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Méchante belle-mère

Comment ma belle-mère envahissante et pernicieuse a gâché ma vie de couple

Si le mariage est le plus beau jour de la vie, c'est aussi le jour où la mariée hérite officiellement de sa belle-mère. Entre les deux femmes la relation est souvent entière, soit merveilleuse et amicale soit tendue et pleine d'incompréhension. Claire, le personnage de "Méfiez-vous des femmes" de Catherine Euvrard, vivra le second cas de figure (Extrait 2/2).

Catherine Euvrard

Catherine Euvrard

Catherine Euvrard dirige CE Consultants, l'un des plus importants cabinets de chasseurs de têtes, spécialisé dans le recrutement de cadres supérieurs et dirigeants. Ses deux précédents ouvrages : En avoir ou non, secrets d'un chasseur de têtes (JC Lattes), On marche sur la tête ! (Eyrolles).

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Bien entendu, Jeanne n’est pas ma belle-mère. J’ai toujours entretenu avec celle-ci des relations suivies et affectueuses. La malheureuse a d’ailleurs disparu il y a plusieurs années, paix à son âme ! Non, la belle-mère dont il est question ici est celle d’une cousine dont je tairai le nom par charité chrétienne. Jeanne doit avoir dans les soixante-dix ans, autant dire qu’à notre époque, c’est une personne dans la force de l’âge. C’est aussi une forte femme (au sens physique du terme) et une forte personnalité (au sens moral, ou plutôt immoral du terme, cette fois). Jeanne est parfois méchante, ne le cache pas, s’en vante même souvent. C’est sa raison de vivre et de rester jeune, elle y tient donc beaucoup et s’accroche à sa méchanceté comme d’autres à leur argent ou à leur statut social. Une Tatie Danielle, mais hélas nantie d’une belle-fille dont elle a fait son souffre-douleur.

Donc, ma cousine Claire, directrice du marketing dans l’industrie de la mode, avait hérité d’une belle-mère en même temps que d’un mari. Elle se prénommait Jeanne et n’avait jamais travaillé de sa vie, comme c’était la règle chez les mères de famille bourgeoises de sa génération. Ce fut précisément sur ce plan que se développèrent les premières escarmouches, dès la robe de mariée remisée au placard. « Ma chérie, interrogea Jeanne avec son plus mielleux sourire, as-tu prévenu les gens de ton bureau que tu les quittais ? » À cet instant, ma cousine comprit que la guerre était déclarée. Sans se démonter (la vie en entreprise l’avait endurcie vis-à- vis de ce genre d’agression, cela aide dans ces cas-là…), elle répondit que l’idée d’abandonner un job bien payé, qui la passionnait et lui permettait de s’épanouir, ne l’avait même pas effleurée.

Pour faire passer la pilule, elle crut habile de clore l’incident par une touche d’humour : « Au sixième enfant, je prendrai peut-être une année sabbatique. Et au huitième, promis, j’arrête tout et je deviens pour de bon femme au foyer ! » Claire m’a raconté après coup que son mari tout frais avait assisté à la prise de bec, mais qu’il s’était bien gardé d’intervenir pour défendre sa femme ou même, simplement, pour donner son avis : le gentil mari se tenait recroquevillé sur sa chaise, il gloussait d’un air gêné, tout en marmonnant en boucle : « Allons, allons, allons, arrêtez de vous chamailler… »

Ce fut la seconde information que Claire enregistra dans la seconde : dans ce genre de situation, et face à sa maman chérie, jamais ce grand dadais ne volerait au secours de sa jeune épouse. Mari lâche et fils respectueux, telle serait à l’avenir sa ligne de conduite immuable entre ses deux « femmes ». (…) Jeanne avait donc choisi d’ouvrir les hostilités sur le terrain de l’emploi du temps de ma cousine. Claire pouvait-elle prétendre s’occuper dignement de son mari alors qu’elle rentrait chez elle à 8 heures presque tous les soirs ? Et pour le ménage, qui surveillerait l’employée de maison ? D’ailleurs, était-il bien raisonnable, pour un jeune couple qui débutait dans la vie, de s’offrir les services d’une femme de ménage ?

Ce luxe inutile coûtait presque autant que le salaire supplémentaire que Claire ramenait à la maison (affirmation gratuite qui était évidemment fort exagérée) ! Bien entendu, les critiques, les allusions et les piques redoublèrent à l’arrivée du premier bébé : faute d’être nourri au sein, ce bambin élevé par des nourrices mercenaires était voué à devenir un cancre, peut-être même un futur drogué ! Oui, oui, cela s’était vu… Plus tard, les enfants ont continué à lui fournir une mine inépuisable de sujets de remontrance : ils mangeaient n’importe quoi, les heures des repas n’étaient pas respectées, ils étaient mal habillés, mal élevés, ils regardaient trop la télé, etc.

Et si Claire n’avait pas travaillé, si elle était restée du matin au soir « à s’occuper de sa maison»,  croyez-vous que les choses se seraient passées autrement ? Évidemment, non. J’ai connu d’autres belles-mères du même genre que Jeanne dont les belles-filles avaient renoncé à leur travail au bout de quelques mois de mariage, ou après une première grossesse. Leurs belles-mamans jugeaient tout à fait normal que les malheureuses les véhiculent dans Paris lorsqu’elles avaient décidé d’y faire leurs courses. En guise de remerciement, elles leur lançaient des piques du genre : « Cela t’occupera, puisque tu n’as rien à faire de tes journées pendant que ton mari se tue au travail. » Ah ! La défense pointilleuse des droits du fils trop tôt arraché à l’affection de sa maman chérie...

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Extrait de Méfiez-vous des femmesEYROLLES (31 mai 2012)

 

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