Ce que révèle l'irruption de l’emploi du mot “migrant” | Atlantico.fr
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Le mot "migrant" est désormais utilisé pour désigner les "immigrés".
Le mot "migrant" est désormais utilisé pour désigner les "immigrés".
©Reuters

Les immigrés, c’était avant

Ce que révèle l'irruption de l’emploi du mot “migrant”

Les multiples expressions employées pour désigner une même réalité nuisent à la compréhension d'un phénomène et de ces enjeux. L'emploi abusif du mot "migrant" ne vient adoucir qu'en surface les crispations autour de l'afflux de clandestins en Europe, détournant notre attention du fond du problème.

Jean-Claude  Barreau

Jean-Claude Barreau

Jean-Claude Barreau est essayiste. 

Il est conseiller de François Mitterrand sur les questions d'immigration, puis de Charles Pasqua. En 1989, il devient président de l’Office des migrations internationales et président du conseil d'administration de l’Institut national d’études démographiques.

Il est l"auteur de "Liberté, égalité, immigration ?" (éditions de L'Artilleur) et a également publié "Sur la route de Kandahar" (François Bourin, en avril 2014).

 

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Atlantico. Aujourd'hui les "immigrés" sont devenus des "migrants", en tout cas c'est comme ça qu'ils sont maintenant appelés, pourquoi ?

Jean-Claude Barreau : On essaie d’évacuer le problème. L'immigration, comme tous les faits humains a un bon et mauvais côté, aujourd'hui on optimise tout, les aveugles sont des malvoyants, et les immigrés des migrants. Immigrés c'est plus rude et vrai que migrants. Cest un phénomène d'euphémisme, répandu partout dans notre société. On appelle plus les gens par leur nom. Ce n'est pas faux, mais on emploie un mot qui ne choque pas "migrant". De même on a remplacé l'office qui s'occupe de l'immigration que j'ai dirigé longtemps, office national de l'immigration,  par office des migrations internationales, ça fait plus chic. C'est une question de ne pas choquer, il ne faut pas choquer.

Cela sous-entend donc que les "migrants" de la Méditerranée ne vont pas rester en Europe? Comment en être sûr?  

Il ya  deux choses, deux sortes de gens qui migrent. Il y a les réfugiés politique, ceux là, en général, retournent dans leurs pays une fois les conflits terminés. Par contre, les immigrants ne retournent jamais chez eux parce que l'exil est quelque chose de difficile : on ne change pas de pays deux fois dans sa vie. Les immigrants viennent définitivement. Ils gardent le rêve du retour, regardez les Portugais, 1 million de Portugais sont venus en France, ils ne rentreront pas. Maintenant qu'il y a des avions et que les voyages sont faciles, tous les immigrés retournent au bled pendant les vacances avec leurs enfants, et leurs enfants n'y retourneront plus : ils y sont déjà mal à l'aise. Les immigrés économiques n'y retournent pas, les réfugiés politiques eux, quand ils le peuvent, retournent dans leurs pays. Je pense que les réfugiés économiques resteront, immigrer c'est très difficile contrairement à ce que l'on croit, changer de pays, on fait ça une fois dans sa vie, d'ailleurs, pour les Grecs anciens, la peine capitale n'était pas la mort mais l'exil.

Ce changement de registre n'est-il pas une manière pour l'Union Européenne de se débarrasser du problème?

On ne se débarrasse pas d'un problèm,e il est toujours là, l'idée c'est de le cacher. Il y a une volonté de dissimulation.

Ce simple mot n'illustre-t-il pas la faiblesse de l'UE à se penser comme un tout politique avec une ligne claire?

C'est une tendance qui résulte de sa constitution. L'UE n'est pas un état, c'est une coalition qui a 6 pouvait fonctionner, mais pas à 28 évidemment. Les problèmes de la Finlande vis-à-vis de l'immigration ne sont pas les mêmes que ceux de la Grèce. L'UE ne peut se mettre d'accord sur rien d'important et préfère donc "euphémiser" le sujet. L'immigration est un phénomène humain universel, mais qui n'est pas mondial, il est régional. Par exemple, en Amérique, les Etats-Unis ont affaire à des gens d'Amérique Latine qui viennent chez eux, des hispaniques. Cela n'affecte pas l'Europe. l'Europe c'est l'Afrique, l'immigration africaine et le Proche-Orient. En Asie du Sud-est, ça sera l'immigration asiatique vers l'Australie. Ce sont des phénomènes régionaux, et évidemment les gens d'Amérique Latine ne viennent pas en Europe. Les Etats-Unis sont concernés par les hispanique, l'Europe par les Africains et le Proche-Orient, et l'Australie ou le Japon par l'immigration asiatique.

Le terme migrant ne reflète pas l'échec de l'UE, c'est hors de pouvoir de l'UE, l'UE est en fait une association de nations extrêmement différentes qui ont le pouvoir de police, le pouvoir militaire et le pouvoir de sureté, ce qui échappe complètement à l'Union. Ces nations n'ont absolument pas les mêmes idées sur le problème de l'immigration. Vous pensez bien que la Finlande n'est pas concernée par  l'immigration méditerranéenne. Essayez d'avoir une politique commune aujourd'hui sur ces sujets est absolument impossible. Quand nous étions 6 c'était encore possible, mais à 28 c'est impossible. Que peuvent penser les Lituaniens les Lettons ou les Polonais de ce problème?

Quel avenir pour ces migrants?

L'avenir pour les émigrés c'est de s'assimiler dans le pays qu'ils ont choisis. Ca me semble évident quand on réfléchit à l'Histoire. La seule solution de l'immigration, la seule solution paisible, c'est l'assimilation dans le pays d'arrivée. Quand on quitte son pays pour en choisir un autre, ses enfants seront citoyens de ce pays. Si on refuse l'assimilation ou si les pouvoirs publics comme c'est le cas en France la refusent, comme c est le cas en France, puisqu'en fait le droit à la différence c'est le refus d'assimiler et bien ça crée des kystes étrangers. Fonder des colonies d'étrangers qui ne respectent pas les lois du pays ce sont des problèmes graves qui aboutissent toujours à une forme de guerre civile, des émeutes, ou à des violences extraordinaires. Les pays multi ethniques comme le Liban ne fonctionnent jamais. La seule solution de l'immigration c'est de s'assimiler. Solution qui a fonctionné avec notre Premier ministre Manuel Valls, il a été naturalisé il y a 20 ans, c'est un immigré. 

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