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©ALAIN JOCARD

Sondages

Cette volatilité croissante de l'électorat qui renforce le risque de crise sociale

Selon un sondage Ifop publié par Le Figaro, près de trois quarts des Français ne souhaitent pas que le second tour de l'élection présidentielle de 2022 oppose à nouveau Emmanuel Macron et Marine Le Pen.

David Nguyen

David Nguyen

David Nguyen est directeur conseil en communication au Département Opinion et Stratégies d'Entreprise de l'Ifop depuis 2017. Il a été conseiller en cabinet ministériel "discours et prospective" au ministère du Travail (2016-2017) et au ministère de l'Economie (2015-2016). David Nguyen a également occupé la fonction de consultant en communication chez Global Conseil (2012-2015). Il est diplômé de Sciences-Po Paris. 
 
Twitter : David Nguyen
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Atlantico.fr : Mardi, l'IFOP a publié un sondage sur les pronostics et les souhaits des Français pour le deuxième tour de l'élection présidentielle de 2022. La majorité des sondés disent ne pas vouloir d'un tel duel. Ainsi, et en raison notamment du caractère de plus en plus volatile du vote, un duel pourrait ne pas être aussi pré-établi que l'on est amené à le croire.
 
Jusqu'à 2017, on pouvait avoir une idée générale des orientations politiques des individus, et de leur vote, en fonction de leur âge, sexe, catégorie sociale. Depuis 2017, ceci n'est plus une réalité. Comment le vote a-t-il évolué en fonction des différentes catégories de la population ? 

David Nguyen : L’augmentation de la volatilité électorale en France ne date pas de 2017, mais cette élection a effectivement accéléré la tendance. La fin définitive de la structuration du paysage politique autour de deux pôles gauche/droite et l’émergence d’une monde multipolaire facilite cette mobilité électorale. Il est plus facile de passer d’une famille politique à une autre lorsqu’on sort d’une logique d’opposition binaire. LREM incarne de manière caricaturale cette liquidité en étant devenu en 2 ans – entre l’élection présidentielle et l’élection européenne - un parti très attractif pour les anciens électeurs de François Fillon (27% ont voté pour la liste de Nathalie Loiseau, 38% pour celle de François-Xavier Bellamy), après avoir été principalement soutenu par d’anciens électeurs de François Hollande en 2017. Fondamentalement, cette volatilité repose sur un individualisme toujours plus prononcé d’électeurs de moins en moins « cadrés » par des discours idéologiques ou, a minima, des visions communes de la société. Dès lors chaque catégorie de la population est de moins en moins associée à une tendance politique spécifique. Le cas du vote des femmes est très révélateur de cette évolution : ces dernières ont longtemps voté plus à droite que les hommes, notamment parce qu’elles avaient une pratique religieuse plus intense et votaient «comme les curés» pour reprendre une expression de Jeanine Mossuz-Lavau du CNRS. A partir des années 70, avec l’émancipation des femmes via le travail ou les études, leurs votes se sont progressivement « normalisés ». Lors des européennes, les femmes ont certes voté plus pour EELV et moins RN que les hommes, mais ces écarts vont en s’atténuant et on n’observe plus de préférence féminine pour la droite.

Jusqu'à il y a quelques années les retraités votaient massivement à droite et les jeunes étaient généralement plus à gauche. Si ces tendances ne sont plus vraies, qu'est-ce qui a évolué ? Pour quelles raisons ? 

Il existe toujours des clivages générationnels dans les votes, mais la répartition gauche-droite selon les âges ne fonctionne plus avec la même puissance qu’auparavant. Aux européennes de mai 2019, les jeunes ont placé en tête le RN, puis EELV, puis LREM, quand les retraités ont préféré LREM, puis le RN, puis LR. Même s’il y a bien une sensibilité écologique chez les jeunes et un tropisme droitier chez les plus âgés, on observe ici le même éclatement électoral que dans toutes les catégories de la population : il n’y a plus de corrélation automatique entre tel ou tel critère sociologique et le vote. Concernant les retraités, on a même assisté à un glissement spectaculaire entre 2017 et 2019 de François Fillon vers LREM. Ceci s’explique notamment par la politique menée par Emmanuel Macron, notamment sur le plan économique, qui correspond aux attentes d’un électorat traditionnellement de droite. Dans un monde où les étiquettes comptent moins, où une approche de plus en plus consumériste de la politique s’impose, l’adage « peu importe que le chat soit noir ou blanc du moment qu’il attrape la souris » s’applique plus que jamais.  

A deux ans et demi des élections présidentielles, a-t-on une idée de la manière dont la volatilité du vote pourrait évoluer ? Sur quelle classe sociale ou catégorie de la population les partis politiques devraient-ils miser ? 

Il n’y a aucune raison pour que la volatilité électorale se stabilise ou baisse avant l’élection présidentielle. Pour reprendre l’expression d’Edouard Philippe « la poutre travaille encore » et les élections municipales de mars 2020 - où les étiquettes pèsent traditionnellement moins dans les choix des électeurs et où les alliances complexes vont se multiplier – va encore augmenter la fluidité de l’électorat. De nouveaux repères, de nouvelles digues vont tomber : LREM fera des alliances à gauche ou à droite selon les communes et des membres LR pourraient se rapprocher du RN. Dans ce contexte, le but pour les prochaines élections sera de « miser » en priorité sur les populations proches de son parti et de partis voisins et qui ne s’abstiennent pas ou peu. Par exemple, les retraités vont constituer une cible prioritaire pour LREM, LR et RN. Les jeunes peuvent intéresser EELV, mais ils sont plus abstentionnistes que la moyenne donc moins « rentables » sur le plan électoral.

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