste français. Depuis 10 ans, il dénonce le désastre écologique et financier des éoliennes. Entre 2011 et 2016, il est en lien avec le service central de prévention de la corruption du ministère de la Justice français qui dévoile le scandale de la corruption dans l'industrie éolienne. Il contribue à rendre public en 2018, le prix exorbitant de rachat de l'électricité des éoliennes en mer. A la suite de ces révélations, ce tarif a été renégocié à la baisse par le gouvernement français. Auteur de nombreuses tribunes sur les éoliennes, il a été auditionné par la commission d'enquête parlementaire sur les énergies renouvelables de l'Assemblée nationale organisée en 2019. Chef d'entreprise dans le secteur financier et culturel, Fabien Bouglé est également élu municipal.

Il est l'auteur de "Eoliennes : la face noire de la transition écologique" publié aux éditions du Rocher.

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Atlantico : Vous venez de publier "Eoliennes : la face noire de la transition écologique" (éditions du Rocher). Comment expliquez-vous la grande popularité de l'éolien ? Que s'est-il passé selon vous ?

Fabien Bouglé : En France, l'un des tous premiers promoteurs éoliens a été l'entrepreneur Pâris Moratoglou. Alors qu'il développe les premières éoliennes, il parvient à convaincre le gouvernement de l'époque de lui concéder un tarif de rachat supérieur au tarif habituel.  En effet, Yves Cochet -ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement sous Jacques Chirac, de 2001 à 2002-  lui accorde le premier tarif de rachat subventionné. Or, très rapidement ce tarif subventionné, peut-être légitime au départ, devient abscons.
 
En effet, très vite, le marché des éoliennes se développe et devient un marché mature mais son prix subventionné n'est pas modifié. Il reste donc le même depuis une vingtaine d'années. Ainsi, au fil des années et grâce à cette politique de subvention, les marges de manoeuvre des promoteurs sont devenues de plus en plus grandes et leur capacité à financer par exemple des ONG ou des associations environnementales, soutenant leur industrie, est devenue de plus en plus importante. 
 
Ils ont donc fini par acquérir en France ou dans d'autres pays ayant connu le même phénomène des moyens financiers puissants leur permettant, non seulement, de créer une unanimité sur le sujet de l'éolien, mais aussi de corrompre à l'échelle international les élus pouvant avoir un impact sur l'implantation des éoliennes. Dès lors, les élus et les associations -Greenpeace, WWF, France Nature Environnement, la Fondation du patrimoine...- y trouvant un intérêt financier les conditions favorables étaient réunis afin que tous les leaders de l'opinion propagent une image positive de l'éolien. A partir de ce moment, plus personne ne s'est posé de questions sur les conséquences de l'éolien sur l'environnement, la biodiversité, ou la santé et ce malgré des études scientifiques à l'appui... Face au poids représenté par les promoteurs éoliens et leurs alliés, les lanceurs d'alerte et les groupes anti-éolien n'avaient plus les moyens de combattre et d'être audibles. C'était donc David contre Goliath. Mais aujourd'hui c'est logiquement David qui va l'emporter.

Si l'on comprend l'impact de la corruption, quels sont les autres raisons expliquant que les hommes politiques aient globalement cédé à ces minorités agissantes qu'ils s'agissent de lobbyistes ou d'ONG ?

Cela s'explique d'abord par une dimension de peur présente chez les élus non corrompus. Lorsque vous vous retrouvez face à de tels acteurs au poids et aux ressources financières non-négligeables vous vous pouvez être inquiets, c'est naturel.  Mais ce n'est pas tout, après il y a également la question de la proximité très forte entre certains partis politiques, je pense notamment à Europe Ecologie Les Verts, et certains promoteurs éoliens. Par exemple,  regardez  Jean-Yves Grandidier patron de Valorem - société française vouée au développement à l'exploitation de sites de production d'énergies renouvelables -  est un très proche de Yannick Jadot et créateur du principal syndicat éolien. Ce syndicat a invité Denis Baupin -EELV- ou  encore François Brottes -PS- à des colloques. Colloques qui sont organisés au moment précis où ces députés déposaient des projets de loi ou des amendements visant à faciliter l'installation de parcs éoliens.  Des invitations qui font la preuve d'un lobbying à outrance, à la limite de l'indécence. 
 
En outre, tout l'appareil EELV est au service d'une déréglementation des installations d'éoliennes. Ils ont en plusieurs années complètement déverrouillé le système en supprimant un certain nombre de règles et de recours. Quand vous voyez que même le ministère de l'Ecologie abrite un lobby (l'Office franco-allemand de la transition énergétique composé principalement d'industriels éoliens et de syndicats de promoteurs éoliens)  la connivence entre ces différents acteurs est on ne peut plus claire ! D'autant plus que ce lobby est financé à hauteur de 38% par les gouvernements français et allemand, un fait gravissime ! 

Si le rôle des politiques est indéniable, quel est rôle des médias dans cette affaire ? Comment expliquer qu'ils aient tant défendu l'éolien ? Est-ce l'illustration d'une certaine naïveté ? 

Je ne serai pas aussi dur avec les médias. Quand le service central de prévention de la corruption a dévoilé en 2014 cette grande affaire de prises illégales d'intérêt dans le domaine éolien, les médias n'ont pas hésité à la couvrir. Plusieurs émissions  et reportages y ont été dédiés aussi bien sur le service public que sur des chaînes privées. Cependant, à la suite de la suppression du service central de prévention de la corruption par François Hollande en 2016, la voie des opposants sur le sujet s'est fait moins entendre.
 
Ainsi, si j'ai globalement eu la possibilité de m'exprimer sur ce sujet, il ne faut pas non plus être naïf. On sait que des espaces publicitaires sont achetés, par exemple, dans certains journaux locaux par des promoteurs de l'éolien. Et que cette pression exercée par les lobbies sur la presse empêche parfois un certain pluralisme. Par exemple, lorsque certains camarades anti-éoliens et moi-même avons cherché à publier une lettre ouverte à Emmanuel Macron sur le sujet, nous n'avons pas réussi du fait de cette pression. Il y a donc incontestablement un pression financière qui est exercée par les promoteurs éoliens par le biais de l'achat ou non d'encarts publicitaires. Mais encore une fois, tout n'est pas perdu, aujourd'hui on prend conscience petit à petit de la gravité de la situation. Et mon livre va j'espère contribuer à lever cette chape de plomb.

On l'a vu avec l'histoire de l'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen, la population a globalement du mal à faire confiance aux hommes politiques sur les questions sanitaires et environnementales. Quelle est la solution dans une démocratie pour cette confiance soit restauré ?

La réponse est en réalité très simple. La France a signé une convention internationale qui s'appelle la Convention d'Aarhus, laquelle précise que les Etats signataires doivent  faire participer les citoyens concernés dans toute décision ayant un impact environnemental. L'ONU a également précisé que l'avis des citoyens doit être dûment prise en compte par les autorités. 
 
On ne peut plus imposer aux citoyens des décisions autocratiques sans les faire participer. Les enquêtes publiques ne peuvent pas continuer à occulter l'avis d'une grande partie de la population. Si tel est le cas, cela fait naître une certaine méfiance de la population vis-à-vis des décisions prises par le pouvoir en place. Une véritable démocratie environnementale devrait être mise en place par l'organisation de referendum locaux, referendum qui devraient réellement prendre en compte l'avis de la population sur les questions sanitaires et environnementales. Cela rejoint la problématique globale, avec la crise sanitaire à Rouen, celles des Gilets jaunes ou de l'éolien, on voit bien que l'on se trouve face à une crise évidente de la démocratie environnementale. Établissons une véritable démocratie environnementale qui ne se contente pas de donner la possibilité à seulement 150 personnes tirées au sort d'orienter notre politique écologique et énergétique.
 

Le livre de Fabien Bouglé, "Eoliennes : la face noire de la transition écologique", est publié aux éditions du Rocher 

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