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Comme il l'avait promis avant son élection, François Hollande retourne ce jeudi à Florange.

Défouloir

Ce que le déchaînement des passions politiques sur Florange a fini par coûter à l'économie française

François Hollande est attendu de pied ferme ce jeudi sur le site de Florange par les salariés d'ArcelorMittal, cinq mois après la fermeture des hauts fourneaux.

Jacques Crémer

Jacques Crémer

Jacques Crémer est économiste, spécialiste des questions d'économie industrielle, de régulation et de politique de la concurrence.

Membre de l'Ecole d'économie de Toulouse (TSE), il est également directeur de recherche au CNRS et à l'Université de Toulouse 1.

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Atlantico : François Hollande retrouve ce jeudi le chemin du site d'ArcelorMittal et rencontre des représentants de l'intersyndicale. Au fil du temps, Florange est devenu un véritable symbole politique et idéologique. Quelles sont les lois et les pratiques qui ont découlé de l'affaire Florange ?

Jacques CrémerDans ce genre de domaines, ce ne sont pas les lois qui comptent le plus, mais la pratique. Et la pratique des gouvernements français, de droite comme de gauche, a été depuis très longtemps de considérer toute fermeture de gros site industriel comme une catastrophe qu’il fallait aussi empêcher, mais aussi comme une opportunité de montrer leur capacité à protéger les Français contre les méfaits de la concurrence. Cela donne un patchwork d’interventions motivées plus par des impératifs de couverture médiatique que par une politique industrielle raisonnée et cohérente. Des ressources importantes sont utilisées pour sauver ces emplois et pendant ce temps, les ressources, à la fois financières et politiques, manquent pour mettre en place une politique de l’emploi plus intelligente.

Le précédent Florange a-t-il obligé l'Etat à s'ingérer dans la gestion de certaines entreprises au risque d'empêcher ces dernières de s'adapter aux évolutions de l'environnement économique ?

Ce n’est pas le précédent Florange qui a forcé le gouvernement à s’immiscer dans la politique industrielle, c’est la demande politique. Nous faisons face à un cercle vicieux dans lequel les Français ont l’impression que les hommes et femmes politiques doivent intervenir au cas par cas lors d'un plan social important. Surtout quand il s’agit de sites industriels. Les politiques se sentent obligés d’agir (ou au moins de prétendre agir) pour satisfaire cette demande. Comme l’opposition est toujours prête à fustiger la mollesse du gouvernement en place, la demande des Français pour une intervention s’en trouve renforcée et nous continuons dans cette interventionnisme au coup par coup qui cache un manque de politique industrielle cohérente.

La loi Florange en cours d'examen prévoit un système de pénalités pour les groupes de plus de 1000 salariés qui pourrait doubler le coût moyen d'un plan social. Quels sont les effets pervers de ce type de dispositif ? La loi Florange pourrait-elle être dissuasive pour les investisseurs ?

Nous ne connaissons pas les détails de la loi Florange, et je ne voudrais pas commenter sur la loi elle-même. Par contre, il est certain que les investisseurs tiennent compte non seulement du coût salarial mais aussi du coût total du travail, ce qui inclut le coût d’un plan social éventuel. Il est important de bien se rendre compte que, en conséquence, accroître le coût des plans sociaux a des conséquences sur l’emploi. Les dirigeants d’entreprise hésiteront à investir ou bien investiront dans des technologies qui limitent l’utilisation de main-d’œuvre. Surtout, les entreprises en difficulté auront du mal à trouver des acquéreurs.

D’autre part, énormément des coûts liés aux plans sociaux sont des coûts administratifs dépensés en pleine perte. Ils n’améliorent en rien le sort des employés. La meilleure façon de concilier la protection de l’emploi et la flexibilité des entreprises serait de s’inspirer de la proposition faite il y a quelques années par Olivier Blanchard et Jean Tirole de taxation des licenciements.

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