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Environnement

Connaissez-vous la solastalgie ? Il s’agit de la douleur psychologique induite par le dérèglement climatique et touche désormais des millions de personnes dans le monde

On doit cette notion au philosophe de l'écologie Glenn Albrecht qui conceptualise la Solastalgie en 2007.

Marie Romanens

Marie Romanens

Marie Romanens est psychothérapeute et psychanaliste. Elle s'est interessée aux liens entre le champ psychologique et le champ social, entre le psychologique et le spirituel, entre l’écologie intérieure et l’écologie extérieure, entre les polarités masculine et féminine.

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Atlantico :  Dès 2007, le philosophe de l'écologie Glenn Albrecht décrit la "solastalgia" comme une forme non reconnue de détresse psychologique liée à la dégradation de l'environnement. Comment définiriez-vous précisément la notion ? Quels sont ses symptômes ?

Marie Romanens : C'est en 2007 que Gleen Albrecht a donné le nom de solastalgia au sentiment de peine éprouvé devant les dégradations de l'environnement. En étudiant l’impact de l’activité minière et d’autres industries lourdes sur la santé des habitants d'une vallée en Australie, ce philosophe eut l’occasion de mesurer la détresse des personnes confrontées à la destruction de leur territoire. Outre l’augmentation des maladies respiratoires, de certains cancers rares, de malformations des nouveau-nés..., les interviews révélaient un accroissement des états dépressifs. Bien que n’ayant pas été expulsés, les gens du pays n’éprouvaient plus le même bien-être et souffraient de ne plus se sentir réellement « chez eux ». Leur sentiment de sécurité, engendré par le fait de vivre dans un lieu connu et apprécié, se trouvait sérieusement entamé devant le constat de sa dégradation. La solastalgia recouvre ainsi des sentiments de tristesse, d'abattement et de perte des repères, plus ou moins mêlés à un état d'angoisse, liés aux changements affectant le territoire.

Dans la communauté scientifique, et chez les experts de la psychologie plus précisément, comment est abordée cette détresse psychologique ? Commence-t-elle à être reconnue comme un état psychologie réel, à part entière ?

Pour l'instant, cette détresse nouvelle a peu été reconnue dans le champ proprement dit de la psychologie. Cependant certaines voix se sont élevées, notamment en pays anglo-saxons, pour alerter sur les conséquences psychologiques provoquées par les dégradations écologiques et leur aggravation probable dans les années à venir. Joseph Reser, par exemple, un chercheur australien en psychologie environnementale  a orienté ses travaux vers l'étude des conséquences psychologiques des changements environnementaux. Par ailleurs, un nouveau champ a vu le jour aux Etats-Unis, l'écopsychologie, qui prend en compte les effets de l'environnement sur les personnes et met en place des pratiques qui vont dans ce sens. Cf. www.eco-psychologie.com

Si l'environnement semble se dégrader toujours davantage, la "solastalgia" est-elle une fatalité ? Que recommandent les experts qui s'y sont intéressés, pour lutter contre le phénomène ?

Avec l'aggravation des problèmes écologiques, la solastalgia a malheureusement de beaux jours devant elle ! On ne peut lutter contre le phénomène. Il ne s'agit pas de vouloir à tout prix le faire disparaître mais de l'accompagner pour qu'il puisse se transformer en même temps que la personne change. Cela veut dire : donner la possibilité aux gens d'exprimer leur malaise, leur souffrance, leur colère aussi et leurs angoisses, car ces éprouvés sont légitimes. Ils n'ont pas à être réprimés mais, au contraire, ils nécessitent d' être pris en compte. Non pour que les personnes restent dans la plainte mais pour qu'elles puissent vivre leur sentiment de perte et développer ainsi une résilience qui leur permettra de faire face à la nouvelle situation et de réagir au mieux.

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