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Vue du quartier bouclé de Boussy-Saint-Antoine, au lendemain du décès d'un adolescent de 14 ans dans une bagarre entre bandes rivales.
©THOMAS COEX / AFP

La France Orange mécanique

Collégiens tués dans l’Essonne : ne vous réfugiez pas dans le « ça se passe entre eux …»

Il y a des coins de France où l’on meurt très jeune.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Elle avait quatorze ans et a été tuée d’un coup de couteau. C’était il y a 72 heures. Il avait treize ans et il a été égorgé il y a 48 heures. Deux localités différentes : Saint-Chéron et Boussy-Saint-Antoine. Les mêmes circonstances : une rixe entre bandes rivales.

Il y a eu – à des millions d’années lumières de chez nous – ce qu’on a appelé la guerre des boutons. On s’affrontait plutôt gentiment d’un village à l’autre. Et les vainqueurs ramenaient comme trophées, les boutons de chemises et de culottes des vaincus.

Aujourd’hui ces différends se règlent au couteau, à la machette et si besoin est à la kalach’. Ça se passe dans des territoires où nous n’habitons pas et où nous n’allons pas. Qu’irions-nous y faire d’ailleurs ? Mais ça se passe quand même en France !

Sur les réseaux sociaux, dans les commentaires sous les articles des journaux qui rendent compte de ces assassinats (ceux du Figaro sont particulièrement éclairants) on voit apparaître des appréciations du genre « ça se passe entre eux. » Avec en sous-entendu : « un voyou de moins ».

Ce n’est pas très beau. Car ceux qui sont morts étaient quand même des enfants, même si, selon l’expression consacrée « ils étaient connus des services de police ». Quatorze et treize ans ! La décence et la compassion ne sont pas au rendez-vous.

Au-delà de ces considérations morales, il y a autre chose. La mort de ces deux « jeunes »  si jeunes nous oblige à voir l’effrayante violence qui règne dans nos banlieues. « Ça se passe chez eux » disent certains pour se rassurer. Pas seulement car ils prennent également le RER pour venir chez nous.

Et là, chez nous, vous risquez un coup de couteau pour un mauvais regard, pour une clope refusée. C’est donc chez eux dans ces territoires perdus que la police doit aller. Fouiller, perquisitionner, confisquer les armes. La violence restera mais elle se contentera de coups de poings.

Darmanin a annoncé l’envoi de forces de police supplémentaires dans l’Essonne. Si elles pénètrent dans les cités, elles seront utiles. Sinon ça ne vaut pas la peine. Et des adolescents continueront à mourir. Et d’autres viendront pour nous tuer. Mais retenons avant tout l’âge des victimes : quatorze ans et treize ans.

A lire aussi : Mais qui sommes-nous ? Des rixes entre bandes rivales au vague-à-l'âme identitaire des Français, un même mal sous-jacent... Comment sortir de l’ornière ?

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