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Comme chaque mois il y a en outre un effet technique spécifique : en août on constate une baisse considérable des sorties de chômage pour défaut d’actualisation (172.000 contre 231.000), sachant que ces effets techniques sont difficilement lisibles.
©Paramount Pictures France

Aïe aïe aïe

Chômage, le coup de massue : août 2016, le deuxième pire mois du quinquennat Hollande

Au mois d'août 2016, le nombre de chômeurs de catégorie A a augmenté de 52 400 personnes, soit la seconde plus forte hausse du quinquennat de François Hollande, après celle du mois de septembre 2013. Un résultat qui risque de poser problème pour la communication gouvernementale sur le thème du "ça va mieux".

Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po (gestion publique & économie politique). Il a notamment publié Réformes: mission impossible ? (Documentation française, 2010), L’âge d’or des déficits, 40 ans de politique budgétaire française (Documentation française, 2013). et récemment Le Logement en France (Economica, 2017). Il tient un blog sur pfgouiffes.net.
 

Vous pouvez également suivre Pierre-François Gouiffès sur Twitter

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Atlantico : En ce mois d'août 2016, la hausse du nombre de chômeurs de catégorie A concerne 52 400 personnes, soit la seconde plus forte hausse du quinquennat de François Hollande, après celle du mois de septembre 2013 (+ 53 800). Comment expliquer une telle contre-performance alors que le gouvernement campe sur l'idée du "ça va mieux" ? 

Pierre-François Gouiffès : Le mois d’août 2016 est effectivement l’un des pires mois des statistiques du chômage avec 52 000 DEFM A (aucune activité) et 80 600 DEFM ABC (incluant les activités réduites) supplémentaires : on est ainsi au record absolu des DEFM ABC avec 5,8 millions de personnes.

On sait que la sensibilité des chiffres mensuels du chômage, traditionnellement élevée en France, est aujourd’hui doublement extrême pour François Hollande du fait de la « conditionnalité » de sa candidature à la baisse du chômage et du rapprochement désormais rapide des échéances électorales. Les données d’hier percutent donc de plein fouet le « ça va mieux » de la communication gouvernementale.

On peut voire des explications de deux ordres : la première concerne l’affaiblissement en cours ou à venir de l’activité économique : impact sur le travail saisonnier du secteur touristique du fait de l’été très particulier qu’a connu la France, affaiblissement des projections de croissance.

Comme chaque mois il y a en outre un effet technique spécifique : en août on constate une baisse considérable des sorties de chômage pour défaut d’actualisation (172.000 contre 231.000), sachant que ces effets techniques sont difficilement lisibles et jouent dans les deux sens.

Le mieux est donc de regarder la tendance de moyen terme pour constater qu’au final il n’y a pas de tendance de moyen terme et que le chômage est au mieux stabilité : pour les DEFM A, la baisse est seulement de 0,4% sur un an et de 0,7% depuis le début de l’année et c’est l’inverse pour les DEFM ABC.

Si le nombre d'entrants à Pôle Emploi est en baisse, le nombre de personnes sortant des chiffres reste élevé. Ainsi le nombre de sorties des statistiques du chômage pour "entrée en stage" montre une explosion, passant d'une moyenne mensuelle de 36 600 au cours des dix dernières années pour en arriver à 90 800 en ce mois de septembre 2016. Comment expliquer un tel chiffre ?

Les sorties pour entrées en stage sont effectivement particulièrement dynamiques : les 90 800 entrées d’août 2016 représentent tout simplement le record historique et ces entrées ont quasiment doublé en un an. On constate de façon cohérente une montée permanente des demandeurs d’emplois de catégorie D (personnes inscrites à Pôle emploi sans être tenues de rechercher un emploi mais sans emploi) sur lesquels se concentrent beaucoup moins les médias et pour lesquels on est également au record historique (335 700 personnes).

On voit là l’effet du plan « 500.000 formations » lancé par l’exécutif en janvier dernier qui produit des effets mas apparemment pas de nature à permette une réduction des DEFM « médiatiquement importants » (ABC). La question structurelle est de savoir si ces formations – comme les emplois aidés dont la France se délecte depuis trois décennies – permettront une réinsertion durable dans l’emploi des personnes qui en bénéficient, ce qui est tout sauf certain.

Au regard des prévisions actuelles, notamment de celles révélées par l'Unedic la semaine passée, annonçant une hausse du chômage en 2017, que peut-on prévoir pour les prochains mois sur le front du chômage ?

La situation à date est celle d’une absence de tendance claire, d’un yoyo mensuel des chiffres combinant des effets de fond et des distorsions techniques. L’analyse doit être complétée avec la production trimestrielle par l’INSEE du taux de chômage.

Les perspectives fournies par l’UNEDIC sont tout à fait dans la ligne du yoyo. Si l’on souhaite regarder le verre à moitié plein, on peut mettre en avant la création de 143 000 postes dans le privé et le reflux de 124 000 demandeurs d’emploi de catégorie A en 2016, ce qui supposerait aujourd’hui une séquence ininterrompue de baisses des DEFM d’ici à la fin de l’année et absolument pas des chiffres comme on en a eu fin août. Pour les tenants du verre à moitié vide, on peut en revanche voir dans ces prévisions UNEDIC une stabilisation voire une hausse du chômage en 2017-2018 du fait d’un ralentissement de la croissance.

Donc, sauf à accepter politiquement et sociétalement une réorientation radicale de ses politiques en matière d’emploi et de marché du travail, la France semble condamnée à un niveau structurel de chômage élevé qu’elle accepte ou subit depuis plusieurs décennies.

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