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Bonnes feuilles

Ce que nous pouvons tous apprendre de la mort des Moines

Comment mourir ? Comment répondre à nos peurs ? Derrière les murs des monastères, les hommes de Dieu passent leur existence à préparer le grand passage. Peuvent-ils nous aider à comprendre la souffrance, la maladie, la peine et la solitude des derniers instants ? Extrait de "Un temps pour mourir" de Nicolas Diat, aux éditions Fayard (2/2).

Nicolas Diat

Nicolas Diat

Nicolas Diat est considéré comme un des meilleurs spécialistes du Vatican. 
 
"Un temps pour mourir" de Nicolas Diat
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Pour un moine, la mort doit être offerte. Elle est le dernier acte de la vie et le premier pas dans l’aventure de l’éternité. L’offrande ne peut être que consciente. Dans cette perspective, Fontgombault considère que la sédation profonde et continue telle qu’elle est proposée par la loi Léonetti-Claeys est inacceptable et immorale. Pour la communauté, s’il est légitime de pratiquer chez les personnes en phase terminale une sédation brève qui a pour effet de passer un cap, de calmer les angoisses presque insupportables comme celles d’un malade qui présente des difficultés respiratoires, une sédation profonde et continue associée à l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation, comme le préconise la loi, ne l’est pas : il s’agit d’une forme d’euthanasie que l’artifice de la formulation ne parvient pas à dissimuler.

En 2000, un frère de quatre-vingt-quatre ans a eu un cancer de l’estomac. Après l’opération, qui visait à ôter la tumeur cancéreuse, il est tombé dans le coma. Le moine était sous respirateur artificiel, mais il réagissait à certaines sollicitations de ses frères. Il reconnaissait parfaitement ses visiteurs. Un anesthésiste a pourtant décidé d’arrêter la machine sans prévenir dom Thevenin. Le religieux est mort. Les moines avaient précisé qu’ils souhaitaient être présents au moment de son départ. À l’évidence, il s’agissait de se débarrasser d’un cas perdu d’avance qui surchargeait le service. Le chirurgien n’avait pas non plus été informé de la décision. Fontgombault a exprimé sa colère et sa tristesse. Désormais, les moines sont vigilants. Ils apportent un soin particulier à la rédaction des « directives anticipées » que les établissements hospitaliers proposent de remplir.

Dom Thevenin a accompagné vers la mort une vingtaine de moines. Il n’a jamais été témoin d’agonies spectaculaires. Les moines étaient sereins et apaisés. On peut parler d’étapes progressives. Ils s’abandonnent peu à peu, par paliers, soutenus par la prière de leurs frères. Dans une situation de dépendance, le seuil de tolérance évolue. Le moine accepte des choses qui semblaient impossibles quelques semaines auparavant.

Si la conscience immédiate peut s’affaiblir, dom Forgeot est convaincu à l’inverse que « le sens de la prière demeure jusqu’à la dernière minute. La prière est une remise entre les mains de Dieu. Comment pourrait-elle cesser au moment même où la rencontre approche ? Un malade atteint d’une tumeur au cerveau ne peut plus réciter un chapelet. Mais l’intention de l’acte qui consiste à vouloir être avec Marie ne peut changer. Les formes de la méditation et de la contemplation changent, le fond reste identique. Le moine comateux vit toujours avec Dieu. Le mystère de la mort et de la résurrection est au centre de sa vie ».

Bien sûr, un père infirmier s’attache au malade. Les liens peuvent être forts. Il doit savoir se protéger.

Parfois, il faut se montrer ferme, comme lorsqu’un moine malade refuse de prendre ses médicaments : « Saint Benoît réclame des soignants de la générosité et une grande patience. Il en donne le motif surnaturel : l’infirmier doit voir le Christ dans ses frères malades et les servir en conséquence. En retour, les malades savent qu’ils sont servis en l’honneur de Dieu. Ils ne peuvent contrister les infirmiers par des exigences superficielles. Le moine en charge des soins n’est pas un domestique. La force de la prière d’un moine tout au long de sa vie aura une influence sur sa manière d’aborder la vieillesse et la mort », témoigne dom Thevenin..

Un moine grabataire garde souvent ses réflexes de bon religieux. Il cherche son chapelet, il se souvient des prières. La formation monastique perdure. Le moine meurt comme il a vécu. Il ne choisit ni sa maladie ni sa souffrance, mais sa mort ressemble toujours à sa vie. Dom Forgeot pense que « plus la vie surnaturelle est forte, plus la familiarité avec l’au-delà est grande, et plus la mort est simple. Pourtant, un criminel qui se repent dans les tous derniers instants partira aussi en paix ».

La mort demande une préparation. Dans les Litanies des saints, on trouve cette demande : « De la mort subite et imprévue, libérez-nous, Seigneur. » Avant les progrès de la médecine, la mort pouvait être rapide et douloureuse. Le moine devait penser et prévoir sa mort. « Nous savons tous que nous allons mourir. Il faut mener une vie en conséquence », affirme dom Forgeot.

Autrefois, au moment de la profession monastique, le frère, allongé sur le sol, était recouvert d’un drap mortuaire, symbolisant la mort du moine au monde et le commencement d’une vie nouvelle. Dom Guéranger avait conservé cette pratique, quoique la jugeant théâtrale. Elle tomba en désuétude lorsque le drap se révéla trop court pour recevoir les sept bénédictins qui avaient fait profession le même jour !

Extrait de "Un temps pour mourir" de Nicolas Diat, aux éditions Fayard

"Un temps pour mourir" de Nicolas Diat

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