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Ce dérapage tellement prévisible du cofondateur d’Extinction Rebellion sur la Shoah
©LUCAS BARIOULET / AFP

Roger Hallam

Ce dérapage tellement prévisible du cofondateur d’Extinction Rebellion sur la Shoah

Les mouvements politiques qui affichent une prétention à détenir non pas une vérité, relative et discutable dans un champ démocratique, mais LA vérité aboutissent invariablement à des dérives dans les mots. Voire l’action.

Edouard Husson

Edouard Husson

Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université de Cergy-Pontoise). Spécialiste de l’histoire de l’Allemagne et de l’Europe, il travaille en particulier sur la modernisation politique des sociétés depuis la Révolution française. Il est l’auteur d’ouvrages et de nombreux articles sur l’histoire de l’Allemagne depuis la Révolution française, l’histoire des mondialisations, l’histoire de la monnaie, l’histoire du nazisme et des autres violences de masse au XXème siècle  ou l’histoire des relations internationales et des conflits contemporains. Il écrit en ce moment une biographie de Benjamin Disraëli. 

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Atlantico.fr : Le cofondateur d'Extinction Rebellion fait actuellement scandale en Allemagne. Il a décrit l'Holocauste comme étant "une connerie de plus dans l'histoire humaine" minimisant ainsi la Shoah et le nazisme.

Dans l'interview qu'il a accordé à Die Zeit, Roger Hallam, explique que l'Holocauste n'est qu'un génocide parmi d'autres. "En fait on pourrait que c'est un événement régulier" assure le leader d'Extinction Rebellion. Lorsqu'un groupe politique prétend détenir la vérité absolue sur l'homme, n'emprunte-t-il pas un chemin dangereux qui mène bien souvent à des dérives ? 

Edouard Husson : C’est moins la personne qui importe que la dynamique générale d’un mouvement. Les rebelles contre l’extinction considèrent l’espèce humaine comme une espèce parmi d’autres. Lorsque l’homme ne se distingue pas de l’animal, il est difficile de comprendre l’unicité de la Shoah: non seulement l’humanité n’est pas une espèce comme les autres mais elle a besoin, pour survivre comme humanité, d’un code moral. Hitler savait très bien ce qu’il faisait en s’en prenant aux Juifs. Lui-même ou Himmler l’ont dit explicitement: il s’agissait d’éradiquer la conscience morale de l’Occident, en particulier le commandement « Tu ne tueras pas! ».  Hallam ne se rend pas compte de ce qu’il est emporté par des forces qu’il ne maîtrise pas. L’humanité est affaire de massacres réguliers, nous dit-il; d’ailleurs l’espèce humaine est la plus nuisible des espèces, celle qui détruit les autres espèces. Alors pourquoi s’interroger sur la signification particulière du massacre des Juifs d’Europe par les nazis? Le problème avec ce type d’indifférentisme généralisé, c’est que Hitler était écologiste fanatique, spéciste, végétarien. La pensée d’une humanité trop nombreuse pour la planète est-elle autre chose qu’une cousine progressiste de la défense de « l’espace vital » des nazis ? Lorsque les progressistes essaient d’obliger l’ONU à voter l’avortement comme un droit qui doit éviter la surpopulation de la planète, pensent-ils si différemment de ces technocrates nazis, docteurs en économie, en géographie, en biologie, qui planifiaient au printemps et à l’été 1941 la disparition de 50 millions d’Européens « en trop », à commencer par les Juifs, ce qu’on appelle « le plan général pour l’Est »? Il y a dans le mouvement écologiste moderne une potentielle dérive totalitaire, un cousinage avec l’adoration de la nature, de la Terre-Mère, qui est l’un des ressorts profonds du nazisme. Un des liens entre le nazisme et le gauchisme écologique est la philosophie de Heidegger, ce philosophe qui voulait formuler un nazisme plus durable que celui de Hitler. 

Y-a-t-il dans le projet d'Extinction Rebellion une volonté de changer l'homme ? En quoi est-ce souvent le départ de mouvements totalitaires ? 

La Rébellion contre l’Extinction des espèces est une nouvelle idéologie, potentiellement totalitaire, comme l’Europe et l’Occident en sont régulièrement menacées. Vous avez un archétype de toutes les gauches dans le rousseauisme: être de gauche consiste à nier la civilisation, proposer le retour à un âge d’or d’avant la société, où il n’y a que des individus. La société implique héritage, transmission, éthique, famille, gouvernement, droit, entreprise. L’état de nature nie l’histoire, détruit patrimoine et propriété, abolit toute morale, fait exploser les liens familiaux, ignore les notions de légitimité politique et de bon gouvernement. La gauche croit que le droit peut être défini arbitrairement au lieu d’être la formalisation des lois de la vie en société. La gauche veut détruire le capital, confisquer la rente, empêcher la transmission. L’écologisme actuel, à tendance totalitaire, est un nouveau désir de régression - Voltaire disait méchamment mais justement:  « Monsieur Rousseau aime tellement l’humanité qu’il voudrait qu’elle se remette à marcher à quatre pattes! ». L’Europe, l’Occident, le monde ont vu se succéder depuis un peu plus de deux siècles, outre la tentative de destruction par les Jacobins des libertés locales et du « self-government », la volonté de destruction par les bolcheviques de l’économie de marché, le désir de destruction par les nazis des fondements historiques, civilisationnels, éthiques de l’Europe. Nous aurions pu croire que les malheurs du XXè siècle nous avaient vaccinés. Mais en ce siècle déjà bien entamé, nous voyons l’eugénisme des nazis revenir en force sous une forme plus individualiste, apparemment - c’est Sade qui nous permet de faire le lien conceptuel. Nous voyons la théorie du genre nier avec une arrogance sans pareille les liens qui constituent l’humanité au point de rendre impossible la vie en société. Nous voyons l’écologie radicale se répandre comme une version moderne du socialisme, avec sa même volonté de tyranniser la personne, limiter la libre entreprise, réglementer les activités. Nos grands-parents ont dû se débarrasser des disciples de Rousseau, Marx ou Heidegger. Mais ont-ils vraiment disparu des esprits dans un monde déchristianisé? Qui connaît l’influence de Heidegger sur les théoriciens de l’islamisme? Qui a le courage de dire que la philosophie de Sade contenait déjà tout le nazisme? Qui se rend compte qu’il sera encore plus difficile de se déprendre de la théorie du genre que du marxisme? 

Comment lutter contre ce type de lectures ? Alors qu'au gré des crises politiques elles semblent se multiplier ces dernières années -tout en restant minoritaires- comment les endiguer ? 

Lorsque Norman Palma se débarrasse de Hegel et Marx pour appuyer toute sa philosophie et sa pensée économique sur une relecture d’Aristote; lorsqu’Emmanuel Faye brise l’idole Heidegger; lorsque Luc Ferry met en lumière le cousinage entre nazisme et écologisme radical; lorsque Jonathan Goldberg analyse le progressisme comme, un « fascisme libéral »; lorsque John Laughland déchiffre la maladie technocratique moderne: ce sont autant de mouvements libérateurs pour l’esprit et pour la société. Mais il va falloir aller beaucoup plus loin. Le demi-siècle qui vient doit être consacré à la reformulation du droit naturel, à la redécouverte de la philosophie médiévale, à la manière d’un Michel Villey ou d’un Claude Tresmontant. Nous devons refonder la société sur des bases métaphysiques solides. Cela ne doit pas détourner du combat politique. Mais politique et métapolitique doivent avancer de concert. Nous devons absolument desserrer l’étau que représente le mélange, une fois de plus, de la technique sans éthique et de la pensée anti-humaniste. 

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