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Cette France qui avance en silence : quand la population des villes plafonne au profit de l'espace périurbain

Une dernière étude de l'INSEE qui analyse la situation de la situation urbaine en France. Cette étude montre clairement le plafonnement de l'urbain dense et la dynamique favorable au périurbain.

Laurent  Chalard

Laurent Chalard

Laurent Chalard est géographe-consultant. Membre du think tank European Centre for International Affairs.

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Atlantico : Selon le centre d'Observation de la Société, sur la base des chiffres fournis par l'INSEE la population urbaine française serait en situation de plafonnement depuis l'année 2007. Quelle est la réalité de la situation ? Quelles sont les différentes tendances en cours ? 

Laurent Chalard : En fait, la situation est beaucoup plus complexe, l’Insee utilisant deux définitions différentes pour quantifier le fait urbain en France : l’unité urbaine et l’aire urbaine, ce qui prête à confusion, y compris chez certains chercheurs. 

La première repose sur la continuité du bâti, une unité urbaine se composant d’une commune-centre comptant au moins 2000 habitants agglomérés, à laquelle s’ajoute un ensemble de communes en continuité du bâti (moins de 200 mètres) avec. C’est donc une définition, qui repose sur un critère morphologique, et que l’on peut considérer comme correspondant à l’urbain dense. 

La seconde définition repose sur les trajets domicile-travail, une aire urbaine se composant d’une unité urbaine comptant au moins 10000 emplois, à laquelle est agrégé un ensemble de communes envoyant au moins 40 % de leur population travailler dans cette unité urbaine. Cette définition repose donc sur le critère de l’emploi et combine un urbain diffus à un urbain dense.

Or, selon la définition utilisée, les résultats et leur interprétation sont différents. Selon la définition en unité urbaine, utilisée par le centre d’observation de la société, le plafonnement est réel, par contre, selon la définition en aire urbaine, la progression de la part de l’urbain en France se poursuit. Que faut-il donc en déduire ? Il s’avère dans les faits que, depuis 2007, l’urbanisation progresse essentiellement dans l’urbain diffus, que l’on dénomme l’espace périurbain.

Comment expliquer cette dynamique en faveur du périurbain ? Quelles sont les problématiques propres à ces territoires ? Ces problématiques sont-elles suffisamment abordées par les responsables politiques, de droite comme de gauche ? 

Cette dynamique favorable à l’espace périurbain n’est pas nouvelle, s’étant enclenchée sur l’ensemble du territoire national dès 1975 (et dès 1968 dans les grandes métropoles), avec des pointes dans les années 1980 et 2000. Elle est le produit d’une combinaison de facteurs : - la démocratisation de l’automobile, qui a permis d’éloigner le lieu de résidence du lieu de travail, - la facilité d’accession à la propriété en maison individuelle, la rendant plus attractive que le logement collectif, - le « retour vers la nature »,  conduisant à un plébiscite de la qualité de vie en zone rurale, - la crise urbaine (congestion, insécurité, pollution…), qui rend répulsif l’urbain dense, en particulier pour les familles avec enfants.

Les problématiques spécifiques à ces territoires sont de plusieurs ordres. Une première concerne la question de l’étalement urbain. L’habitat individuel consomme beaucoup d’espace et, d’un certain côté, n’est pas écologique. Le mitage du paysage conduit à faire perdre son charme à des territoires ruraux très attrayants au départ. Il existe donc un véritable enjeu de maîtrise foncière de la croissance démographique. Une deuxième problématique a trait à la question de la mobilité. Le recours à la voiture apparaît systématique dans l’espace périurbain, les transports en commun traditionnels n’étant pas rentables dans des espaces urbanisés à faible densité de population. Il s’ensuit une interrogation sur les moyens de véhiculer les populations captives et de limiter l’utilisation de l’automobile, source de pollution. Une troisième problématique tient à la question des équipements. Les périurbains sont essentiellement d’anciens urbains habitués aux nombreux équipements offerts par les villes-centres, qu’ils ne retrouvent pas en zone périurbaine, d’où une forte demande, alors que les communes concernées ont des moyens financiers limités. Enfin, autre problématique, la question de l’adolescence, les jeunes s’ennuyant rapidement une fois la prime enfance passée, d’où des risques d’augmentation des comportements déviants. La délinquance périurbaine, même si elle n’atteint pas l’ampleur ni ne prend les mêmes formes que celle constatée dans les banlieues populaires des grandes métropoles, est devenue un sujet de préoccupation pour les forces de l’ordre.

Ces problématiques sont relativement souvent abordées par les politiques, mais le problème est qu’ils ont du mal à leur proposer des solutions, d’autant qu’il y a une sous-estimation de l’ampleur du phénomène périurbain par une classe politique, qui maîtrise mal, en règle générale, les concepts statistiques.

A l'inverse, comment expliquer ce plafonnement de "l'urbain dense" ? S'agit-il d'une rupture de dynamique importante ? Quels sont les enjeux de ce plafonnement ? 

Le plafonnement de l’urbain dense n’est pas un phénomène nouveau. Il se constate depuis 1975, mais a été noyé statistiquement par le processus d’extension des unités urbaines. En effet, du fait de leur développement intense, certaines communes périurbaines sont entrées en continuité du bâti avec leur unité urbaine proche dans laquelle l’Insee a fini par les inclure. En conséquence, si l’Insee avait gardé la même définition des unités urbaines entre 1975 et aujourd’hui, on constaterait que le plafonnement de l’urbain dense est vieux d’une quarantaine d’années !

Ce n’est donc point une rupture de dynamique importante, mais la seule poursuite du processus de périurbanisation, qui conduit à une relative stagnation du fait urbain dense en France depuis plusieurs décennies. La France s’est couverte de lotissements à la périphérie des villes !

Le plafonnement du fait urbain dense n’est, au premier abord, pas réellement source d’enjeux, puisqu’il conduit à limiter la congestion du cœur des villes. On pourrait même le considérer comme une bonne nouvelle puisqu’il contribue à déconcentrer la population, ou, tout du moins, à arrêter sa concentration. Cependant, ce processus a aussi des effets négatifs, dont la fameuse désertion commerciale des villes-centres, la périphérisation de la population conduisant à favoriser les zones commerciales périphériques aux dépens de celles situées dans les centres-villes, difficilement accessibles pour les périurbains en automobile. Un autre problème est d’ordre financier, les villes-centres assumant dans leur totalité les frais de fonctionnement d’équipements, qui sont aussi fréquentés par les périurbains.

 

 

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