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©HANS SCOTT / AFP

Impact du virus

Ces patients atteints de troubles alimentaires dont la condition flambe avec la pandémie

Selon une étude du Journal of Eating Disorders, la pandémie exacerbe les troubles de l'alimentation. La crise sanitaire a-t-elle réellement déstabilisé les personnes souffrant de troubles alimentaires ?

Jean-Yves Le Goff

Jean-Yves Le Goff

Chirurgien digestif laparoscopique, pionnier mondial de la chirurgie laparoscopique et bariatrique, ancien chef de clinique-assistant et ancien interne des hôpitaux de Paris. Fondateur et Ancien Responsable de l’unité de chirurgie cœlioscopique à l’hôpital Bichat (1988-1997) Spécialiste de la chirurgie de l’obésité (legofftechnique), il exerce depuis 1997 à la Clinique du Trocadéro (Paris 16ème) et à l’Hôpital Privé de Seine Saint-Denis (Le Blanc Mesnil) depuis 2009. 

 

Sociétés savantes/Mandats/autres activité de représentation et d’organisation :  

- Membre de la Société française de la Chirurgie de l’Obésité

- Membre fondateur de la Fondation pour le développement de la chirurgie laparoscopique (FDCL) : 40 pionniers français et belges à l’origine de la chirurgie digestive Laparoscopique.1992 

-  Membre fondateur de l’European Association for Endoscopic Surgery and other Interventional Techniques (EAES). (1990)

-  Membre fondateur de la Société française de Chirurgie Endoscopique (SFCE). (1994) 

- Ancien Secrétaire Général Adjoint du Collège des Chirurgiens Français, Syndicat des chirurgiens Français (1990-1995)

- Ancien Président du Syndicat des Chefs de Clinique Assistants des Hôpitaux de Paris (1988-1990)

-  Ancien Secrétaire Général National des Chefs de Clinique des Villes de Faculté Assistants des Hôpitaux (1988 -1990)

- Organisateur du Congrès des Internes et Chefs de Clinique à Strasbourg. (1988)  : « L’Europe de la santé à l’horizon du grand marché européen de 1992 »

 

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Atlantico.fr : Une étude du Journal of Eating Disorders montre que la pandémie exacerbe les troubles de l'alimentation. La crise sanitaire, en bousculant nos habitudes de vie, a-t-elle davantage déstabilisé les personnes souffrant de troubles alimentaires ? 

Dr Jean-Yves Le Goff : En tant que chirurgien et spécialiste du traitement chirurgical de l’obésité notamment, j’ai été au premier rang pour voir ce qui s’est passé avant, pendant et après le confinement. Classiquement la plupart des gens ont pris en mars, avril, mai, deux à quatre kilos. Pour les personnes souffrant d’obésité sévère, IMC supérieur à 35 (poids divisé par la taille au carré) ou supérieur à 40 pour l’obésité morbide, la prise de poids est beaucoup plus importante. J’ai vu ainsi des patients prendre 10, voire 15 kilos en 2 mois. Le confinement a aussi touché des patients qui devaient être opérés. Ceux-là étaient désespérés, car l’intervention chirurgicale était d’autant plus retardée.

Dans le même temps, pour les patients anorexiques, la période a aussi été extrêmement difficile. Alors que l’on préconise souvent un éloignement de la cellule familiale pour les soigner, ils ont été contraints à cette promiscuité familiale. Comme par définition, ils se font vomir la plupart du temps régulièrement, ceci leur a causé bcp d’anxiété et de troubles quant à la discrétion et a ainsi aggravé leur mal être.  

Et l’anxiété ambiante ne les aide pas…

Pour les problèmes d’obésité sévère et morbide, les facteurs psychologiques (abandons, deuils non assumés, attouchements sexuels, viols, incestes, divorces non résolus...) interviennent pour 80 à 90% des cas (5% sont génétiques, 5 à 10% sont culturels)

Avec la pandémie, tous ces facteurs sont exacerbés et le contexte d’anxiété généré par l’épidémie vient s’ajouter à leurs problèmes psychologiques. Or, plus ces obèses sont anxieux, plus ils mangent. La nourriture est considérée et envisagée par eux comme un anxiolytique (il s’agit d’une véritable addiction). Cela entraine évidemment une prise de poids certaine et aggrave la mésestime de soi, la peur du regard des autres, des difficultés à se déplacer, les complications associées … C’est une spirale négative qui continue à les attirer vers le bas et dont il est encore plus difficile à se soustraire en ce moment. Ces patients n’ont pas la capacité à se projeter dans l’avenir, car ils n’arrivent pas à penser que la pandémie a toutes les chances de s’arrêter en un à deux ans par l’obtention d’un vaccin et celle d’une « immunité collective » … Le traitement de ces patients doit être chirurgical, conservateur, non mutilant, associé à une prise en charge psychologique fondamentale. En effet, les obèses sévères et morbides particulièrement ont besoin d’être soutenus, encadrés et structurés.

Le surpoids, l’obésité, l’obésité sévère et morbide avec leurs comorbidités associées (HTA, diabète, apnée du sommeil, insuffisance respiratoire, insuffisance coronarienne, désordres métaboliques des lipides) sont des facteurs de risque quant au pronostic lié à la COVID-19.

Plus l’IMC est élevé, plus les comorbidités, les complications augmentent. C’est pourquoi beaucoup de patients souhaitaient se faire opérer rapidement dès le déconfinement. Maintenant, avec la reprise forte de l’épidémie, il est devenu beaucoup plus compliqué de programmer le traitement chirurgical.

Confinement, télétravail, chômage partiel...  Rester davantage au domicile est-il dangereux pour les personnes souffrant de troubles alimentaires ?

Quand on reste chez soi, il y a mécaniquement moins de dépenses caloriques. Ceci s’illustre par le fait de ne pas aller au travail, de ne pas faire d’efforts physiques, dehors, dans les transports en commun, … Ensuite, il y a le rapport à la nourriture qui est différent. Elle est beaucoup plus proche, plus accessible. On a tendance à plus manger quand on est chez soi que lorsque l’on est au bureau ou à l’extérieur. Les personnes, malades ou pas, ont aussi besoin de sortir pour évacuer leur stress, en allant faire du sport par exemple. À cet égard, la fermeture des salles de sport est une catastrophe qui pourrait être palliée par des mesures draconiennes (plexiglas de protection entre les appareils espacés, distanciation de plus de 2 mètres dans les cours collectifs dans les grandes salles, nombre réduit de participants, port de visière systématique pour limiter les effets du souffle du sportif, mise en place d’appareils d’aspiration de l’air par le plafond et de ventilation comme en Allemagne, d’autant que beaucoup de salles de sport avaient déjà appliqué beaucoup de mesures prescrites aujourd’hui …)

L'augmentation de l'exposition aux écrans, aux médias et aux réseaux sociaux jouent-ils un rôle ?

Bien sûr ! Passer beaucoup de temps devant les écrans favorise de fait la diminution des dépenses physiques en même temps que l’ingestion de calories. Car beaucoup de gens mangent devant un écran, parfois sans même s’en rendre compte. Beaucoup d’études montrent que l’on mange plus quand on est devant la télévision allumée. Le problème pour le cerveau, c’est que l’attention est attirée par l’écran et plus du tout par ce qui est dans l’assiette. Il est ainsi impossible de quantifier la nourriture qu’on est en train d’ingérer, ce qui est essentiel pour s’alimenter correctement. Plus l’on regarde les écrans, plus l’on est exposé aussi à des publicités, et donc à des tentations permanentes, dont celle de manger plus.

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