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Christian Jacob arrive au siège du parti Les Républicains pour s'adresser aux journalistes le 13 janvier 2021 à Paris.
Christian Jacob arrive au siège du parti Les Républicains pour s'adresser aux journalistes le 13 janvier 2021 à Paris.
©ALAIN JOCARD / AFP

Y a-t-il un pilote dans l'avion ?

Christian Jacob est-il le pire dirigeant que pouvait connaître LR ? 

A quoi peut bien servir un président de parti s’il n’assume aucune des missions qui sont censées être celles d’un parti de gouvernement ?

Jérôme Besnard

Jérôme Besnard

Jérôme Besnard est journaliste, essayiste (La droite imaginaire, 2018) et chargé d’enseignements en droit constitutionnel à l’Université de Paris.

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Atlantico : Après des propos du vice-président Guillaume Peltier concernant le rétablissement d'une cour de sûreté, le patron du parti Christian Jacob a effectué un rappel à l'ordre. Tiraillées sur sa droite et draguées par Macron, les forces vives du parti ne semblent pas être retenues par l’autorité de Christian Jacob... Alors que la maison LR brûle, a-t-il failli à ses tâches de président de parti ?   

Jérôme Besnard :  Christian Jacob est un élu local d’expérience et un parlementaire chevronné. Il a été élu président des Républicains pour enrayer la double crise ouverte par l’élimination inattendue de François Fillon en 2017 et la démission de Laurent Wauquiez après la contre-performance des élections européennes. Christian Jacob a alors été poussé par Nicolas Sarkozy pour garder la propriété LR jusqu’en 2022, avec peut-être le secret espoir pour l’ancien Président de la République de jouer à nouveau un rôle politique de premier plan une fois passée ses séquences judiciaires.

Force est de constater que le parti est, à moins d’un an de l’élection présidentielle, incapable de savoir quel sera le candidat du centre droit à cette échéance centrale pour notre vie politique. La décision d’avoir écarté en 2019, le député Julien Aubert, qui incarne le courant gaulliste et séguiniste, de la direction du parti est à mon sens une erreur stratégique de LR. Observons aussi que la liste progressiste soutenue chez les jeunes LR par le secrétaire général Aurélien Pradié s’est fait battre dans les grandes largeurs par celle de Guilhem Carayon issu des rangs conservateurs. Un Aurélien Pradié qui n’est donné qu’à 14 % en Occitanie par les instituts de sondage alors que le RN caracole en tête avec 30 % des intentions de votes. Il y a visiblement eu des erreurs de casting dans le parti !

Un président de parti se doit d’être le garant de la clarté de la ligne politique comme de la cohérence de la stratégie. L’épisode Muselier n’a-t-il pas montré que Christian Jacob ne remplit pas cette mission ?   

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Quelle ligne politique ? Entre Nadine Morano et Éric Ciotti qui analysent lucidement que l’adversaire principal de la droite est Emmanuel Macron et pas Marine Le Pen et tous ceux qui entendent continuer  à incarner la « droite castor », celle qui fait en priorité barrage au RN, il n’y a plus aucune unité. C’était prévisible. Le rôle de Christian Jacob est, malgré-lui, de gérer à la fois une cour de maternelle, les élus de son parti, et un EPHAD, ses électeurs, en caricaturant à peine l’évolution de la courbe des âges.

Alors que 2022 approche, l’échec dans la tentative de trouver un candidat pour la présidentielle n’incombe-t-elle pas en partie à Christian Jacob ?    

Si l’analyse qui veut qu’il soit là pour permettre un éventuel retour de Nicolas Sarkozy est vraie, cela explique tout à fait que la question du candidat LR pour 2022 soit repoussée à l’automne. Pour le reste, entre ceux qui ont quitté le parti comme Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse, et ceux qui ne veulent pas y aller par peur d’une contre-performance ou par crainte de voir leur vie privée passée au scanner, ce qui peut se comprendre, cela ne se bouscule pas au portillon. Il reste deux solutions à la droite LR : un candidat d’expérience, comme Michel Barnier ou Gérard Larcher pour attendre d’hypothétiques jours meilleurs ou un candidat aux fortes convictions pour incarner une ligne politique claire, comme Bruno Retailleau ou Laurent Wauquiez.

Le fait que le principal parti d’opposition de France en nombre d’élus soit inexistant de la scène politique ne pose-t-il pas un problème de démocratie représentative ? 

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C’est un problème qui est généré par plusieurs facteurs : la France des élus locaux est très centriste depuis 1871, oscillant entre conservateurs modérés et radicaux socialistes, la constitution de 1958 est faite pour donner une majorité claire au chef de l’État, le passage du septennat au quinquennat gèle a priori les possibilités de cohabitations et enfin, la défiance généralisée envers les partis politiques freine la capacité du RN à s’organiser localement. La proportionnelle à un tour pour les élections départementales et régionales rectifierait l’impression d’injustice sans porter atteinte à l’esprit de la constitution voulue par le général de Gaulle. La volonté de priver le RN d’exécutifs locaux est évidemment une atteinte à la démocratie représentative. Pour les élections législatives le débat est plus complexe car le fait majoritaire est nécessaire au gouvernement de notre pays.

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