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Sans tabou

Catherine Grangeard : "La jouissance des femmes a toujours fait peur dans les sociétés, d’où l’extrême contrôle qu’elles subissent"

Catherine Grangeard vient de publier "Il n'y a pas d'âge pour jouir, La retraite sexuelle n’aura pas lieu !" (Larousse). Un livre qui se veut une réponse à ceux qui pensent que seules les femmes de moins de 50 ans peuvent être désirables... et désirer !

Catherine Grangeard

Catherine Grangeard

Catherine Grangeard est psychanalyste. Elle est l'auteur du livre Comprendre l'obésité chez Albin Michel, et de Obésité, le poids des mots, les maux du poids chez Calmann-Lévy.

Elle est membre du Think Tank ObésitéS, premier groupe de réflexion français sur la question du surpoids. 

Co-auteur du livre "La femme qui voit de l'autre côté du miroir" chez Eyrolles. 

Voir la bio »

Atlantico : Vous publiez « Il n’y a pas d’âge pour jouir, la retraite sexuelle n’aura pas lieu » aux éditions Larousse. Des propos sur l’invisibilité sexuelle des femmes de plus de 50 ans par Yann Moix en 2019 notamment ont permis de regarder en face ce qui circule dans la société sur ces questions et sur les thèmes que vous abordez dans votre ouvrage. La violence symbolique peut être décryptée, interrogée. Les femmes sont-elles d’accord ? Les hommes sont-ils tous, comme il l’affirmait, enfermés dans des carcans qui les empêcheraient de désirer une femme de plus de 25 ans ?

Catherine Grangeard : Je vais ici remercier Yann Moix, pour la première fois, notons ! (ndlr : elle éclate de rire) Les propos tenus début 2019 sur l’invisibilité sexuelle des femmes de plus de 50 ans ont mis un coup de projecteur sur des stéréotypes qui circulent dans la société. Les femmes sont-elles d’accord, me demandez-vous… Une série de réponses cinglantes lui a été immédiatement apportée, avec humour le plus souvent, avec colère parfois. D’autres en ont pleuré, effondrées sous les complexes et les moqueries. Un livre, c’est un temps plus long. C’est une analyse sur le fond du sujet et pas sur Monsieur Moi, qui n’est pas ma préoccupation. Une fois cette précision faite, comment peut-on énoncer ce genre de choses ? Eh bien, ce n’est possible que si les femmes sont situées comme objet sexuel et non comme sujet. Si tel est le cas, les critères de désirabilité excluent actuellement la plupart d’entre elles. Ferme, jeune, mince, tonique ! Hors ces caractéristiques, point de salut ![1]

Si les femmes sont des sujets désirants, comme leurs partenaires, alors l’assertion est ridicule. La vraie question de la sexualité est de se plaire mutuellement. Et les jeunes femmes disent majoritairement qu’elles n’ont pas du tout envie de coucher avec un vieux !

Nous voyons dans mon livre comment la violence symbolique peut être décryptée et interrogée. La violence des mots est la base de maltraitances. Les idées reçues sont introjectées et vont déterminer des fausses évidences. De là découlent des comportements jugés « normaux ».

Si les hommes sont tous incapables de désirer une femme de plus de 25 ans, effectivement ce serait catastrophique !

Si les codes sociétaux poussent les hommes un peu plus âgés à se tourner vers les jeunes femmes et à les accaparer, que restera-t-il et quelles sont les possibilités pour les jeunes hommes et les femmes plus âgées ? 

Eh bien voilà ! C’est ahurissant. J'ai relu Freud dernièrement, Totem et tabou plus précisément. M. Moix se comporte comme le père de la horde. Toutes les femmes sont pour lui. Ça se termine mal ! Les jeunes hommes se révoltent et le tuent. Les femmes y sont considérées comme un bien dans ces temps historiques reculés nous rapportent les anthropologues. On part de loin ! La violence symbolique est le terreau des autres violences. Les violences psychologiques, physiques et sexuelles sont de mieux en mieux comprises. Enfin, comprises c’est un grand mot, plutôt repérées.

Récemment j’ai vu à la télé le film Un moment d'égarement où un homme d'âge mûr a un rapport sexuel avec une toute jeune fille. Le père de cette dernière est prêt à le tuer ! Tant c'est inacceptable... Des réactions de ce type, non féministes, pas du tout préoccupées par la question, apportent de l'eau à mon moulin.

Et on peut signaler au passage que la file d’attente des incels[2] va s’allonger avec ces vieux mecs qui ne lâchent pas les jeunes femmes.

Comment expliquez-vous que la question de la « retraite sexuelle » pour les femmes soit un sujet tabou ? Que proposez-vous à travers votre ouvrage ? Quels sont les moyens d’y remédier et pour contourner les contraintes de notre société ?

J’ai écrit 220 pages… pour y voir clair. J’ai choisi quelques films, des chansons populaires pour illustrer ce tabou. Et bien sûr des analyses plus académiques !

La ménopause concerne toutes les femmes à un moment donné, disons environ vers 50 ans. En France en 2019 l’INSEE recensait 14 millions de femmes. La durée de vie s’étant allongée une longue période est encore à vivre, pleinement.

La ménopause n’est plus synonyme de pause.

Autrefois, en revanche, on mourrait rapidement. Un des facteurs expliquant le tabou réside là. Les êtres humains aiment oublier qu’ils sont mortels ! Il y a bien sûr tout ce que nous avons déjà déroulé depuis le début de cet interview. L’image idéale véhiculée par les médias, les films, les pubs de la belle femme fait tellement partie de nous, j’insiste, inconsciemment sa présence est si puissante que nous avons toutes les difficultés du monde pour nous en distancier.

La sexualité est-elle possible en dehors de la procréation ?

La jouissance des femmes a toujours fait peur dans les sociétés, d’où l’extrême contrôle qu’elles subissent. Parce qu’elles portent les enfants et que la paternité est forcément moins évidente que la maternité !

De nombreuses questions s’ouvrent quand on réfléchit.

La pandémie de Covid-19 a bouleversé le monde entier. L’intimité, la vie de couple, la passion, la séduction et les relations amoureuses n’ont pas été épargnées. L’impact de la crise sanitaire et les phases de confinement ont-ils permis aux couples de pimenter leurs relations et de se réinventer ? La distance, l’éloignement et les contacts par smartphones et par écrans interposés ont-ils permis de réinventer l’art de la séduction, que ce soit pour les jeunes couples ou les personnes plus âgées ?  

Oui, nous sommes en plein bouleversement sur le terrain de la sexualité. Pour certaines personnes, c’est bénéfique. Être mal accompagné devient insupportable dans un confinement. Ne plus faire de rencontres physiques impose de se réinventer. A tout âge !

Dans mon livre je montre comment se font les rencontres quand on sort moins en boîte ! Le désir de rencontres est hyper fort. Alors, vous savez, l’imagination est l’alliée de la libido. C’est compliqué parfois et l’humanité adore résoudre les complications. Pour aujourd’hui, quittons-nous sur cette note, d’ailleurs c’est l’énergie désirante qui apporte le courage d’avancer, malgré tout.


[1] Je travaille avec des personnes en obésité depuis si longtemps que je peux me permettre de rappeler que c’est à cause de ces stéréotypes que des jeunes femmes démarrent leur carrière d’obésité et de TCA !

[2] Ce sont les célibataires involontaires, ceux qui en veulent beaucoup aux femmes de ne pas s’intéresser à eux… ils pourraient trouver mes propos novateurs.

Catherine Grangeard vient de publier "Il n'y a pas d'âge pour jouir, La retraite sexuelle n’aura pas lieu !", aux éditions Larousse

Deux extraits de l'ouvrage :
Comment le poids de nos sociétés modernes et de la pression culturelle perturbent le désir et la quête du plaisir 
« Etre une femme libérée, c’est pas si facile »

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