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Les deux faces de Janus du totalitarisme islamiste.
©Reuters

Le passé comme futur

Califat islamique et régime des Mollahs, les deux faces de Janus du totalitarisme islamiste

La jeune irano-britannique Ghoncheh Ghavami, arrêtée en juin à Téhéran, a été condamnée à un an de prison à l'issue d'un procès pour "propagande contre le régime". Le stratège franco-iranien Ramin Parham revient sur le sort réservé aux femmes en Iran et rejette l’idée de s’allier avec la République islamique iranienne (chiite) contre l’État islamique (sunnite), les renvoyant dos à dos.

Ramin  Parham

Ramin Parham

Ramin Parham est un ecrivain iranien. Il est l'auteur de Iran-Israel : Jeux de guerre aux editions Dhow. De formation franco-americaine, il est membre de l'Unity for Democracy in Iran (UDI), une plateforme ouverte dediee a l'organisation d'elections libres et justes en Iran.

Il écrit pour Politique Internationale, Le Figaro, Le Monde, Jpost, Times of Israel, The New Times (Russie)... et intervient regulierement sur France 24 et i24 News.

 
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Une jeune femme âgée de 26 ans attend l’exécution de sa peine. Condamnée à mort, elle plaide non-coupable devant le juge, mâle et musulman, pour s’être défendue contre un autre homme du même type qui, moyennant « soumission chimique » ou « drogue de viol », voulait abuser d’elle.

Sous le même ciel, non loin de là, d’autres jeunes femmes viennent, elles, d’être vitriolées, défigurées à l’acide sulfurique concentré. Leurs vitrioleurs, mâles musulmans et sadiques, les avaient jugées « impudiques ». Depuis des années, le plan-séquence est le même : un motard s’arrête à la hauteur d’une voiture conduite par une femme ; il semble vouloir demander une adresse ; elle baisse la vitre ; il l’asperge d’un jet de vitriol d’une seringue ; elle, finit aux urgences, déformée à vie ; lui, court les rues, pervers bandant comme un débile, à la recherche d’une nouvelle impudique, à qui il va demander une nouvelle adresse, avec une nouvelle seringue qu’il vient de recharger de sa verve de justicier de la morale, masculine et musulmane. La terreur étouffe la ville. Celle-ci est sous la tutelle d’un imam. Sombre imbécile, le consacré crétin est notoirement misogyne. Devant le crime, les autorités se taisent ou disent n’importe-quoi ou se contredisent. Les gens descendent dans la rue pour soutenir les victimes et condamner les vitrioleurs. Les gens scandent : « Ce silence est un soutien au Da’ech ! ».

Ceci n’est pas un film mais une réalité. La scène, sans truquage ni montage, ne se déroule pas chez les égorgeurs de l’Etat islamique en Iraq mais les vitrioleurs de la République islamique d’Iran. Ici règne Ali Khamenei, là Abou Bakr al-Baghdadi. Le premier est chiite, le second sunnite. Le chiite se dit « Emir des Croyants », le sunnite « Calife des musulmans ». Le sunnite (Calife Ibrahim alias Abou Bakr Al-Baghdadi, chef de l’Etat islamique en Irak et au Levant ou Da’ech) est déjà soupçonné de posséder des armes chimiques. Le chiite, lui, recherche désespérément des armes atomiques. Bien qu’ennemis, les deux Folamour partagent néanmoins la même passion : ils sont tous deux ennemis jurés de la société ouverte, c'est-à-dire la nôtre !

La véritable nature de la nouvelle guerre mondiale en cours

Définie par sa tolérance, la « société ouverte » (concept clef développé par le célèbre épistémologue et philosophe sir Karl Popper dans « The open society and its ennemies ») repose sur la liberté. Celle-ci conditionne la critique, laquelle nourrit la dynamique évolutive de la cité humaine. La société idéale de nos Folamours musulmans, repose, elle, sur la secte du Guide, de l’Emir ou du Calife. L’intolérance y est une vertu, la liberté une menace, la critique un ennemi, comme le visage d’une femme.

Si dans une société ouverte les réseaux sociaux servent à la libre expression des citoyens, dans les sociétés idéales des Khamenei et des al-Baghdadi, ils servent la secte au pouvoir. Le Guide Suprême iranien et ses sbires utilisent, librement, Twitter et Facebook pour vendre leur camelote atomique ; le Calife irakien, lui, s’en sert pour recruter des égorgeurs fidèles à sa cause de coupeur de tête dans les banlieues des capitales infidèles. Si la « société » ouverte ne regroupe que 10 à 15% de l’humanité à l’échelle planétaire, l’essentiel du contingent humain, lui, est sujet, et non citoyen, de ses ennemis.

La guerre mondiale et morcelée dont nous sommes témoins aujourd’hui, celle à laquelle fait allusion le Pape François, n’est, en définitive, qu’une lutte idéologique pour la prévalence ou non de la tolérance, pilier de la société ouverte. Observé sur la base de cette prémisse, le conflit actuel prend une dimension inédite : il ne nous est plus possible de le réduire au seul Da’ech ni aux négociations atomiques avec le régime iranien. Par ses frontières sanglantes et mouvantes ; par son ubiquité morcelée ; par ses tentacules numériques et ses réseaux humais qui irrigue la masse musulmane, du sud-est asiatique au Québec, ce nouveau conflit mondial oppose, une fois de plus, deux systèmes de valeurs aux antipodes l’un de l’autre. Quand un jeune converti canadien de 25 ans répondant au nom, jusque-là si familier, de Martin Couture-Rouleau, transforme son véhicule en arme et le parking d’un supermarché en zone de combat en renversant mortellement un soldat « infidèle » de même nationalité que lui (fait survenu le 22 octobre au Canada), il ne s’agit plus, dans un tel contexte, d’analyser les négociations atomiques avec le régime iranien en termes mercantiles d’opportunités commerciales à saisir ! Il s’agit de décider si oui ou non nous voulons armer nos ennemis avec des technologies de destruction massive.

Les détracteurs de cette thèse diront que le combattant canadien du jihad comptait se battre, non pour le Guide Suprême iranien et chiite, mais pour le Calife arabe et sunnite de Da’ech. Ce qu’ils oublient, c’est que cette guerre multidimensionnelle n’oppose pas seulement deux sectes musulmanes rivales bien qu’identiques dans leur prétention hégémonique et leur inimitié envers la société ouverte. Ce qu’ils oublient, c’est que cette guerre oppose une idéologie misogyne et névrotique à l’idée que l’homme nait libre et croit librement grâce à sa raison critique.

Notre mémoire est, hélas, courte, et la part disponible de notre attention si sollicitée par les vendeurs de Coca Cola que le rationnel semble démuni face à l’assaut de l’irrationnel. Nous avons déjà oublié Neauphle-le-Château, ce petit patelin qui fit la renommée des Yvelines en 1978. Là, il y a 36 ans, s’établit un ermite musulman venu des confins de la Mésopotamie. Adoubé par notre intelligentsia et servi par « les télécommunications françaises », pour reprendre les mots d’un ancien patron de Langley, il répondait au nom, assez imprononçable à l’époque, de l’ayatollah Khomeyni. Depuis, le titre ayatollah a fait son entrée dans le Littré et le régime fondé par celui qui le portait, « assis sous un pommier » dans un verger yvelinois, se cache derrière des sourires twittés pour mieux camoufler son programme nucléaire. Dans les Yvelines, il y a 36 ans, devant un parterre de journalistes européens et américains médusés par sa « sagesse orientale » de « progressiste musulman », il parlait de la liberté des femmes et disait que « même les marxistes allaient être libres » dans son futur Etat islamique en Iran. Mais une fois revenu au pays à bord d’un vol Air France, il imposa le voile aux iraniennes et extermina les marxistes... Pour se justifier, le fourbe dit plus tard, aussi ouvertement que j’écris ces lignes, que ses déclarations des Yvelines n’étaient que khôd’eh, ruse destinée à tromper « l’ennemi », autrement dit les journalistes occidentaux !

Retour sur les négociations autour du dossier nucléaire iranien

A l’approche du 24 novembre, date à laquelle les négociations nucléaires avec le régime fondé par le fourbe des Yvelines sont sensées aboutir à un accord cadre (entre l’Iran et les 6 Etats chargés du dossier : 5 membres permanents du Conseil de Sécurité de l’Onu plus l’Allemagne), les décideurs occidentaux devraient faire preuve d’une mémoire longue et d’une attention focalisée sur l’essentiel : si le Moyen-Orient nous fait peur avec ses couteaux, imaginez-le un seul instant avec des armes chimiques et atomiques entre les mains des ennemis de la société ouverte et de ses valeurs. La perspective même de la réalisation d’un tel scénario suffirait à plonger nos marchés financiers dans des abîmes face auxquelles 1929 paraîtrait comme une gaie parade au pays de Lady Gaga et de Mister Gogo.

 

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