Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Santé
coronavirus covid-19 peur virus pandémie risques fantômes phobie origines

Covid-19

Ces risques fantômes qui continueront à nous hanter bien après la fin de l’épidémie de Coronavirus

La pandémie de coronavirus va laisser d'importantes séquelles au coeur de nos sociétés. Comment peut-on se prémunir des risques fantômes, d'une potentielle phobie du coronavirus ?

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

Voir la bio »

Atlantico.fr : Quelles sont les séquelles que la pandémie peut laisser sur les sociétés occidentales d'une part, en France d'autre part ?

Stéphane Gayet : Le journal américain en ligne « Bloomberg opinion », fondé par l’ancien maire éponyme de New York, évoque le risque que, lorsque l’épidémie de CoVid-19 sera terminée aux États-Unis d’Amérique, ne se développe et perdure une phobie du coronavirus. L’auteur pense qu’un grand nombre de personnes auront durablement l’esprit habité par la hantise d’une résurgence de la CoVid-19 ; il emploie l’expression de « virus fantôme » pour désigner la conviction de voir des signes de réapparition du virus alors qu’il n’en est rien.

Cette réflexion à propos de l’après-CoVid-19 est l’occasion de s’interroger sur l’empreinte que cette épidémie virale hors du commun pourra laisser dans notre psychisme. Avant la CoVid-19, on avait l’impression qu’il était possible de juguler - avec plus ou moins de mal, mais de juguler et même de stopper – n’importe quelle épidémie bactérienne ou virale. Car nous sommes venus à bout des grandes épidémies de peste, choléra, typhus exanthématique, variole, diphtérie, scarlatine, poliomyélite antérieure aiguë et autres. L’infection à VIH est également contrôlée et les foyers d’épidémie de fièvre Ebola sont maîtrisés au cas par cas. Jusque fin 2019, ce sentiment de contrôle des épidémies infectieuses contribuait à rasséréner les populations en matière de risque infectieux collectif. Les infections associées aux soins (infections nosocomiales et autres du même type) ne sont le plus souvent pas des infections épidémiques : c’est plutôt une affaire de cas par cas.

Mais avec ce SARS-CoV-2, tout est remis en question : ce virus est diabolique avec un pouvoir pathogène bien difficile à cerner et à combattre ; la Chine nous a copieusement menti ; l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a menti et a montré qu’elle n’était pas fiable, ni sur le plan de l’intégrité ni sur celui de la compétence ; il y a eu et il persiste une coalition pour discréditer l’association d’hydroxy chloroquine et d’azithromycine ; il règne une sorte de pagaille concernant les mesures préventives à adopter ; les équipes de recherche internationales s’entredéchirent à propos des vaccins et on confond à présent les malades et les simples porteurs de virus. Ce grand désordre international a largement de quoi faire peur : on a l’impression que tout va mal, que l’on ne peut plus faire confiance à personne, ce qui contribue à un sentiment d’insécurité à la fois infectieuse, économique et politique.

Plusieurs scientifiques de haut niveau – dont la généticienne Alexandra Henrion-Caude - ont dit que la séquence du génome (à ARN) du SARS-CoV-2 portait des stigmates de ciseaux génétiques ; en d’autres termes, il existe des arguments forts pour penser que cette souche virale serait le fruit de la modification au laboratoire d’une souche naturelle de coronavirus. Ce témoignage d’une jeune femme chinoise médecin est troublant :

Jusqu’à ce que surviennent les attentats du 11 septembre 2001, le peuple américain se pensait à l’abri de toute attaque, en quelque sorte invincible. Il a dû déchanter. À présent, il sait qu’il est vulnérable sur le plan des épidémies microbiennes. Je crois que c’est là la principale séquelle que va laisser cette épidémie : ce sentiment de vulnérabilité, d’insécurité à la fois infectieuse et économique.

En France, c’est assez différent, car, contrairement aux États-Unis qui ont géré l’épidémie d’une façon pour le moins peu rationnelle, nous avons eu une politique volontariste et des décisions ont été prises à l’échelle nationale. Certes, il y a eu et il persiste des manques de pertinence et de cohérence des décisions, mais on n’a pas – du moins jusqu’à la fin du premier tour des élections municipales – laissé faire l’épidémie les bras croisés. En revanche, en France, cette CoVid-19 laissera comme séquelle dans les esprits une aggravation de la perte de confiance en les pouvoirs politiques et les laboratoires pharmaceutiques, ce qui n’est pas peu dire. Nous avons eu des preuves d’incompétence et de corruption, ce qui bien sûr alimente la défiance et qui plus est conduit au désabusement.

Je pense qu’il y a là de quoi imprimer profondément et durablement les esprits. On peut avoir l’impression d’une (lente) désagrégation sociétale et donc d’une augmentation de l’entropie (désordre en physique).

La notion de risques fantômes est-elle particulièrement pertinente face aux séquelles que la pandémie de coronavirus peut laisser sur nos sociétés ?

L’auteur de l’article dans Bloomberg opinion évoque la situation américaine. Le président Trump a longtemps minimisé la CoVid-19 en prétendant qu’elle n’était ni plus ni moins qu’une nouvelle grippe sans gravité particulière. Pendant des semaines, il s’est refusé à porter un masque. Devant cette inconséquence du pouvoir fédéral national – du moins de son chef -, chaque État a géré l’épidémie comme il l’entendait, d’où une disparité entre États, sans parler des inégalités sanitaires au sein des États et même des villes, inégalité inhérente aux États-Unis qui privilégient toujours les libertés.

Dans l’article en question, l’auteur estime que cette épidémie aura effrayé beaucoup de personnes : soit frappées personnellement, soit touchées par le décès de proches, soit impressionnées par tout ce qu’elles ont vu, lu ou appris par différents canaux concernant cette épidémie (aux États-Unis) et plus généralement cette pandémie (dans le monde).

D’où la notion de « virus fantômes », ces virus invisibles dont on peut craindre la présence partout. Les personnes les plus craintives pour leur santé et pour celle de leurs proches peuvent probablement développer une phobie du SARS-CoV-2, ce virus chinois aux origines mystérieuses et au pouvoir pathogène étrange ; même sa transmission demeure en partie floue, entre les aérosols humides (microgouttelettes), les aérosols secs (particules aéroportées en suspension dans l’air) et les mains. Il y a donc de quoi nourrir des craintes durables chez les personnes ayant une tendance anxieuse et ne voulant rien laisser au hasard. Pourtant, il faut se résigner à accepter l’aléa, l’incertitude, le risque non parfaitement maîtrisé.

Pour répondre à la question posée, la notion de « virus fantômes » avec la CoVid-19 est pertinente pour les personnes qui sont naturellement enclines à l’inquiétude et la crainte (pas les adolescents, en général).

Parce que l’on sait que le SARS-CoV-2 ne peut pas être éradiqué et donc que bon nombre de personnes vont en rester plus ou moins longtemps porteuses asymptomatiques. Il est logique de penser que, dans ces conditions, le virus puisse resurgir d’un moment à l’autre et c’est ainsi. Mais cela ne justifie pas la phobie : simplement la vigilance, la prudence et la méfiance.

Comment peut-on se prémunir de ces risques ?

Cette pandémie CoVid-19 porte un coup dur au transhumanisme illuminé. Ce sont ces personnes qui s’imaginent que, dans quelques décennies seulement, on pourra mettre l’intégralité du corps humain en équations, que l’on aura entièrement décrypté tous les gènes du génome humain, que l’on sera capable de modifier à loisir ce génome et que dès lors on aura la possibilité de supprimer toutes les maladies génétiques, d’éviter presque toutes les maladies acquises et surtout que l’on pourra améliorer sans cesse le génome de l’Homme, jusqu’à rendre l’être humain pratiquement immortel.

Ces transhumanistes considèrent le génome comme un simple logiciel et les cellules comme de simples éprouvettes. Ce n’est pas du tout ma vision et je pense qu’ils se fourvoient diablement ; il suffit de s’intéresser un peu à la biologie cellulaire et à l’épigénétique pour comprendre que leur vision est fantasmatique.

Si vous avez regardé la vidéo ci-dessus, vous pouvez avoir l’impression que la réalité dépasse dans ce cas la fiction. Quoiqu’il en soit et tout en gardant les pieds sur terre, ce que rapporte cette jeune Chinoise médecin est parfaitement plausible. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de la création d’un virus à partir de molécules – ce que l’on ne sait pas faire -, mais de la modification d’un virus naturel, ce que l’on maîtrise, mais sans en connaître toutes les conséquences et bien loin de là…

Pour répondre à la question posée, il est temps de déchanter à propos du transhumanisme et des idées de ce type. Quand on modifie sévèrement la nature, on s’expose à des conséquences imprévisibles et parfois dramatiques. Il faut accepter l’incertitude, l’aléa, le risque, car notre monde est devenu bouillonnant et même explosif. Il est plus que certain que de nouveaux virus pathogènes apparaîtront, mais nul n’en connaît ni l’heure ni le lieu. Il est à peu près certain que le SARS-CoV-2 ne disparaîtra pas et qu’il persistera chez des porteurs sains. Ce que l’on peut craindre, c’est une réapparition d’une épidémie de CoVid-19 dans des sociétés naïves (terme ici immunologique) vivant à l’écart et sans aucune technologie (comme certains villages amazoniens), à la faveur d’une contamination par un individu porteur de virus et immunisé.

On entend cela tous les jours dans les médias : tout a été bousculé, perturbé et notre monde a changé. Notre rapport avec les risques s’en trouve modifié : on avait l’impression – avec l’assistance des assurances – que l’on pouvait bien gérer tous les risques. Mais ce n’est plus le cas.

Pour se protéger vis-à-vis des risques viraux et des risques de phobie virale, il sera utile de revoir beaucoup de choses dans notre façon de vivre. On l’a vu avec la CoVid-19, ce sont les personnes fragiles et malades chroniques qui ont le plus pâti de l’infection : il faut s’attacher à tout faire en notre pouvoir pour ne pas se retrouver dans cet état de vulnérabilité. Nous savons prévenir la surcharge pondérale, le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, l’insuffisance rénale et respiratoire, les troubles métaboliques, etc. C’est une question d’hygiène de vie (et non pas de propreté) en général. Mais les conseils d’hygiène de vie ne font pas recette, ils sont considérés comme superflus et sans intérêt, au motif que la médecine serait capable par des médicaments de tout prévenir et de tout guérir : grave illusion. Beaucoup de personnes très jeunes veulent consommer la vie avec avidité, arguant que la vie est courte et qu’il faut en profiter au maximum… D’où un consumérisme forcené sur tous les plans, ce qui paraît incompatible avec l’obtention d’un corps et d’un esprit sains et à l’immunité forte, meilleure façon de se protéger en fin de compte.

A lire aussi : Coronavirus : mais que sait-on vraiment des séquelles chez ceux qui s’en sont remis ?

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !