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Comment l'Europe traque les terroristes dans les camps de migrants
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THE DAILY BEAST

Comment l'Europe traque les terroristes dans les camps de migrants

Surveillance, écoutes électroniques, opérations secrètes et des réfugiés qu’il faut faire parler : pour l’instant, ce sont les mesures efficaces pour extirper les djihadistes dangereux.

Barbie Latza Nadeau

Barbie Latza Nadeau

Barbie Latza Nadeau, est chef du bureau de Rome pour The Daily Beast.

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Barbie Latza Nadeau. Copyright The Daily Beast.

Rome - Lorsqu’on évoque les centaines de milliers de réfugiés qui ont atterri en Europe l’année dernière, la frontière est souvent très fine entre la pitié et la peur. D’un côté, il est difficile de ne pas ressentir un torrent de sympathie à la vue de bébés nés lors de périlleuses missions de secours ou des cadavres d’enfants balayés par les vagues. Tout comme il est aussi difficile de ne pas sentir de la méfiance et de la colère lorsqu’on entend qu’une fois de plus, des supposés djihadistes se trouvaient parmi les réfugiés légitimes. Cette semaine, trois présumés djihadistes ont été arrêtés dans la région allemande de Schleswig-Holstein. Ils étaient soupçonnés d’être des agents de Daech.

D’après les documents fournis par la justice allemande, les trois hommes sont Mahir a-H, 17 ans ; Ibrahim M, 18 ans et Mohamed A, 18 ans. Ils seraient arrivés en Europe l’année dernière via la Turquie et la Grèce, durant l’une des vagues migratoires à destination de l'Allemagne. En tant que Syriens, leurs dossiers de demande d’asile politique sont traités plus rapidement. Mais avant de mettre tous les réfugiés dans le même sac, celui des terroristes, il est important de noter qu’il aurait été impossible de faire tomber ces trois hommes si d’autres réfugiés n’avaient pas tiré le signal d’alarme il y a plusieurs mois déjà.

D’après un porte-parole de la BKA, le service de contre-espionnage allemand, les trois hommes essayaient de recruter des hommes qui attendaient le traitement de leurs dossiers. Le trio a alors été signalé par des hommes qu’il essayait de recruter. Depuis, les trois hommes ont été mis sous surveillance pendant des mois, ce qui a permis aux autorités de collecter des informations de grande valeur et d’élargir la connaissance du réseau.

Il arrive également que lorsqu’ils vivent dans des camps en attendant de régulariser leurs statuts, les migrants et les réfugiés soient souvent sujets à des pratiques qui violent leurs vies privées. Des actes qui ne seraient ni acceptés ni acceptables pour un citoyen lambda. Les services de contre-terrorisme en Italie, qui s’occupent également de la mafia, ne cachent même pas le fait que les téléphones des migrants sont souvent sur écoute et qu’il y a même parfois des agents infiltrés en tant que faux migrants dans les principaux centres d’accueil afin de surveiller et de collecter du renseignement.

Dans le port d’Augusta en Sicile, d’anciens réfugiés travaillent avec les autorités locales pour identifier et intercepter les extrémistes. Un homme se faisant appeler Leo a déclaré au Daily Beast qu’il était capable de reconnaitre un faux réfugié au bout de dix minutes de conversation. "Soit ils ne connaissent pas le dialecte de la région de laquelle ils sont supposés venir, soit ils tombent immédiatement dans le piège lorsque je commence à me plaindre de l’Occident", dit-il. Son job est de se fondre dans les groupes d’hommes réfugiés qui ont été séparés de leurs familles et de commencer à parler avec eux. Les autorités italiennes emploient également des Nigérians, des Afghans et des Irakiens, selon les populations trouvées sur les bateaux. Une information cruciale glanée lors de telles opérations d’infiltration : les services allemands sont certains que les trois hommes arrêtés cette semaine venaient de Leros en Grèce et qu’ils étaient sur le même bateau que deux des kamikazes qui ont commis les attentats meurtriers du 13 novembre à Paris. Un kamikaze a été identifié par ses empreintes digitales après les attentats du 13 novembre, qui correspondent à celles d’un homme, lle M Al-Mahmoud. Il était l'un des réfugiés, dans le même bateau grec que les hommes arrêtés cette semaine. Au moins un des trois hommes aurait un lien avec le groupe responsable de l’attaque d’aout 2015 dans un TGV Thalys en direction de Paris. Les autorités allemandes affirment que le lien avait été fait bien avant les arrestations, grâce notamment aux témoignages de vrais réfugiés qui ont voyagé avec les cinq hommes.

En récompense de cette coopération, le témoin principal a été transféré vers un autre pays et a vu sa demande d’asile acceptée. Ce qui complique la chasse aux terroristes parmi les vrais réfugiés est l’essor d’une véritable industrie du faux documents depuis le début de la crise migratoire. Les faux documents feraient passer n’importe qui, ou presque, pour un migrant légitime. Le mois dernier, Europol a trouvé une cache de faux documents dans un camp de réfugiés en Grèce. Son but était apparemment de fournir des documents à des combattants étrangers venus combattre sur le sol européen.

Au printemps dernier, un Irakien a été arrêté en Italie, suspecté de faire du trafic d’armes et de faux documents pour les mêmes buts. Les autorités pensent également qu’il existe des réseaux de trafic humain spécialisés dans le passage des terroristes vers l’Europe parmi de vrais réfugiés. "Tout porte à croire que c’est le même réseau de passeurs qui était derrière les attentats de Paris et qui a également aidé les trois hommes à venir en Allemagne" a déclaré le ministre de l’Intérieur allemand, Thomas de Maizière, lors de la conférence de presse sur les arrestations de la semaine dernière. Il a dit qu’il y avait au moins 520 "combattants potentiels" rien qu’en Allemagne et a expliqué comment certains s’organisaient en petites unités qui se cachaient parmi les réfugiés tout en recevant les ordres du commandement de Daech. D’autres, a-t-il déclaré, sont des "loups solitaires" recrutés sur le trajet ou une fois dans les camps. D’autres encore vont au Moyen-Orient pour s’entrainer et reviennent en Europe pour commettre des attentats. "Certains opèrent seuls ; d’autres s’inspirent spontanément d’autres attentats et enfin d’autres reviennent de zones de crise". Un peu plus de 28% des 298 009 migrants et réfugiés arrivés en Europe par la mer cette année viennent de Syrie, d’après l’agence des Nations Unis pour les réfugiés UNHCR. Le reste vient de zones de conflits comme l’Afghanistan, l’Irak, le Nigéria et l’Erythrée. Il y a des palestiniens et des Soudanais aussi. 54% sont des hommes et le reste sont des femmes et des enfants.

Frontex, l’organisation européenne en charge de la surveillance des frontières, et qui surveille notamment la Méditerranée en coopération avec la marine italienne, a prévenu depuis longtemps de la possibilité de voir arriver des terroristes parmi les migrants. C’est pour cette raison que l’agence est opposé aux opérations du type Mare Nostrum lancée par l’Italie car elle créé un "effet d’attraction". Frontex pense que la seule solution est de renvoyer les bateaux. "Les attentats de Paris en novembre 2015 ont clairement montré que l’arrivée de migrants illégaux pouvait être utilisée pour mener des opérations terroristes sur le sol européen" disait le rapport d’analyse des risques de Frontex pour 2016. "Deux des terroristes impliqués dans les attaques étaient entrés illégalement précédemment via Leros et avaient été enregistrés par les autorités grecques. Ils avaient présentés de faux passeports syriens pour accélérer leur processus d’enregistrement."

Ce n’est pas étonnant que l’Europe soit divisée entre se protéger et sauver des vies et procurer de une aide humanitaire à ceux dans le besoin. "Ce n’est pas juste de jeter la suspicion sur tous les réfugiés" dit de Maizière. "Mais le fait est que nous avons des réfugiés qui viennent ici en tant que terroristes potentiels". Les autres, bien sûr, méritent une compassion légitime. Le plus difficile est de faire la différence pour protéger les uns dans un groupe et pour protéger l’Europe des autres.

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