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Comment la mise à mort de Louis XVI  a participé à la mort (philosophique) de Dieu
©Wikipedia / Georg Heinrich Sieveking / d’après une gravure allemande de 1793.

Bonnes feuilles

Comment la mise à mort de Louis XVI a participé à la mort (philosophique) de Dieu

Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz publient "Tout est accompli" aux éditions Grasset. Dans quelle époque vivons-nous ? Tout indique que nous entrons dans l’âge de la fin. Le livre surmonte le nihilisme de notre temps. Les auteurs dégagent les forces à l’œuvre dans l’Histoire. Extrait 1/2.

Yannick Haenel

Yannick Haenel

Yannick Haenel est notamment l’auteur de Jan Karski (Gallimard, 2009) pour lequel il a reçu le prix Interallié, et de Tiens ferme ta couronne (Gallimard, 2017) récompensé par le prix Médicis.

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Valentin Retz

Valentin Retz

Valentin Retz a fait paraître Grand Art (Gallimard, 2008) et Noir parfait (Gallimard, 2015). Il collabore à la revue littéraire Ligne de risque, aux côtés de Yannick Haenel et François Meyronnis.

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François Meyronnis

François Meyronnis

François Meyronnis a publié entre autres écrits L’Axe du Néant (Gallimard, 2003) et Tout autre – une confession (Gallimard, 2012).

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En coupant la tête du roi, le 21 janvier 1793, la République ne s’en prend pas seulement à la monarchie française. La mise à mort de celui qu’on appelait le Roi Très chrétien, et qui avait reçu les onctions du sacre à la cathédrale de Reims, est en réalité une mise à mort de Dieu. En effet, le roi de France étant configuré au Messie d’Israël, sa personne avait une dimension sacrée. On considérait son autorité comme un « écoulement de la vertu divine ». Il était d’ailleurs thaumaturge et guérissait les écrouelles. On disait alors : Le Roi te touche, Dieu te guérit. 

Le souverain établissait la communication entre ce monde et les mondes supérieurs : il était un pont entre Dieu et les hommes – celui qui fait le passage. Ainsi, quand la tête de louis XVI tombe dans le panier à 10 h 22, il ne s’agit pas seulement d’un meurtre, mais aussi d’un sacrilège. Avant de mourir, le roi tente de s’adresser à son peuple : « je meurs innocent – dit‑il – de tous les crimes qu’on m’impute, je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe pas sur la France. » 

Selon l’ancienne conception, il n’y avait qu’un seul Roi – le Christ. Et si un roi de France a porté cela jusqu’au bout, ce fut Louis XVI, en acceptant de mourir en victime émissaire. Comme l’anthropologie nous l’enseigne, tous les trônes sont fondés sur la pierre sacrificielle, et la grandeur du dernier roi fut d’imiter en conscience celui qui a porté la couronne d’épines. 

À bien y réfléchir, la République commence avec la décapitation du roi, qui est aussi une décapitation de Dieu. Quand Freud, un siècle plus tard, écrit dans Totem et Tabou que « toute société est fondée sur un meurtre commis en commun », il ne fait au fond que décrire ce qui s’est passé à Paris : le meurtre du Père par les Fils. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la place de la Révolution, où le roi fut guillotiné, a été rebaptisée au XIXe siècle place de la Concorde.

Dans un discours prononcé à la convention le 13 novembre 1792, Saint‑Just admet à sa manière que la République ne peut vivre que de la mort du Roi. « Pour moi – dit‑il –, je ne vois pas de milieu : cet homme doit régner ou mourir. » À ses yeux, on ne peut juger Louis, puisque ce serait appliquer la loi, donc un rapport de justice, et qu’il n’y en a aucun entre l’humanité et les rois. Ainsi Louis est‑il un « étranger parmi nous » – un « barbare » qu’il ne faut pas juger comme « citoyen », mais comme « rebelle » ; car il n’est « plus rien dans le contrat qui unit les Français » – sinon un « coupable de la dernière classe de l’humanité ».

Extrait du livre de Yannick Haenel, François Meyronnis et Valentin Retz, "Tout est accompli", publié aux éditions Grasset.

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