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"Dans un pays comme la France, les vacances constituent un moment de suspension des enjeux sociaux du quotidien : le travail, l’école, les tâches domestiques…"
"Dans un pays comme la France, les vacances constituent un moment de suspension des enjeux sociaux du quotidien : le travail, l’école, les tâches domestiques…"
©Flickr

Série : les codes sociaux de l'été

Comment ne pas faire tache (et les éviter) dans un club de vacances

Vous partez dans un club de vacances cet été ? Notre dernier épisode des "Codes sociaux de l'été" vous indique quel comportement adopter avec votre voisin de tablée.

Gérard Rimbert

Gérard Rimbert

Gérard Rimbert est Sociologue, Enseignant en université et Consultant Qualité de Vie au Travail au Cabinet Technologia. 

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Atlantico : Les clubs de vacances sont très prisés des familles. Repas, soirées, de nombreuses activités sont collectives. Comment bien gérer ces moments de collectivité pendant les vacances ? Quelles sont les règles à respecter dans ces situations ?

Gérard Rimbert : Dans un pays comme la France, les vacances constituent un moment de suspension des enjeux sociaux du quotidien : le travail, l’école, les tâches domestiques… En revanche, même en vacances, les relations sociales obéissent à des règles. C’est d’autant plus vrai dans les clubs, qui proposent aux vacanciers des activités en commun. On fait du sport, on mange côte à côte, on participe à des soirées et à des animations. Pour autant, les convives ne se sont pas choisis comme le font des amis qui louent une maison de vacances.

Chaque personne, ou chaque famille, va ainsi chercher à préserver sa zone d’intimité (manger entre soi, faire des sorties, etc.). Pour autant il n’est pas simple d’ignorer purement et simplement ses voisins de table, sous peine de les froisser : les enfants, la dernière animation ou encore le climat sont les sujets "faciles" qui permettent de lier conversation. Mais ce point d’équilibre sera plus facilement atteint grâce aux règles d’attraction sociale. On va fuir ceux qui parlent trop fort, se rapprocher de ceux habillés comme nous, mais éventuellement aussi aller vers le changement exotique, qui ne porte pas trop à conséquence juste le temps d’un séjour : encanaillement, fréquentation de convives généreux en anecdotes qui font rêver, rapprochement de l’élite sportive locale…

Néanmoins, ces jeux d’attraction sont aussi parfois des jeux de répulsion, car tout cela n’est pas forcément symétrique. Les décalages de conception de ce qui est le tact provoquent des malentendus que la bienséance empêche d’écarter spontanément. On ne peut pas facilement lancer : "vous m’ennuyez, au revoir ".

Faut-il forcément participer à toutes les activités pour s'intégrer correctement dans le club ?

Certains clubs proposent des activités en permanence, sans vraiment de solution de repli (chambres peu confortables par exemple). De plus, les tarifs des séjours sont parfois liés à des activités sportives ou culturelles de standing, qu’il s’agit donc de ne pas manquer.

Si les participants d’un séjour en club recherchent des relations sociales (séduction, prise de distance avec la famille pour se retrouver "entre hommes", " entre jeunes", "entre sportifs"…), alors oui, les activités permettent le contact sans avoir l’air de le chercher.

Inversement, si ce sont les activités elles-mêmes qui sont recherchées, le choix se fera plus à la carte. Le fait de se retrouver avec d’autres participants plus ou moins agréables à fréquenter ne sera qu’accessoire. Mais là encore, les malentendus existent quand pour l’un l’activité n’est qu’un prétexte pour nouer des relations et quand pour l’autre la conversation vient justement polluer l’activité.

Dans les clubs nous croisons régulièrement les mêmes personnes que ce soit pendant les repas ou pendant les activités, est-ce que tout un chacun joue un rôle pour faire bonne figure face à ces individus même sans s'en rendre compte?

Le jeu social fonctionne à plein régime pendant les séjours en club. Les rôles sociaux sont comme des costumes de théâtre qu’on changerait au gré des circonstances. L’avantage des vacances est que l’on se retrouve éloigné des signes sociaux de la vie quotidienne : on ne connait pas en détail votre lieu de résidence, votre travail, vos défauts… On peut donc enfiler les costumes qui nous arrangent pour bien garder la face devant d’autres vacanciers. Mais l’imposture sociale a ses limites : si on ne maîtrise pas un certain vocabulaire, si on ne connait pas le nom d’autres destinations de vacances ou encore si on se sent trop en divergences avec les opinions de l’autre, on ne peut pas vraiment jouer le rôle du sympathique vacancier. Alors on s’éloigne et on se rapproche d’autres auprès de qui tenir un rôle est plus aisé, plus spontané. C’est ainsi que la vie sociale, loin d’être régie par le hasard, permet de se sentir "naturel".

Entre les activités collectives et la vie de famille : comment bien gérer les deux ?

La plupart des clubs proposent une solution simple à cette question : les séquences d’animation pour les enfants, voire le club enfants intégré au club global. Au-delà de ce salut via l’organisation du club lui-même, on retrouve bien souvent les habitudes de la vie domestique : les femmes, les tantes, les grand-mères et les sœurs s’occupent plus des enfants que leurs homologues masculins. Parfois aussi les rôles sont inversés, ce qui souligne de toute façon la dimension exceptionnelle de la chose : "laisse chérie, on est en vacances".

Ceux qui s’en tirent le mieux dans cet équilibre sont ceux dont le groupe familial développe son propre intérêt collectif pour une activité donnée : rafting, randonnée, visite de monuments historiques... Les vacances sont alors un moment d’activation intense d’une pratique de toute façon déjà inscrite dans les habitudes de la famille. Sociologiquement parlant, les vacances en club se préparent donc toute l’année.

Propos recueillis par Manon Hombourger

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