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Le pétrole et le gaz seront les moteurs de la transition énergétique.
©Reuters

Statu quo

Congrès mondial du pétrole : pas de transition énergétique sans énergies fossiles

Les industriels du pétrole et du gaz se réunissent à Moscou pour le World Petroleum Congress autour des ministres de l’Énergie de 80 pays producteurs, raffineurs et consommateurs.

Stéphane Rousselet

Stéphane Rousselet

Stéphane Rousselet est co-fondateur de l'association Youth Diplomacy. Il en a été Vice-président pour les relations entreprises, et Secrétaire général. Il contribue à la réflexion stratégique de l'association, en parallèle de ses activités bénévoles au sein du World Petroleum Youth Council, et professionnelles comme chef de projet pour la logistique internationale d'un groupe mondial de l'industrie énergétique. Stéphane est diplômé en management d'ESCP Europe et de la Simon Fraser University de Vancouver.

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Alors que le projet de lois sur la transition énergétique devrait être présenté par le cabinet de Ségolène Royal avant l’été, les industriels du pétrole et du gaz se réunissent pour le World Petroleum Congress, autour des ministres de l’énergie des principaux pays producteurs, raffineurs et consommateurs. 

"Responsibly energizing a growing world" (fournir de l'énérgie de manière responsable à un monde en plein croissance) est le thème retenu par le comité organisateur russe de cet événement tri-annuel central dans l’agenda des énergéticiens. Ce leitmotiv résume la problématique centrale à laquelle font face aujourd’hui les décideurs politiques et les groupes d’influence écologistes. Profitons de l’ouverture du congrès ce lundi 16 juin pour rappeler quelques vérités essentielles, susceptibles de nourrir le débat public. 

La première de ces vérités est que notre monde est en croissance. Surprenante, il s’agit pourtant d’une réalité inattaquable. Cette croissance est démographique d’abord. Après avoir progressé à un rythme annuel de 1,4% de 1913 à 2012, voilà que le taux de natalité et l’allongement de l’espérance de vie emballe la population mondiale qui devrait passer de 7 à 8,7 milliards d’individus (+24%) d’ici 2035. Elle est économique ensuite. Malgré le ralentissement perceptible de la croissance dans les pays OCDE, deux constats s’imposent : la récession n’a été que passagère et la croissance mondiale est elle au rendez-vous à des niveaux proches des trente glorieuses européennes. D’ici 2035,  le produit mondial brut doublera, très largement tiré par les BRICS et le continent Africain. La conséquence de ces croissances est une évidence : la demande quotidienne d’énergie s’envolera (+30% selon l’Agence Internationale de l’Energie, de 265 millions de barils équivalent pétrole à 346 mbep), appelant les nations et les puissances nationales à accroitre leurs approvisionnements en ressources conventionnelles, non conventionnelles ou renouvelables mais également à optimiser leur consommation.

La seconde de ces vérités est qu’il n’y a aujourd’hui aucune alternative crédible aux énergies fossiles pour répondre à ces transformations. Après avoir abandonné le nucléaire, l’Allemagne l’a d’ailleurs appris à ses dépends, appelant le charbon nord américain à la rescousse pour remettre en service ses vieilles centrales. Le charbon demeure d’ailleurs le choix privilégiés des pays en croissance par ses coûts de production et de distribution relativement faibles. Extrêmement polluant, il contribue pourtant à lui seul à plus de 23% des émissions de gaz à effets de serre (GES, quatre fois plus que le gaz). Les énergies renouvelables peinent à émerger, comme le montrent les difficultés rencontrées par l’éolien ou le solaire en France, elles sont de plus très largement dépendantes des dotations naturelles de chacun des pays (ensoleillement, puissance hydraulique, force des vents) et de la fiscalité. Le nucléaire est certainement, en coût, intensité et émissions de GES, une énergie alternative possible, mais les risques industriels semblent l’avoir condamnée pour un temps. La biomasse est une initiative particulièrement intéressante, notamment lorsqu’elle est de troisième génération (algues) et demeure à industrialiser et généraliser. L’investissement en recherche et développement ou la construction d’offres multi-énergies doivent faire l’objet d’incitations publiques. Les investissements de TOTAL dans le solaire  ou de EXXONMOBIL dans la biomasse de type 3 soulignent le rôle potentiel des compagnies pétrolières et gazières dans le développement d’alternatives crédibles.

La troisième de ces vérités est qu’il ne s’agit pourtant pas d’une situation désespérée et qu’il est possible d’organiser la transition énergétique en capitalisant sur les ressources pétrolières et gazières. Les pronostiques de l’AIE devraient, après notre analyse, se confirmaient. Le pétrole et le gaz représenteront encore 53% des énergies consommées en 2035, malgré une nette et louable progression des énergies renouvelables (de 3 à 9%, hors biomasse). Tout d’abord, les réserves d’hydrocarbures non conventionnels (i.e. gaz de schiste) devront être évaluées et exploitées, afin de diversifier et sécuriser nos approvisionnements. Elles requièrent une analyse objective et dépassionnée des risques. Ensuite, une réorientation des investissements et incitations publiques de la production vers la consommation doit être encouragée, alors que les transports, les industries et les bâtiments représentent 85% des sources d’émissions mondiales de GES. Il ne s’agit pas de ne plus consommer de pétrole ou de gaz, mais d’en consommer plus efficacement, par la rénovation de nos plans d’urbanisme, par un accord ambitieux sur la limitation des GES, ou encore la refonte de nos politiques de transports publics (collaboratifs, intelligents, efficients). Enfin, il s’agit d’associer les acteurs industriels aux débats publics. Sur tous les continents, les géants des hydrocarbures ont non seulement les capacités d’investissement requises pour œuvrer à la réorientation du mix mais également les compétences, il leur faudra également une demande citoyenne. 

En tant que citoyen français, engagé dans le débat public et salarié d’un groupe énergétique international, c’est ce que je souhaite voir se dégager du World Petroleum Congress qui ouvre ses portes ce lundi 16 : des propositions ambitieuses issues des débats publics et privés. Plus que jamais, le World Petroleum Congress qui s’ouvre ce jour à Moscou, est un forum sur l’avenir de l’énergie et la responsabilité de l’industrie dans la construction d’un monde nouveau autour d’une efficacité énergétique accrue, d’une diminution de l’empreinte de nos activités et sur le développement des énergies de demain. 

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