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Comment le logiciel politico-social d’une certaine écologie politique transparaît à travers les propos du maire de Lyon sur le Tour de France
©JEFF PACHOUD / AFP

EELV

Comment le logiciel politico-social d’une certaine écologie politique transparaît à travers les propos du maire de Lyon sur le Tour de France

Le maire EELV de Lyon, Grégory Doucet, a révélé dans un entretien à la presse qu'il considérait que le Tour de France était "polluant" et qu'il véhiculait une "image machiste". Que révèlent les propos du maire de Lyon ?

Virginie Martin

Virginie Martin

Virginie Martin est une professeure-chercheure à Kedge Business School et politologue française. Elle est présidente du Think Tank Different, laboratoire politique créé en 2012, et est l'auteur de Ce monde qui nous échappe : pour un universalisme des différences paru en 2015 aux éditions de l'Aube.

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Pour retrouver un point de vue différent sur la question des propos du maire de Lyon, retrouvez l'entretien de Virginie Martin 

Atlantico.fr : Le maire de Lyon s'est distingué en pretextant que le Tour de France serait "machiste " et "polluant". Il s'agit du même édile qui quelques jours plus tôt avait refusé de se rendre au voeux des échevins au nom de la laïcité... avant d'aller le lendemain poser la première pierre sur le chantier d'une nouvelle mosquée. Que signifie ce "deux poids deux mesures" ?

Virginie Martin : Je ne peux pas mettre ces sujets – laïcité et écologie-machisme - sur le même plan. Donc ce ne sont pas deux poids, deux mesures. Puisque ce n’est pas « comparable ». 

Mais, comprenant votre question, il faut savoir que dans le logiciel politico-social d’une certaine écologie politique, il y a en effet, une critique souvent adressée à la République française universalisante. Celle ci est souvent vue comme une matrice surplombante et faisant la part belle aux « citoyens d’origine française et chrétienne » et négligeant les minorités.  

Pour en revenir au Tour de France, des études ont largement montré et depuis longtemps que le sport exclue souvent les femmes, qu’elles ont du mal à se projeter dans des activités qui ne les représentent pas assez, voire qui les négligent. C’est vrai en termes de diffusions, c’est vrai en termes de couverture média même quand les résultats sont là, c’est encore vrai en termes de salaires. 

Le Tour de France a eu des versions femmes il y a quelques années, mais la grand-messe reste ce Tour de France au masculin. Les seules femmes admises au tour de France étaient les hôtesses tenant des bouquets de fleurs et embrassant le vainqueur de l’étape. 

En 2022, les organisateurs vont de nouveau organiser un Tour de France au féminin et c’est tant mieux. 

Au-delà de l’aspect « polluant » (goodies, saletés, voitures…) c’est cela, que dénonce Grégory Doucet. 

En dehors de quelques commentaires indignés, la partie semble déjà perdue dans l'opinion. Pourtant, on parle d'une minorité sociologique qui est en train de mettre à mal l'idée même de la France dont le tour cycliste annuel est un étendard. Pourquoi si peu de réactions?

La partie est perdue dans l’opinion ? Mais est-ce si sûr ? Qu’en disent les femmes justement ou les écologistes en général ? Est-ce que cette partie de la France n’existe pas ? Le tour cycliste annuel dont vous parlez est un tour de cycliste masculin annuel, nous avons trop tendance à l’oublier. D’ailleurs l’appellation est Tour de France, Coupe du Monde de Football ; mais quand c’est au féminin il est dit coupe de monde féminine de football. Le masculin est vu comme un neutre, comme englobant. Le féminin, lui, doit toujours être précisé. 

C’est un peu dans cette matrice que se situent les propos du maire de Lyon si je devais les traduire ; comme je le dis précédemment, l’universalisme républicain a tendance à percevoir le monde comme étant homme, blanc, de culture chrétienne.  

Je développais jadis dans un de mes essais le concept « d’universalisme des différences » ; un concept qui tente de dire le commun avec un socle universel, mais un socle qui accepte les diversités, les différences, les altérités. Aujourd’hui il y a une invisibilisation de certaines altérités ; le maire de Lyon ne veut pas dire autre chose, je crois. Bien sûr, la société évolue, mais nous ne sommes pas à l’abri de backlash – contre les femmes par exemple - de la part de certaines (autres) minorités sociologiques … 

Les dernières élections municipales ont montré qu'une bonne partie de l'électorat des grandes villes soutenait des programmes  EELV.  On peine à savoir si il s'agit de véritables convictions, de simples aspirations à un mieux vivre (mais est ce mieux vivre que de devoir se plier aux dictats ultra-écolos?) ou d'un confortable conformisme de circonstance?

Il faut considérer deux types d’électorat, voire plus chez EELV (comme dans tous les partis d’ailleurs). 

Il existe un électorat très convaincu qui réunit les items : féministe, « eco-féministe », croissance-consommation maitrisées, favorable à l’expression d’expressions cultuelles et culturelles diverses. Il serait capable de se retrouver dans le concept d’intersectionnalité en sociologie : c’est à dire une vision de la société qui regarde sur 3 plans simultanément : les identités de genre (orientation sexuelle, égalité homme-femme…) ; les questions de « race » (religion, couleur de peau…) et enfin les questions de classe sociale (pauvreté, inégalités…). Le tout évidemment étant encadré par l’écologie politique. 

Il existe par ailleurs, bien sûr, un électorat plus flottant, moins captif, qui estime que l’enjeu écologie-environnement est important mais qui n’adhère pas forcément à toute la matrice que je viens de décrire. 

Pour conclure, et dans tous les cas, ces expériences municipales, seront un test grandeur nature de la satisfaction des électeurs et des électrices. Les régionales futures nous diront si oui ou non ces expériences sont vues comme « excessives » ou satisfaisantes. 

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