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Comment le Brexit va permettre aux Anglais de ne pas accueillir les migrants de Calais
©Reuters

Migration

Comment le Brexit va permettre aux Anglais de ne pas accueillir les migrants de Calais

Alors que les tensions se poursuivent dans la "jungle de Calais", les Anglais ne semblent toujours pas disposer à faire leur part. Le Brexit pourrait en plus leur donner une bonne excuse pour ne pas accueillir les migrants. Et la presse anglaise n'a de cesse d'évoquer l'épée de Damoclès.

Bruno Bernard

Bruno Bernard

Anciennement Arthur Young.
Ancien conseiller politique à l'Ambassade de Grande-Bretagne à Paris, Bruno Bernard est aujourd'hui directeur-adjoint de cabinet à la mairie du IXème arrondissement de Paris.

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Atlantico : Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a confirmé la poursuite du démantèlement de la "jungle de Calais", ainsi que l'arrivée de 200 policiers et gendarmes supplémentaires. Dans le même temps Nicolas Sarkozy demande "l'ouverture d'un centre de traitement des demandes d'asile pour tous ceux qui sont à Calais, en Angleterre, de manière à ce que les Anglais fassent le travail qui les concerne". Il y a peu, les tabloïds anglais rapportaient les agressions de chauffeurs routiers par des migrants. Comment cette crise est-elle perçue outre-Manche ? Quelle est la réalité du terrain sur cette question ?

Bruno Bernard : Tous les sujets traitant de l'immigration sont sensibles outre-Manche. La "jungle de Calais" est perçue comme une menace. Le Brexit s'est notamment joué là-dessus et sur les promesses de réduction de l'immigration. Le problème c'est que nous avons laissé se créer un point de fixation dans le nord de la France, grâce aux accords du Touquet signés en 2003. Sarkozy, qui veut aujourd'hui les remettre en question, était le ministre de l'Intérieur de l'époque. L'objectif était de mettre fin au camp de Sangatte. Mais la frontière anglaise a alors été déplacée en France. A partir de là, je ne vois pas pourquoi les Britanniques accepteraient de la rapatrier chez eux, alors qu'elle les empêche d'avoir des demandeurs en masse sur leur territoire. Ils font en France ce que l'Union européenne souhaiterait faire en Lybie ou en Turquie, c'est-à-dire mettre en place des postes avancés pour traiter les demandes d'asile ou au moins pour contenir les migrants. Calais est l'équivalent des îles grecques ou de Lampedusa pour la Grande-Bretagne. Il est donc inconcevable pour cette dernière que les choses bougent. Les Britanniques ne vont pas accepter que viennent sur leur sol des demandeurs d'asile ou de visa qui, d'après la ligne politique actuelle, sont susceptibles dans 90% des cas d'être expulsés.

Avec le Brexit, les Anglais risquent-ils à terme d'être obligés d'accueillir les migrants de Calais ? Quelles formes de coopérations sur le sujet peuvent se mettre en place entre Français et Anglais ?

Non, même si nous laissons passer les migrants en France, les Anglais resteront protégés par la mer. Si les Français lâchent les vannes, les Anglais établiront des contrôles dans les ports sans laisser personne entrer. Aujourd'hui, il existe des contrôles douaniers à la gare du Nord pour l'Eurostar ou dans la zone portuaire de Calais, afin de prévenir toute immigration illégale. Le Brexit sera une fermeture à double tour des frontières britanniques. La France peut menacer, mais cela sera à mon avis de mauvais alois. Le problème de Calais, c'est que les migrants ne sont arrêtés nulle part. Nous les laissons arriver jusqu'à Calais en sachant que c'est un goulot d'étranglement. Mais ils ne sont pas arrêter en Italie, en Allemagne ou en Espagne. Le nord de la France correspond à une fin de parcours. C'est malheureux, que de l'Afghanistan, le Pakistan ou la corne de l'Afrique à Calais il n'y ait absolument aucun moyen d'arrêter ces gens-là. 

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Comment coopérer entre un pays qui appartient à Schengen, un lieu censé ouvert et sans frontière, et un pays qui a une frontière ? Il faut choisir son camp. La Grande-Bretagne a choisi le sien avec le Brexit. Maintenant, c'est à la France de se prendre en main, avec ses partenaires européens, s'ils désirent réellement être un lieu de libre circulation. Pour le moment, la libre-circulation semble fonctionner aussi bien pour les gens qui ont des papiers et le droit d'être là, que pour ceux qui n'en ont pas le droit. Je pense qu'avant de parler de coopération avec les Anglais, il faut réformer Schengen et la manière dont fonctionne la liberté de circulation des migrants à l'intérieur de cet espace. 

Comment le gouvernement britannique gère-t-il la crise des migrants ? Comment cette gestion est-elle perçue ?

C'est assez simple : le vote en faveur du Brexit a été un non franc à plus d'immigration. Même si, ne nous y trompons pas, au Royaume-Uni, il y a beaucoup d'immigration intra-européenne, avec des travailleurs qui viennent de Pologne et des autres pays de l'est de l'Europe. C'est également contre cela que les Britanniques ont voté. A la fin, les chiffres devenaient totalement irraisonnables. Les Anglais étaient totalement opposés à accueillir plus de migrants, malgré les appels d'une gauche bien-pensante, qui existe aussi au Royaume-Uni. De plus, la politique d'ouverture menée par Angela Merkel, dont nous commençons à percevoir les effets néfastes en Allemagne, n'a pas trouvé d'écho en Grande-Bretagne. Ce n'est pas avec le Brexit que cela va s'améliorer.

 

 

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