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©YANICK FOLLY / AFP

Commission européenne contre Allemagne

Cette crise politique que l’Europe ne peut absolument pas se permettre au regard de la méga tempête économique qui se prépare depuis les pays émergents

Le Covid-19 touche également aujourd'hui les pays les plus pauvres. Dans ces pays fragiles, la pandémie a des effets décuplés sur l’économie et l’emploi, et plus encore sur les taux d’intérêts, les bourses, les changes.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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4,3 millions de malades, 300 000 morts environ dans le monde : la pandémie ne cesse d’avancer. Elle frappe aujourd’hui les pays les plus pauvres, ceux qui ont le moins de moyens pour s’en protéger. Nous avons suivi le périple du virus, parti de Wuhan en Chine, où il s’est trouvé un temps confiné (80 000 cas ?), transporté ensuite par avion en Italie (220 000), en Espagne (270 000), en France (178 000). On l’a vu se développer en Allemagne (170 000), où il a visiblement eu des difficultés pour s’étendre (et surtout pour tuer), le tout avant d’arriver à New-York. New-York : 350 000 cas. Voilà enfin un terrain à sa mesure, avec toutes les populations, les ethnies, les religions du monde enfin représentées, une vraie plateforme pour aller vite partout ! Certes, les délais de réactions américains (largement dus au Président Trump), les conflits de services et de compétences ont tout compliqué quand il s’est agi de décider des quarantaines, puis de les lever, entre les États notamment. Mais depuis, l’essentiel se passe ailleurs.

Peu à peu, des pays moins développés font, en effet, état de chiffres qui montrent l’étendue des drames qui les frappent. Voilà 240 000 cas environ en Russie, 170 000 au Brésil, 140 000 en Turquie, 111 000 en Iran, 72 000 en Inde, sans que l’on soit sûr dans ces pays, bien sûr, de la qualité des données. Mais n’empêche, dans ces pays fragiles, la pandémie a en tout cas des effets décuplés sur l’économie et l’emploi, et plus encore sur les taux d’intérêts, les bourses, les changes. La finance y fonctionne comme une vraie caisse de résonnance, avec des effets économiques, sociaux, politiques, militaires, migratoires que l’on peut imaginer, avant de les voir se manifester.

Depuis janvier, les taux de change sont ainsi tous en baisse par rapport au dollar. Baisses de 4% en Inde, 17% en Russie, 30% en Afrique du Sud, 44% au Brésil. Partout aussi, les bourses sont en baisse, notamment de 30% en Afrique du Sud et de 32% au Brésil. Evidemment, les agences de rating regardent toutes ces situations et ne cessent de dégrader les notes des différents pays, ce qui n’aide pas. Le Brésil inquiète ainsi, pour des raisons économiques et financières, auxquelles les actions du Président Bolsonaro ajoutent leur lot de difficultés. L’Afrique du Sud est partie vers une grave glissade. Un think tank (Towards Inclusive Economic Development in Southern Africa), rattaché au ministère du Commerce, de l’Industrie et de la Concurrence du pays, vient de publier une étude sur l’impact de la crise et des mesures de confinement. Ce think tank avance un scénario qu’il juge « optimiste » (enrayement rapide de l’épidémie et confinement de courte durée), le PIB se contracte de 5,6%, avec 3 millions d’emplois détruits en 2020. Et il en ajoute un, jugé par lui le plus pessimiste, où l’économie pourrait baisser de 16%, avec 7 millions d’emplois détruits et un taux de chômage de 50% dans le secteur formel  L’Inde enfin, qui pouvait (encore) sembler épargnée dans cette présentation des BRICS hors Chine, vient d’accuser une baisse de 17% de sa production industrielle en mars.

Sans qu’il soit possible de dessiner ici une carte complète de cette détérioration d’autre pays émergents moins importants, disons au moins que la Turquie voit une baisse de 17% de son change, avec une inflation de 11% et un taux d’intérêt (politique) décidé par le Président Erdogan de 8,75%. Il entend soutenir l’activité mais c’est plutôt de nature à susciter une crise de change : à suivre. Ailleurs, outre la crise libanaise qui devient violente, l’Egypte voit une fuite des capitaux et l’Arabie Saoudite se préoccupe de freiner la détérioration de son budget en prenant des mesures fiscales (hausse de la TVA) et arrêt de travaux qui propage les difficultés à sa périphérie. Ceci pour ne pas parler de l’Iran ou de l’Irak. A suivre donc.

Où que l’on regarde, la situation se détériore. Les grands pays frappés les premiers se demandent comment financer le choc et son freinage, plus le déconfinement et la relance, dans l’espoir de trouver un vaccin au plus tôt. Signe qui ne trompe pas, l’indice des prix aux États-Unis vient de s’inscrire en baisse de 0,8% en avril d’un mois sur l’autre. On peut toujours penser qu’il s’agit là de l’effet de la baisse de 20% du prix du pétrole depuis décembre. Mais non : hors pétrole et alimentation, les prix ont quand même baissé de 0,4% en un mois. C’est bien là la preuve de l’impact de la chute du PIB américain et de l’effondrement de l’emploi, dans l’intervalle de six semaines.

La cascade de crises et des baisses de prix, salaires, matières premières achève actuellement son premier périple : Chine – Europe – États-Unis – pays émergents. La spirale baissière des prix et des salaires s’ouvre et doit donc s’interrompre. La seule issue, pour éviter la logique déflationniste, est la montée des aides du FMI ou des avances en dollars de la Fed pour aider les pays émergents et, dans la zone euro, que la BCE achète largement des bons du trésor. La confluence des actions du FMI, de la Fed et de la BCE, crédits et achats de titres publics et privés, peut freiner le risque de déflation cours, sachant que la Banque centrale chinoise s’emploie, à sa manière, à soutenir des entreprises publiques, des banques, voire des cours boursiers – qui sait. Ce seront des milliards qui seront nécessaires pour éviter bien pire que 1929.

Mais il ne faudra pas que la Banque centrale allemande (BUBA), obéissant au jugement de la Cour fédérale du 5 mai, n’arrête ou même ne freine cette logique. C’est là que nous en sommes : les pays émergents font leur possible mais atteignent vite leurs limites de capacité d’emprunt et de trésorerie. La déflation mondiale ne peut être arrêtée que par un quantitative easing mondial, autrement ce sera pire que 1929 avec ses conséquences. On peut toujours dire que c’est prêter trop d’attention à des jugements et à des baisses de prix, mais il vaut mieux être trop inquiet et chercher tout ce qui peut bloquer l’engrenage en cours.

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