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©MARTIN BUREAU / AFP

Mutins de Panurge

Cette épidémie de pensée magique qui se répand chez les activistes de l’environnement

Après avoir manifesté dans les rues d'Annecy en septembre dernier avec des peluches maculées de faux sang, les militants "d'Extinction Rébellion" ont organisé plusieurs initiatives dans la même veine bariolée à Paris pour attirer l'attention.

Damien Le Guay

Damien Le Guay

Philosophe et critique littéraire, Damien Le Guay est l'auteur de plusieurs livres, notamment de La mort en cendres (Editions le Cerf) et La face cachée d'Halloween (Editions le Cerf).

Il est maître de conférences à l'École des hautes études commerciales (HEC), à l'IRCOM d'Angers, et président du Comité national d'éthique du funéraire.

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Atlantico : Après avoir manifesté dans les rues d'Annecy en septembre dernier avec des peluches maculées de faux sang, les militants "d'Extinction Rébellion" ont organisé plusieurs initiatives dans la même veine bariolée à Paris pour attirer l'attention. On peut lire pour ce 12 octobre sur leur site internet multicolore qu'ils cherchent à "se répandre en multiples groupes d'action autonomes pour se réapproprier la ville et subvertir son quotidien mortifère". Plus loin, ils invitent encore "ceux en qui germent l'amour et la révolte pour le vivant" à les rejoindre. On trouve ici un vocabulaire qui rappelle certaines remarques sarcastiques de Philippe Muray, qui s'amusait volontiers du triomphe des "rebellocrates" ou des "mutins de Panurge". Comment comprendre la structuration de ce genre de mouvements sociaux de la rébellion et le soutien que peuvent leur apporter les pouvoirs publics, à l'image d'Anne Hidalgo qui a explicitement déclaré soutenir Extinction Rébellion ?

Damien Le Guay : Quand 100 000 réactionnaires bien sages défilent dans les rues de Paris pour ne pas dénaturer la famille, pour exercer un "principe de précaution" vis à vis de la parentalité, pour demander un père et une mère afin de sécuriser les enfants à naître, les médias les passent sous silence. Quoi ! Ne pas changer la nature humaine vous n'y pensez pas ! Le progrès dès engendrements croisés et des sexualités floues sont indispensables ! Haro sur les hétéros-fascistes et les pères-castrateurs et les mères qui refusent d'être, au choix, "Mère d'intention" ou "mère-porteuses" !

Mais quand 15 gamins, place du Châtelet, répètent des slogans violents juchés sur des bottes de foin tout le monde s'extasie ! Quand trente militants prédisent la fin du monde au cœur de Paris sous le regard des caméras complaisantes, les adeptes de la bonne conscience verte à moindre frais applaudissent à tout rompre ! Quand en tout et pour tout quarante-deux amis de "Greta-shame-on-you" se font une petite frayeur en se disant "objecteurs de conscience", les sympathisants écolos-bobos-chics trépignent de joie !

Ces nouveaux petits soldats du petit livre vert d'une impossible révolution culturelle disent "subvertir le quotidien mortifère" de la ville où ils vivent avec plaisir sans chercher à retourner dans les campagnes ou à aller prêcher le vert au fin fond du Larzac. Ils cherchent à se donner bonne conscience, à se dire rebelles de la grande cause des baromètres enfiévrés ! Sur les vélos électriques subventionnés ils disent militer pour arrêter la fonte des glaces avant d'aller faire fondre un glaçon dans un verre de jus d'orange venues de Patagonie en avion à la terrasse du café d'à côté !

Les médias acquis à la cause indiscutable de la montée des températures, font des directs, des émissions en continus, des entretiens avec des gamins survitaminés par l'urgence écologique. Le vert aime les gamins. Plus ils sont pouponesques plus les médias les aiment. Désormais, une cassandrette de seize ans venue des pays froids engueule les puissants qui aiment à se faire médiatiquement fouetter en public par une gamine qui appelle tous les minots à quitter l'école pour dire leurs désarrois écologistes !

Ah qu'il est drôle de se faire peur à peu de frais - sinon aux frais de la ville et des associations qui mettent en scène ce théâtre sur les places publiques entre le théâtre de la ville et le théâtre du Châtelet ! Nous sommes là dans une répétition d'Halloween. On se grime en vert pour dénoncer les sorciers capitalistes et demander "une subvention contre un sort- celui de la fin du monde". Paris s'est disneylandisé aux couleurs des agitateurs de l'apocalypse ! Mais heureusement en bloquant la place du Châtelet, en emmerdant les voitures de la Rue de Rivoli, on va freiner la fonte de la calotte glacière ! On est rassurés ! Paris qui (selon sa devise) " flotte mais ne coule pas" va donner du courage au monde qui coule et ne flotte pas ! Madame Hidalgo le sait ! Elle soutient le mouvement pour verdire son bilan  et rassurer son électorat bobo-vert-queer pour l'élection de l'année prochaine !

Que proposent-ils ? Rien de bien concret. Vont-ils aller élever des chèvres dans le Larzac ? Non. Vont-ils quitter paris pour devenir des néo-paysans ? Non. L'essentiel n'est pas de faire mais de dire. De se montrer et non d'aller faire de la permaculture sur le toit de leur immeuble. D'attirer l'œil des caméras et non d'en revenir aux bouteilles en verre et de quitter ses bouteilles en plastique.

La démarche de "Extinction Rébellion" est présentée comme une "lutte" pour un "nous plus grand qui inclut l'ensemble du vivant, son histoire commune, et la Terre qui les relie". L'idée de se faire porte-parole d'une nature incapable de parler pour elle-même ne tient-elle pas d'une pensée magique presque animiste ?

Ces gamins assurés de laver plus vert leurs discours anti-capitalistiques, sont les représentants auto-proclamés de la Terre - qui est bonne mère pour ne pas rire. Ils se disent porte-parole de la muette nature - qui en secret se gausse d'être défendue par des jeunots aux mains blanches et non calleuses ! Ils prétendent être les cavaliers de l'apocalypse pour avoir eu le courage de monter Rue de Rivoli sur une botte de foin ! Quand le combat est juste, le ridicule ne tue plus. Quand la cause est sérieuse, les clowns d'opérette ressemblent à de tristes sires ! Tout le monde applaudit quand tout le monde devrait s'amuser de cette farce médiatique. Que vont faire ces roitelets-verts après leur "sitting" au centre de paris ? Ils vont rentrer chez eux essoufflés par le souffle des fins dernières et allumer leurs ordinateurs grands consommateurs d'énergies.

Apres s'être époumonés contre la montée des eaux, ils iront se reposer en avion  une semaine à Ibiza pour y bronzer ! Plus on est militant de la "mondialisation heureuse", plus on se dit effrayés par l'affolement des températures ! Moins on se remet en cause, plus  on remet en cause le monde. Plus on consomme, plus on déplore la consommation mondiale. Paris est bloqué et les médias s'extasient pour tant de courage alors que la police ne fait rien - sinon mollement - et que le gouvernement donne un satisfecit Green.

La nature ils ne la connaissent pas sinon en cartes postales et aiment à la défendre comme une cause plutôt que comme une réalité concrète. Ces gens-là méprisent les paysans quand ils acceptent de les faire vivre comme des clochards en ne voulant jamais payer le juste prix des produits ! Ils seraient prêts à traire une vache place du Châtelet mais refusent de payer un euro le litre de lait qu'ils font venir chez eux par un livreur en vélo exploité par un GAFA trop riche pour être généreux  avec ses employés !

Sur le site web principal du groupe, on peut lire : "pour participer à la rébellion internationale, inscrivez-vous aux actions" et puis en dessous un formulaire d'inscription à remplir. Ce mélange entre l'appel à la désobéissance et une bureaucratie numérique capable de collecter nom, prénom, téléphone, ne dit-elle pas quelque chose de notre époque ?

Y'a-t-il mélange des genres entre la cause à défendre et l'appel aux dons ? Non. Ces gens-là se vendent plutôt qu'ils ne défendent une de ces grandes causes qui les obligeraient à l'effacement, à la discrétion, a un militantisme en dehors des radars médiatiques. Que proposent-ils ? Des tickets de bonne conscience contre de l'argent. On en  revient ici au "trafic des indulgences" pratiqué honteusement par l'Eglise autrefois quand elle offrait des années d'enfer en moins contre de grosses sommes d'argent. Désormais nombre d'ONG font de coûteuses campagnes pour demander de l'argent à des bobos qui ainsi s'achètent des années de mauvaise conscience en moins. Ces ONG pour La défense des phoques en Alaska  ou la lutte contre la déforestation en Amazonie ou maintenant la lutte contre l'apocalypse écologique font du trafic d'indulgence. Les bobos paient pour continuer à polluer à titre individuel comme les entreprises paient pour polluer en permettant de replanter des arbres ailleurs. Quand on est riche on peut se permettre de polluer les pauvres tout en s'achetant un certificat de vertitude ou en votant écolo. Tel est le monde dans lequel nous vivons : les Chinois triment a bas-coût pour enrichir a milliards les nababs de la Silicon-Valley ; les bobos parisiens subventionnent les rebelles de complaisance de la place du Châtelet pour leurs permette de laisser crever les paysans de nos campagnes qui meurent a petits feu. Le gigantesque "trafic des indulgences" des ONG est une formidable machine a blanchir les pollueurs, à rassurer les nouveaux pêcheurs (qui sont coupables d'un nouveau péché capital : la pollution du monde) et à croire que l'on va ralentir la fonte des glaces des pôles. D'où les accusations des prêcheurs d'apocalypse de la rue de Rivoli ! Ils sont les  nouveaux Frères prêcheurs qui vouent aux gémonies les pollueurs.

Greta est la petite fille du Frère  Savonarole qui voulait jeter sur le "bûcher des vanités" les bijoux et objets de luxe qui polluaient l'âme des florentins. Maintenant les Greta disent aux puissants "honte à vous" et pour éviter de jeter sur les bûchers des vanités des pollueurs les machines et avions et vêtements venus du bout du monde, ils demandent de l'argent aux riches pour qu'ils continuent de polluer. Ainsi va le monde pour que tout change et pour que rien ne change !

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