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Marseille bénéficie du triste record des vols avec violences.

Déni de réalité

Chiffres officiels de la délinquance : déni de réalité ou mensonge d'Etat ?

Alors qu'un sondage de YouGov a révélé que 57% des Français sont favorables à l'envoi de l'armée à Marseille, les autorités semblent parfois vouloir ignorer la réalité de la violence et surtout de ses origines. Une logique qui oscille entre le déni de réalité et le mensonge d'Etat.

Gérald Pandelon

Gérald Pandelon

Universitaire et avocat à la Cour d'appel de Paris, Gérald Pandelon est docteur en droit et docteur en science politique. Diplômé de Sciences-Po, il est également chargé d'enseignement. Il est également l'auteur de L'aveu en matière pénale ; publié aux éditions Valensin, ainsi que de La face cachée  de la justice (Editions Valensin, 2016). David Reinharc.

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Ontologiquement, la gauche française éprouve des difficultés dans l’appréhension du réel. En effet, lorsque le réel (l’observation objective des faits) contredit l'idéologie (leur interprétation du monde) alors le réel a soudainement tort. Et il s’agit alors de tout sacrifier à la théorie, fût-elle fumeuse, plutôt que d’accepter, même au prix d’un toilettage idéologique, et un peu d’honnêteté intellectuelle, que nous sommes dans l’erreur d’analyse. Autrement dit, l’analyse de la délinquance se heurterait à une forme de discours-écran, s’inscrivant à l’interface entre la réalité observée et les conclusions toujours édulcorées qui en sont tirées au nom d’un impératif idéologique. Une phénoménologie de la perception qui serait faussée donc orientée au nom de considérations politiciennes… Il en va ainsi de l’idéologie fallacieuse du sentiment d’insécurité. En effet, plutôt que de reconnaître que la réalité à Marseille, Sevran ou en Seine-Saint- Denis plus largement, est celle d’une ultraviolence que l’on ne peut plus maîtriser, et que les choses par conséquent s’aggravent dramatiquement, il est désormais urgent et de bon ton à titre prioritaire de manipuler les chiffres, donc les esprits, pour expliquer que, peu ou prou, la violence baisse, que les chiffres sont moins désastreux qu’il y a quelques années ; bref, in fine, que tout va bien. Autrement dit, il convient de pacifier l’ordre social et politique par le prononcé de sempiternels discours lénifiants qui, pourtant, se heurtent à la réalité vécue au quotidien par une population croissante, en région PACA ou en Ile-de-France.  

Car à rebours de ce que nous expliquent les sociologues et psychologues médiatisés, l’insécurité n’est pas un sentiment mais une réalité ; une réalité bien souvent cruelle ; celle vécue par des bijoutiers à Nice, celle subie par la moitié de la population marseillaise prise en otage par une multiplication d’actes d’incivilités qui leur pollue l’existence.

L’insécurité n’est donc pas imaginaire ou utopique mais bien actuelle ; elle a trait à une peur bien réelle et identifiée, fondée sur des éléments matériels objectifs (la montée continue de la délinquance) ; c’est dire une menace physique au quotidien auto-entretenue par l’impunité dont semblent bénéficier les délinquants pourtant multirécidivistes. Et c’est dans ce contexte qu’à l’opposé des évolutions de cette criminalité, une réforme pénale est annoncée marquée du sceau d’un laxisme qui confine à l’indécence par rapport aux drames vécus par les victimes. Pourtant, c’est sur le fondement de cette insécurité que repose la légitimité de l’État de droit, lequel a pour but et essence d’assurer une réelle sécurité intérieure des citoyens tout comme la concorde politique. Le sujet politique devra ainsi être protégé de la mort, des agressions et des traumatismes ; motifs pour lesquels la restauration du lien social devra reposer sur un impératif kantien, celui d’un sentiment de sécurité retrouvé. Or, comment accorder une crédibilité d’ordre rationnelle à une sphère politique qui fonctionne comme une instance sourde et muette aux cris de désespoir d’une population à bout de souffle ? Lorsqu’en dépit des discours et de louables intentions, aucune modification substantielle ne peut être observée ?

Car la perception que peuvent avoir les habitants de ces cités ne correspond curieusement jamais avec les chiffres édulcorés qui sont présentés par des autorités censées être légitimes. D’ailleurs, leur simple légalité (ils ont été élus), leur confère-t-elle une réelle légitimité si, de façon inconditionnelle, ils tiennent leur électorat dans l’ignorance et donc la méconnaissance ? Mais pourquoi, fondamentalement, et au nom de quel principe supérieur ou métaphysique devrait-on, au nom d’une élection, toujours prendre l’électorat pour ce qu’il n’est pas, c’est dire un sujet infrapolitique non éclairé ? Car il est de plus en plus évident qu’entre la communication institutionnelle et officielle de nos gouvernants et la réalité vécue au quotidien par des personnes victimes de situations infractionnelles à répétition, il semblerait que nous assistions à une forme de communication inversée ou, pire encore, à un mensonge d’Etat généralisé et réitéré ; à croire qu’il n’y a pas que les délinquants qui sont en état de récidive légale mais également les thuriféraires de cette tromperie généralisée.  Il s’agit donc pour les promoteurs de cette idéologie mortifère du sentiment d’insécurité de constamment et inconditionnellement relativiser les situations ; de les travestir ; voire de les nier, au nom d’un aveuglement dont les soubassements sont idéologiques car dictés par le seul souci d’une réélection ; selon les tenants de cette idéologie, l’insécurité culturelle, et non réelle, viendrait surexciter l’hétérophobie voire l’altérophobie, néologisme pour désigner la peur de l’autre, comprenons l’allogène et non l’autochtone.   

D’un côté, par conséquent, une vérité officielle euphémisée, celle qui consiste, après le 15ème règlement de comptes mortel dans l’année, à considérer que la tendance serait plutôt à la baisse par rapport à l’année 2012 si l'on en juge par les huit derniers mois à la même période l'an dernier. Les atteintes volontaires à l'intégrité physique seraient passées de 12 000 à 10 000, soit une baisse de 13%, tandis que les vols avec violences auraient diminué de 17,9% et les cambriolages de 19,4%. Et si les assassinats se sont récemment démultipliés, ils n'auraient pourtant pas davantage augmenté par rapport à la même année. Il s’ensuit que le département des Bouches-du-Rhône - avec 30 387 infractions et un taux de 15,45 pour mille habitants - se placerait en troisième position après la Seine-Saint-Denis et Paris. Et même en 4ème position si l'on inclut la Guyane. Il en irait de même au chapitre des atteintes aux biens. (Source : Marseille a-t-elle toujours été si violente ?, Le Monde.fr)

De l’autre côté, ceux qui souffrent et qui constatent qu’au-delà des chiffres officiels, la réalité vécue tranche avec l’idéologie officielle anesthésiante. Et qui savent, en réalité, que Marseille se place en tête des trois grandes villes de France, qu'il s'agisse des violences physiques, crapuleuses ou non, des atteintes aux biens - cambriolages, vols de voitures.  Et qui connaissent d’autres spécificités locales : il se commet deux fois plus de vols à main armée (avec une arme à feu) à Marseille qu'à Lyon ou Paris. On en dénombre 249 dans la cité phocéenne (0,28 pour 1 000 habitants), 137 à Lyon et 304 à Paris (0,13 pour 1 000 habitants pour les deux villes). La cité phocéenne bénéficie également du triste record des vols avec violences (9 615 agressions sans arme soit 10,8 pour 1 000 habitants) contre 2 938 à Lyon (2,87 pour 1 000 habitants) et 16 125 à Paris (7,11 pour 1 000 habitants). Ou, plus récemment, qui savent également que se développe silencieusement un nouveau type de délinquance qui, curieusement, ne fait pas réellement l’objet d’un traitement médiatique prioritaire, il s’agit de l’extorsion de fonds dont sont victimes au sein de la cité phocéenne les professions libérales. A ce titre, quand osera-t-on avoir le courage de révéler que régulièrement des médecins, des dentistes, des avocats, des experts-comptables, des infirmiers se font agresser et racketter dans cette ville dans une indifférence quasi-généralisée, au seul motif que lesdits professionnels seraient censés disposer de beaucoup d’argent en espèces ? Ce qui, de surcroît, est très majoritairement erroné. Pourquoi ne jamais relever dans aucun média ce nouveau type de délinquance ? Ce harcèlement dont font régulièrement les frais lesdites professions libérales ? Serait-ce trop improductif et risqué sur un plan politique ? Serait-ce que ces victimes n’auraient pas droit de cité au motif qu’elles seraient considérées à tort par une certaine gauche comme appartenant à une sorte de bourgeoisie capitaliste ? Quand protègera-t-on constitutionnellement l’auxiliaire de justice dans l’exercice de ses missions contre des individus qui ne respectent plus rien ni personne ? Quand osera-t-on avoir le courage d’affirmer que l’intégration de populations d’origine extracommunautaire est majoritairement un échec sans avoir à craindre les foudres de la justice pénale sur le terrain de la discrimination ? Que le réalisme, en d’autres termes, n’a rien à voir avec le racisme.  Que ce n’est pas la révélation de faits évidents qui conduit au racisme mais le silence et le tabou sur des situations que, par démagogie, on ne veut plus sérieusement évoquer. Serait-ce cela en définitive le grand mensonge d’État ? Au fond, et contrairement à ce que pensaient les marxistes, ce n’est plus aujourd’hui la bourgeoisie qui a de beaux jours devant elle, mais la dissimulation et la tromperie généralisée comme fondement du politique.

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