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Dans la famille Chirac je voudrais...

Claude Chirac fan d’Alain Juppé : que pèse le chiraquisme aujourd’hui ?

Claude Chirac a publié, hier, une tribune dans le Nouvel Obs pour soutenir Alain Juppé. Analyse de l'impact que cela pourrait avoir (ou ne pas avoir) sur la position d'Alain Juppé dans cette pré-campagne des primaires.

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand

Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande, François Bayrou ou encore Ségolène Royal.

Son dernier livre, Chronique d'une revanche annoncéeraconte de quelle manière Nicolas Sarkozy prépare son retour depuis 2012 (Editions Du Moment, 2014).

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Atlantico : Claude Chirac a publié, hier, une tribune dans le Nouvel Obs pour soutenir Alain Juppé. Quelle influence cela peut-il avoir sur la campagne des primaires et le choix que feront, en novembre 2016, les électeurs de droite et du centre?

Christelle Bertrand : Certes, Jacques Chirac n'a jamais réalisé de très bons scores à l'élection présidentielle, moins de 20% en 2002, mais il reste l'ancien chef d'Etat préféré des Français, 63% d'entre-eux estiment qu'il a été un bon président, son opinion a donc encore un poids. Comme le disait l'historien Jean-François Sirinelli, "de par son âge, son rôle de patriarche connu de toutes les générations, il marque une forme de repère et d'enracinement dans une monde qui change à toute vitesse". On voit bien que lors de chaque élection présidentielle, un meeting en Corrèze, le soutien d'un membre de la famille, reste un passage obligé. Durant la précédente campagne, le 28 avril 2011, s'est déroulée à Égletons une scène assez révélatrice. Nicolas Sarkozy, alors président, y est attendu, François Hollande le précède de quelques minutes et explique aux journalistes: "J'ai compris qu'il (Nicolas Sarkozy NDLR) venait pour recevoir un brevet de chiraquisme. Quand on vient en Corrèze, ça n'est jamais innocent, parce que c'est un lieu où on forme les présidents». Jacques Chirac finira, on le sait, par soutenir François Hollande. Ce dernier reconnaîtra d'ailleurs, quelques temps plus tard, dans la préface du livre du journaliste Bruno Dive sur Jacques Chirac: " Cela a libéré une partie de l'électorat gaulliste social que Jacques Chirac pouvait représenter. Et ça m'a apporté une forme de reconnaissance. Une partie de l'électorat non politisé a pu penser que si Chirac pensait du bien de moi cela devait être vrai". Le soutien de Jacques Chirac ou de sa fille, dont on sait qu'il est proche personnellement et politiquement, restent donc un atout non négligeable même si, bien entendu, les électeurs n'obéissent pas au doigt et à l'œil, loin de là. Mais ce soutien donne une couleur au candidat, soulignent des qualités réelles ou supposées: Hollande est ainsi devenu compatible avec un vote de droite, Juppé y acquière, ou tente de le faire, des qualités humaine qui lui manquent. Qu'un bon vivant comme Chirac apprécie l'austérité d'un Juppé rend ce dernier plus sympathique.

Claude Chirac affirme que le maire de Bordeaux est le fils aîné de Jacques Chirac, est-ce si simple? Y a-t-il une réelle filiation politique entres les deux hommes?

Il s'agit de savoir de quel Jacques Chirac on parle : celui qui en 2005 défendait avec conviction le oui à la constitution européenne ou celui du discours de Cochin qui rejette, comme pouvait le faire une Margaret Thatcher, l'accélération du processus européen. Parle-t-on du Jacques Chirac de 2002 qui se pose en rempart contre le FN ou de celui de 1991 qui parlait de "bruit et d'odeur" et expliquait doctement: " C'est peut-être vrai qu'il n'y a pas plus d'étrangers qu'avant la guerre, mais ce n'est pas les mêmes et ça fait une différence. Il est certain que d'avoir des Espagnols, des Polonais et des Portugais travaillant chez nous, ça pose moins de problèmes que d'avoir des musulmans et des Noirs". Il est d'ailleurs amusant de rappeler qu'il cite Alain Juppé dans ce discours: " Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d'or où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier devient fou". Un discours aux tonalités bien plus proches de celles employées par Nicolas Sarkozy que de la pondération de l'ancien Premier ministre. Parle-t-on du Chirac du salon de l'agriculture ou celui de l'ENA? Il y a tellement de Chirac que l'on peut trouver en chacun une ressemblance, faire un parallèle.

Ce qui fait sens, dans le texte de Claude Chirac, c'est lorsqu'elle évoque la fidélité de l'ancien premier ministre. Elle affirme: "S’il y a un mot qui définit Alain Juppé, c’est la loyauté. Je l’ai vu entre 1993 et 1995, ministre adulé, il aurait pu tout demander et tout obtenir. Il a fait le choix de prendre le risque de tout perdre avec Jacques Chirac plutôt que d’abjurer, de trahir un attachement, des convictions fondamentales". Elle souligne ainsi en creux la trahison de Nicolas Sarkozy. C'est un élément important à l'heure où les français demandent à leurs hommes politiques plus de fidèlite mais, et c'est tout le problème de cette tribune, il arrive tellement loin de l'échéance finale qu'il y a bien peu de chance qu'il reste dans les mémoires. 

La parole de Claude Chirac a-t-elle un poids moral ?

Oui, car on sait qu'elle partage cette opinion avec son père qui avait, lui-même, déclaré en octobre 2014: "J'ai toujours su qu'Alain Juppé serait au rendez-vous de son destin et de celui de la France. Peu de choses pouvaient me faire plus plaisir, pour moi-même, pour lui et surtout pour notre pays (...) Si j'en avais l'énergie, j'aurais déjà réservé ma place, même une petite, à son QG". La parole de Claude Chirac ne pèserait pas sans celle de son père. Elle-même n'a été que conseillère du président, certes influente, mais elle n'est entendue que parce qu'elle porte sa voix à lui avec fidélité contrairement à Bernadette Chirac qui n'a pas hésité à clamer en 2012 "j'ai sa procuration", signifiant ainsi qu'elle voterait Nicolas Sarkozy au nom de son mari. Ce texte est donc important car il est le reflet de la pensée de l'ancien chef de l’État. Il faut néanmoins de relativiser, car père comme fille, agissent autant par anti-sarkozisme que par conviction. C'est d'ailleurs ainsi que leur soutien à François Hollande en 2012 a été analysé à droite. Et on ne peut s'empêcher de se demander si sans ce péché originel l'ancien président n'aurait pas eu les faveurs de son prédécesseur. Il est impossible bien sûr de le dire, mais cet anti-sarkozisme trouble la sincérité du message.

Le soutien de Jacques Chirac signifie-t-il le soutien de tous les barons chiraquiens?

Il ne signifie déjà pas le soutien de toute la famille Chirac, alors encore moins celui de l'ensemble des anciens proches du Président. L'exemple le plus révélateur est celui de François Baroin. Jacques Chirac a raconté en 2011: "à la suite du drame qui a coûté la vie à son père, j'ai pris, en quelque sorte, François sous mon aile pour le conseiller, l'aider, le soutenir, l'orienter. Nous sommes devenus peu à peu très proches. Plus qu'un soutien, plus qu'un ami, François est devenu comme un fils. Nous avons donc partagé beaucoup. Des déjeuners, des dîners. Des joies. Parfois des peines, aussi". Le président de l'Association des Maires de France a pourtant décidé de soutenir… Nicolas Sarkozy. "Ceux qui étaient prêts à mourir pour Jacques Chirac sont dans leur immense majorité aux côtés de Sarkozy", affirmait le maire de Troyes en octobre 2015 et d'ajouter: "Pour nous, il n’est pas Jacques Chirac. Tout est différent entre eux. Alain Juppé a été un collègue professionnel. J’ai été très fier d’entrer dans son gouvernement, mais avec lui, on n’a été que de déception en déception". Le maire de Troyes reconnaît cependant: «Les chiraquiens seront un enjeu», pour 2016. D'ailleurs, Nicolas Sarkozy les choie lui aussi. Il aurait promis à François Baroin d'être son futur Premier ministre en cas de victoire et entretient les meilleures relations avec Christian Jacob. Et bien sûr, il ne rate jamais une sortie aux côtés de Bernadette Chirac qui est d'un soutien sans faille. Finalement, on peut se demander si le soutien de Jacques et celui de Bernadette, qui est aussi très populaire à droite, ne finissent pas par s'annuler.

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