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Circuits courts : les chiffres qui montrent le véritable impact du transport de notre alimentation sur l’environnement (attention surprise)
©LUDOVIC MARIN / AFP

le transport « de la ferme à l’assiette » devient presque anecdotique

Circuits courts : les chiffres qui montrent le véritable impact du transport de notre alimentation sur l’environnement (attention surprise)

C’est une erreur de croire que l’agriculture produit beaucoup de gaz carbonique. D'autres facteurs rentrent en jeu comme la décomposition des engrais azotés et des déjections animales.

Bruno Parmentier

Bruno Parmentier

Bruno Parmentier est ingénieur de l’école de Mines et économiste. Il a dirigé pendant dix ans l’Ecole supérieure d’agronomie d’Angers (ESA). Il est également l’auteur de livres sur les enjeux alimentaires :  Faim zéroManger tous et bien et Nourrir l’humanité. Aujourd’hui, il est conférencier et tient un blog nourrir-manger.fr.

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Atlantico : Selon une étude datant de 2010 intitulée « The Local Food Activists' Dilemma » menée par les deux chercheurs Pierre Desrochers et Hiroko Shimizu, le transport des aliments « de la ferme à l'assiette » ne représenterait que 4 % de l'empreinte carbone des aliments consommés aux Etats-Unis. 83 % de cette empreinte étant dus à la production des mêmes aliments. Comment expliquer ce chiffre ?

Bruno Parmentier : C’est une erreur de croire que l’agriculture produit beaucoup de gaz carbonique. En fait, s’agissant de gaz à effet de serre, elle s’est faite une « spécificité » avec l’émission de deux autres gaz, le méthane (CH4), malheureusement 23 fois plus réchauffant que le CO2, et surtout le protoxyde d’azote (N20), 298 fois plus réchauffant. Le premier, qui représente 40 % du total des émissions agricoles, est un sous-produit de la décomposition des végétaux en milieu humide, émis sous forme de rots et des pets des ruminants, et dans les rizières. Le second, qui représente carrément la moitié des émissions, est principalement le résultat de la décomposition des engrais azotés et des déjections animales.

Bref il ne reste « que » 10 % à charge du gaz carbonique. Bien entendu il est émis par les tracteurs (labourer 1 hectare consiste à remuer 4 000 tonnes de terre à l’aide de 15 à 40 litres de fuel, suivant la nature du sol !). Mais aussi dans toutes les transformations amont (fabrication des engrais et pesticides) et aval (agro-industrie). Il faut également compter avec les transports intermédiaires, en particulier les tonnages considérables d’aliments pour animaux déplacés des zones céréalières vers les zones d’élevage (on a ainsi estimé en Grande Bretagne, à 1,6 milliards de litres de pétrole annuels la consommation de ces seuls camions !). Imaginons que le soja que mangent les animaux d’élevage européen (majoritairement OGM !) couvre 20 millions d’hectares en Amérique latine, soit l’équivalent de la surface agricole de la France. Il est entièrement transporté jusqu’à chacune de nos cours de fermes.

Bref le transport « de la ferme à l’assiette » devient presque anecdotique dans ce panorama ! Même si aux USA il représente des distances importantes vu la taille du pays et la forte spécialisation des zones de production :il faut 3 200 km pour amener les fruits de Californie à Chicago, et autant pour renvoyer de la viande en retour, alors que chez nous il n’y a « que » 320 km entre Rennes et Orléans. 

Au final ne pose-t-on pas un faux débat lorsque nous parlons de la pollution qu'engrange l'exportation des produits ? 

On accuse beaucoup les transports internationaux, par exemple actuellement dans les débats autour des accords commerciaux CETA avec le Canada et MERCOSUR avec l’Amérique du Sud ; or ils se font très majoritairement par cargo, et dans ce cas précis l’empreinte carbone reste très faible : celle des bananes par exemple est finalement plus importante pour aller en camion du Havre à Rungis, puis de Rungis à Lyon que pour aller en bateau de Fort de France au Havre ! Songeons aussi que, rendu à Paris, l’empreinte carbone de la viande de moutons élevés exclusivement à l’herbe en Nouvelle Zélande reste inférieure à celle des moutons du centre de la France partiellement nourris aux céréales et soja…

En revanche, le transport de nourriture par avion reste une aberration écologique. Arrêtons donc définitivement de manger des fraises à Noël, alors que manger des bananes reste parfaitement légitime. Et a fortiori… arrêtons d’offrir des roses à la Saint Valentin !

Mais introduisons un autre doute : ne vaut-il pas mieux baisser les intrants en produisant une grande quantité de nourriture à l’hectare là où les conditions de sols, d’eau et de climat sont favorables, puis faire voyager les récoltes, que de s’acharner à produire peu un peu partout avec force engrais, pesticides et irrigation ? Voire manger en hiver des pommes fraichement cueillies en Amérique du Sud et acheminées par bateau que de se ruiner à conserver nos pommes à nous au frais en atmosphère contrôlée pendant 6 mois ?

Sauf exceptions, les environnements physiques qui nécessitent d’importantes installations et technologies de chauffage et/ou de refroidissement entraînent une consommation d’énergie plus élevée que les climats plus favorables, généralement à une échelle qui dépasse les besoins énergétiques associés au transport de produits agricoles par voie maritime. La polémique actuelle sur le caractère « bio » des tomates issues de serres chauffées est parfaitement légitime.

Il reste bien sûr d’autres considérations, de fraicheur, de développement local, de solidarité sociale, de sécurité, etc. qui plaident en faveur de la consommation de produits locaux, mais choisissons des arguments objectifs.

Ne vaudrait-il pas mieux se concentrer sur des solutions pour réduire l'empreinte carbone de la production plutôt que de s'acharner sur l'idée d'un « consommer local » ?  

Manger peut contribuer à fortement réchauffer la planète, et à épuiser ses ressources. Donc, de plus en plus, on va s’apercevoir que « bien manger » veut dire littéralement « se régaler sans la réchauffer », et sans empêcher les générations futures de pouvoir le faire à leur tour.

L’association de restaurateurs Bon pour le climat met ainsi à disposition un calculateur de l’empreinte carbone d’un menu. On y constate par exemple que la consommation de fruits et légumes importés par avion génère 20 fois plus de gaz à effet de serre que celle des fruits et légumes de saison locaux. Ou qu’un kilo de viande de veau 90 fois plus que celle de ses légumes d’accompagnement.

N’oublions pas qu’un carnivore qui roule en vélo réchauffe beaucoup plus la planète qu’un végétarien qui roule en 4/4 !

Bien manger aujourd’hui en France, c’est moins de sel, de sucre, de matières grasses, mais aussi de viande et de produits laitiers et d’aliments transformés, et davantage de céréales, de légumineuses, de fruits et légumes locaux de saison. 

Et, si on veut vraiment monter le niveau d’exigence écologique de ses achats alimentaires, au-delà de la distance du champ à mon assiette, souvent plus ou moins légitime, on gagnerait à se poser des questions gênantes et complexes du type :

 Les champs où sont produit ma nourriture sont-ils marrons plusieurs mois par an ? Un sol labouré, nu, non seulement ne capte pas le rayonnement solaire à plein, et donc ne fixe pas son quota de carbone, mais émet du protoxyde d’azote et appelle l’engrais au lieu de le fabriquer en inter culture. Le labour est finalement une atteinte à la planète beaucoup plus importante que le glyphosate !

 Y a-t-il des haies dans les champs ? Elles refroidissent la planète, améliorent la fertilité des sols, régulent température et humidité, et servent de refuge aux animaux auxiliaires de culture.

 Y a-t-il dans ces champsdes mélanges de culture qui s’aident mutuellement à pousser, contribuent à diminuer les intrants, et fixent davantage de carbone, ou seulement une culture principale ? 

 Quelle quantité acheter pour ne pas gâcher ? Avec quels emballages ?

 Sans oublier : Comment sont élevés les animaux ? Et : la pêche est-elle durable ?

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