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Nouvelle hausse

Léger rebond du chômage : pourquoi le gouvernement pourrait en payer le prix alors même qu’il n’a pris aucun engagement sur le sujet

Le chômage a augmenté de 0,3% au troisième trimestre 2018. La plus forte augmentation est celle du chômage de longue durée, +1,1% sur le trimestre, et +6,4% sur un an.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : La réforme de la formation professionnelle lancée par Emmanuel Macron ainsi que la réforme du droit du travail qui est en vigueur depuis le premier janvier 2018 vous semblent-elles suffisantes pour lutter contre cette évolution inquiétante du chômage de longue durée ?

 
Philippe Crevel : La France est loin de connaître une situation de plein emploi comme en Allemagne, en République tchèque ou aux Etats-Unis. En effet, au 3e trimestre, le nombre de demandeurs d’emploi s’est accru en France en phase avec le ralentissement des créations d’emploi. Cette année, l’INSEE ne prévoit que 129 000 créations nettes contre 342 000 en 2017. La faible croissance du 1er et 2e trimestre semble avoir enrayer le processus de baisse des demandeurs d’emploi. Le 3e trimestre est le 2e consécutif marqué par une progression. 
 
En France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A a, au cours du 3e trimestre augmenté de 0,5 % (+16 300) et s’élève à 3 456 800 Sur un an, une baisse est toujours constatée, -1,2 %. En prenant en compte les catégories A, b et C, le nombre de demandeurs d’emploi atteint 5 649 600.
 
En incluant les départements-régions d’outre-mer, hors Mayotte, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A s’élève à 3 718 500 en progression de 0,4 %sur le trimestre et en recul de 1,0 %sur un an. Pour les catégories A, B, C, ce nombre s’établit à 5 963 500 en augmentation de 0,4 % sur le 3e trimestre et de 0,7 % sur un an.
 
 
La France a un problème avec l’emploi et cela dure depuis des décennies. Notre pays paie son mauvais positionnement économique qui a conduit à un fort processus de désindustrialisation. Il suffit de remonter la vallée de la Seine pour constater l’importance des friches industrielles. Trop centré sur la gamme moyenne, pas suffisamment axé sur le haut de gamme, notre économie  a perdu des parts de marché à l’exportation. La question de la qualification du personnel joue évidemment un rôle dans ce processus. La baisse du niveau scolaire, la faiblesse de l’apprentissage et de la formation continue expliquent en partie nos problèmes d’emploi. A cela, il faut ajouter que le chômage est en France  est une source d’exclusion, que le marché du travail comporte des marches très hautes. Il est difficile de passer de demandeur d’emploi à actif occupé, de détenteur d’un CDD à un titulaire d’u CDI. Cette polarisation, cette segmentation du marché du travail crée de la ségrégation. Le coût du travail qui n’est guère différent en France de celui des pays d’Europe du Nord ou d’Allemagne est un problématique car nous produisons des produits concurrencés par ceux des pays émergents. L’Allemagne peut supporter des coûts élevés grâce à la compétitivité de l’industrie. Par ailleurs, en France, les salaires sont calés sur le SMIC et ne tiennent que partiellement compte des différences de productivité des secteurs, ce qui peut être un frein aux créations d’emploi. 
 
Le chômage de longue durée est la conséquence d’une économie fonctionnant sur l’exclusion. Il ne faut pas tomber de l’arbre car les branches sont trop hautes pour espérer pouvoir y remonter. Par ailleurs, la digitalisation de l’économie exclue certains actifs qui ne sont pas familiarisé avec les nouveaux outils de travail. Exclusion sociale, exclusion technologique, exclusion également géographique, les emplois ne se trouvant pas à proximité des lieux de résidence, la communauté du travail se délite. 
 
 

Plus largement, 18 mois après son accession au pouvoir, ce genre de mauvais résultats peuvent-ils laisser pressentir que la méthode adoptée par Emmanuel Macron n'est pas la bonne ? 

 
Le chômage français est de nature structurelle. Évidemment les inflexions de la conjoncture influe sur son orientation. Mais, le taux de chômage difficilement incompressible se situe autour de 8 %. Pour modifier la donne, il faut du temps. Il faut agir sur l’investissement, sur la formation, sur l’apprentissage. Il faut également réfléchir sur les modalités d’indemnisation en étant certainement non pas plus autoritaire mais plus juste et plus regardant. Un demandeur d’emploi de plus de 6 mois devrait être contraint de suivre une formation adaptée à ses besoins. Il devrait bénéficier d’un suivi personnalisé. Le chômage est un drame. C’est une source d’exclusion, d’isolement, de dépression. Il y a certes des professionnels de l’indemnisation. Ils sont minoritaires. Ils doivent être débusqués et sanctionnés. De même, il faudra un jour traiter la question des intermitemps du spectacle. Leur régime permet à certains employeurs de réduire leurs coûts et à certains actifs de faire supporter le coût de leurs congés par l’assurance chôamge. 
 
 

La tranche d'âge la plus concernée, celle des plus de 50 ans, connaît une hausse du chômage de 0,6% sur le 3e trimestre et de 0,3% sur la dernière année. Avec la hausse de la CSG qui touche particulièrement les plus âgés, le gouvernement ne risque-t-il pas de provoquer une vraie colère chez les plus de 50 ans qui ont cependant fortement voté pour Emmanuel Macron en 2017 ?

 
Le nombre de demandeurs d’emploi augmente, au 3e trimestre, pour toutes les catégories d’âge. Celui des moins de 25 ans augmente de 0,3 % soit deux fois vite que celui des plus de 50 ans (0,6 %). Les nombre de demandeurs d’emploi chez les 25 / 50 ans de 0,5 %. Sur un an, le nombre de demandeurs d’emploi diminue de 1 % chez les jeunes, de 1,9 % chez les 25 / 50 ans mais augmente de 0,2 % chez les seniors.
 
 
Un senior mis au chômage retrouve difficilement un emploi. Certaines entreprises jouent sur la durée d’indemnisation pour gérer leurs effectifs. En effet, l’indemnisation chômage est alors utilisée en attente de la perception de la retraite. A 59 ans, le salarié consent à être licencié sachant que dans trois ans il pourra s’il respecte les conditions toucher sa pension. Néanmoins, il faut préciser que le taux de chômage des plus de 50 ans reste inférieur à celui des jeunes de moins de 25 ou de 30 ans. Mais l’évolution est inquiétante. Les entreprises souhaitent rajeunir les cadres dans le cadre de la digitalisation de leurs activités. En outre, le licenciement des seniors permet de réduire les coûts salariaux étant donné que les salaires progressent avec l’âge. De manière assurantielle, il serait possible d’imaginer que le coût du travail soit décoléré de l’âge afin de limiter cette tentation. Les entreprises seront compte tenu du vieillissement de la population active de mieux intégrer les plus de 50 ans dans leur organisation et d’adapter les conditions de travail. Ce défi ne sera pas le plus simple à réussir dans les prochaines années. 
 
 

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