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Confinement indifférencié : une punition collective de moins en moins justifiable. Les preuves scientifiques
©PASCAL GUYOT / AFP

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Confinement indifférencié : une punition collective de moins en moins justifiable. Les preuves scientifiques

Alors que la mortalité en Allemagne est beaucoup plus faible qu’en France, il est temps de mettre en œuvre les solutions intelligentes -humaines comme artificielles- permettant d’enrayer l’épidémie sans atteindre inutilement aux libertés publiques.

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze

Guy-André Pelouze est chirurgien à Perpignan.

Passionné par les avancées extraordinaires de sa spécialité depuis un demi siècle, il est resté très attentif aux conditions d'exercice et à l'évolution du système qui conditionnent la qualité des soins.

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Le confinement indifférencié, en place en France depuis plus de 3 semaines est une réponse immédiate, insoutenable à court terme.

Les 3 semaines écoulées n'ont pas permis à l'exécutif d’élaborer une vision de gestion de la pandémie à moyen terme. Le temps des décisions n’a pas changé, c’est trop long trop compliqué et surtout inadapté. Nous sommes dans une urgence absolue. En effet pour cela il faut sortir du confinement indifférencié, mesure de sauvegarde instaurée de manière appropriée compte tenu de l’inobservance générale des mesures anti-transmission. La population française avait en effet été bercée d'illusions dans la réponse à cette pandémie. Il n'était pas question de fermer les frontières ni d’empêcher les gens de voyager, il ne s'agissait que d'une petite grippe, il fallait continuer à vivre à la française et en particulier aller au théâtre, enfin summum de la communication politique les élections municipales ont été organisées au motif qu'elles représentaient un temps essentiel de la respiration démocratique. En matière de respiration ce premier tour n'aura servi qu'à contaminer plus de français. Dans l'intérêt supérieur du pays il est temps que les citoyens exigent la fin du confinement indifférencié, un mode de fonctionnement social qui laisse circuler le virus. Il est urgent d’instaurer des mesures strictes mais compatibles avec la vie normale car nous allons vivre avec une menace endémique pendant encore de longs mois. Ces mesures doivent être basées sur l’intelligence de l’épidémie, c’est à dire sur des données. Une fois de plus servons nous de l’expérience des autres peuples au lieu de continuer à persister dans une stratégie qui a failli. 

Tester tout de suite, tracer les individus positifs et les mettre en quarantaine tout de suite, assurer leur logement, leur suivi, les soins et ce dont ils ont besoin

Sortir par le haut de l’hospitalo-centrisme

En France, jusqu’à il y a une semaine, il n’était possible de faire un test de portage viral qu’après avoir appelé le 15 pour avoir son accord et pratiquer le test se faisait uniquement dans les hôpitaux. Il s’agissait uniquement de gérer la pénurie extrême de tests. Pour limiter la propagation et accumuler des données, il aurait été de loin préférable que la médecine de ville, la médecine du travail, les centres de santé (1750 selon la direction générale de l’offre de soins en 2017) disposent de tous les moyens y compris mobiles de détection, pour accélérer le dépistage et le généraliser en permettant une détection même avant l'apparition de signes cliniques. Maîtriser l’épidémie suppose de bloquer le maximum de transmission. C’est pourquoi au lieu de confiner de manière indiscriminée il faut identifier le plus grand nombre de transmetteurs.

Ne compter que sur des politiques ciblées

Les conditions climatiques de la fin du printemps ne sont pas des garanties en faveur d'une atténuation de la diffusion du virus car ce qui domine c’est sa contagiosité. Tout au plus peut on espérer une diminution de sa vitesse de réplication. Observons à cet égard la diffusion dans des pays comme l'Iran ou l'Australie, qui connaissent en début d'année des températures printanières. Les asymptomatiques porteurs du virus sont probablement la partie immergée de l’iceberg de la maladie. Il y a beaucoup de porteurs asymptomatiques  jeunes voire très jeunes. Ils pourraient représenter jusqu’à 50% des porteurs du virus. 

Mauvaise nouvelle la contagiosité est probablement pire que celle mesurée sur les premières études 

Il était admis jusqu’alors que pour le Sars-cov-2 chaque porteur de virus contaminait entre 2 et 3 nouvelles personnes. Une nouvelle étude de la revue Emerging Infectious diseases sur la dynamique de l’épidémie à Wuhan change drastiquement ce que l’on savait de la contagiosité. Les conclusions de l’étude récente peuvent être trouvées là

«Nous avons constaté que R0 est probablement de 5,7 étant donné notre état actuel des connaissances, avec un large IC à 95% (3,8–8,9). Parmi de nombreux facteurs, le manque de sensibilisation à ce nouveau pathogène et les voyages et rassemblements du Nouvel An lunaire au début et à la mi-janvier 2020 pourraient ou non jouer un rôle dans le R0 élevé. Une étude récente basée sur une analyse structurale des particules virales suggère que le SARS-CoV-2 a une affinité beaucoup plus élevée pour le récepteur nécessaire à l'entrée dans les cellules que le virus du SRAS de 2003, fournissant une base moléculaire pour la forte infectiosité du SARS-CoV -2. »

Cela signifie tout simplement que le porteur du virus a contaminé 5,7 personnes en moyenne. C’est bien sûr considérable. C’est aussi pourquoi il est beaucoup plus efficace de dépister ceux qui portent le virus pour casser la transmission. À condition d'organiser leur quarantaine. Le confinement ne fait que les laisser circuler avec une attestation dérogatoire.

Les tests ne sont suivis d’aucune logistique de quarantaine organisée

Aujourd'hui les tests de portage viral, en France ne servent pas à l'intelligence de l'épidémie. Les personnes continuent à se déplacer et à contaminer avec dans une poche l'attestation dérogatoire de déplacement alors que l'autre contient le compte-rendu du laboratoire attestant de la positivité du portage viral. C’est un paradoxe dont l'exécutif n’arrive pas à sortir. Pourtant il le faut.

Ce n’est possible que si les régions et les communes sont mises à contribution

Rien ne peut être organisé depuis Paris car les situations sont très différentes en fonction des régions et les actions ciblées suppose la proximité.

En Allemagne les landers sont maîtres de l’organisation de cette logistique et elle fonctionne. L’administration pourvoit au suivi, au logement et à l’alimentation des personnes mises en quarantaine si nécessaire. Ces personnes sont appelées au téléphone chaque jour.

Les ressources des administrations locales en France sont considérables compte tenu de l’interruption de certains services. La même logique pourrait donc être appliquée. Problème, les administrations en télé travail ont connu de nombreux bugs de productivité, certains agents arguant notamment de leurs difficultés de connexion pour justifier de leur difficulté à poursuivre le travail. 

Si le gouvernement réfléchit à une stratégie de traçage numérique, elle pourrait rester vaine si elle ne s’accompagne pas des mesures d’encadrement strict des quarantaines -et de soutien logistique- aux personnes concernées. 

Sans les données des tests et la géolocalisation la réponse à l’épidémie est médiocre

Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Les données des tests doivent être répercutées au niveau de la mairie par les ARS afin que les porteurs soient mis en quarantaine dans leur intérêt, celui de leur famille et des autres citoyens. Leur intérêt d’abord car un certain nombre d'entre eux vont s’aggraver et le suivi téléphonique quotidien va faire gagner un temps précieux. La visite d’une infirmière, la téléconsultation avec un médecin peuvent être déclenchées rapidement et éviter une venue aux urgences inutile ou l'accélérer dans le cas de données concordantes et objectives. Au terme de ce suivi le patient sort de sa quarantaine.

Les tests sérologiques ne sont pas la solution à la situation actuelle

Tout d’abord ces tests ne sont pas disponibles. Ensuite il reste des difficultés méthodologiques et techniques. C’est pourquoi tous les pays ont compris que les tests de portage viral sont les plus utiles afin de cibler les actions de blocage de la transmission. Il est bien sur ô combien plus efficace de d’isoler 75-85% des porteurs du virus pour trois semaines que d’en identifier 0% et de les laisser circuler.

Au final le confinement indifférencié doit se terminer au plus vite car il y a des trous dans sa raquette par définition. Les gesticulations au sujet du “jogging” ou des masques n’abusent personne.

En demandant le test généralisé des Parisiens, Anne Hidalgo semble néanmoins démontrer qu’un début de prise conscience sur le caractère non tenable du confinement indifférencié dans les grandes villes se fait jour.

Allemagne, Corée du Sud, Singapour, Taïwan : les exemples sont nos yeux.

Tester les personnes qui présentent des signes cliniques est urgent mais sans logistique de quarantaine parfaitement organisée cela ne sert à rien. Nous en avons les moyens, en aurons nous l'audace et l’humanité ? Rien n’est moins sûr au regard des Cassandre qui se réfugient derrière les libertés menacées ou bien renoncent, tout simplement, en attendant la litanie des décès au prochain 20h.

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