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élections municipales Lyon
©PHILIPPE DESMAZES / AFP

Impact politique de la crise

Bilan post-Covid-19 : les Français totalement déboussolés à l’insu de leur plein gré

La pandémie a été un choc très rude remettant en cause sept décennies de paix, de prospérité et de conviction que l’histoire va vers le progrès et le confort matériel. Les doutes étaient déjà présents avant la crise, notamment en raison des craintes liées au dérèglement climatique. La réponse des Français semble décorrélée des enjeux.

Eddy  Fougier

Eddy Fougier

Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire analytique de l’altermondialisme (Ellipses, 2006), L’Altermondialisme (Le Cavalier bleu, 2008).

Plus récemment, il a publié Thèmes essentiels d’actualité en QCM (2000 QCM) aux éditions Ellipses (2012) ou encore Parlons mondialisation (La Documentation française, 2012)

Eddy Fougier est chargé d’enseignement dans plusieurs écoles, notamment Audencia Nantes – Ecole de management, l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, l’Institut européen des hautes études internationales (IEHEI, Nice) et l’Institut supérieur de formation au journalisme (ISFJ, Paris).

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Atlantico.fr : Après sept décennies de paix, de conviction progressiste et de confort matériel, les doutes des Français, déjà présents avant la crise sanitaire en raison des craintes liées au dérèglement climatique semblent s'être accrus. Pensez-vous que le résultat d'EELV aux municipales soit lié à la crise de la Covid-19 ? 

Eddy Fougier : Je fais partie de ceux qui pensent que la crise sanitaire a effectivement renforcé un certain nombre de tendances. Parmi elles, la montée de la préoccupation liée à l'environnement, liée au climat, que nous avons pu observer avec l'émergence de nouveaux mouvements de jeunes, d'étudiants, de marches pour le climat, d'extinction rébellion ou d'autres mouvements de ce genre. Nous avons vu également chez les étudiants dès 2018, des manifestes signés par plus de 30.000 d'entre-eux afin d'avoir une cohérence entre leur valeur et leur choix professionnel. Du côté de Sciences Po, de nombreuses initiatives ont également émergé de la part des étudiants en faveur de l'écologie.Il y a donc cette montée de la préoccupation écologiste, notamment chez les jeunes, qui a sans doute été renforcée par la Covid-19, parce qu'effectivement il y a eu ce sentiment que l'arrêt d'un certain nombre d'activités a abouti à la baisse de la pollution, à la baisse des émissions de CO2. Le lien a été établi par certains entre l'urgence sanitaire et l'urgence climatique : voici le contexte général.

Après, nul doute que dans les élections municipales, avec un taux d'abstention très élevé, ce sont les plus motivés qui sont allés voter. Ce sont ceux qui ont quelque chose pour lesquels ils ont envie de se battre. Le climat, l'écologie en font partie sans aucun doute.

Enfin, il y a sans doute aussi, des préoccupations en lien avec la politique politicienne, le rejet de la politique du pouvoir, ceux qui l'incarnent, le rejet également des alliances qui ont pu être faites localement, comme LaRem et la Droite plus traditionnelle par exemple, afin de barrer l'accession des écologistes aux municipalités. Il y a un peu de tout ça dans ce vote. 

Avec les diverses annonces du gouvernement (surtout pendant cette pandémie), l'émergence de partis, d'idées... Pensez-vous que les Français soient déboussolés politiquement ? 

Déboussolés, je ne sais pas. Je pense que c'est un petit peu la même problématique que l'on a pu connaître avec le Front National. C'est à dire que les Français, lorsqu'ils voyaient les gouvernements ou un parti de droite par exemple avoir un discours sur l'immigration ou la sécurité, ils préféraient voter pour l'original plutôt que la copie. D'un certain point de vue, on a le même sentiment avec l'écologie, l'environnement. Parce que pour beaucoup de Français, le gouvernement, Emmanuel Macron, c'est d'abord l'échec de Nicolas Hulot, le symbole de l'écologie, celui qui reste le plus populaire aux yeux des Français pour défendre la cause écologique, l'échec d'un certain nombre d'initiatives. Même si le gouvernement a voulu verdir son discours et sa politique, celles et ceux qui veulent agir rapidement au nom de l'urgence climatique et environnemental ont sans doute préféré voter EELV. 

Le contexte si particulier et la crise sanitaire ont certainement accéléré ces votes, en tout cas chez ceux qui étaient conscientisés déjà. En disant qu'il fallait agir immédiatement et de façon radicale. J'en veux pour preuve la montée assez nette des idées de la tentation décroissante, la déconsommation. On le voit bien dans les différentes enquêtes. Un sondage Odoxa a été publié récemment montrant qu'une partie des Français voulaient moins consommer, acheter local, made in France, ce qui était bon pour la santé et bon pour l'environnement. Il y a cette préoccupation qui est loin d'être celle de tous les Français mais qui s'est de toute évidence renforcée avec la crise de la Covid où nous avons moins consommé, où nous avons été dans le "slow" que prônent les adeptes de la slow food, slow life...

Une chose est sûre : dans la tête des personnes sensibles à ces sujets, il y a l'idée d'agir rapidement à la fois d'un point de vue personnel en terme de consommation et d'agir de façon globale, il y a des enquêtes commandées par Greenpeace, assez impressionnantes, qui montraient qu'une large majorité des Français souhaitait que l'on oblige les entreprises a émettre moins de CO2 par la loi. Il y a du côté d'une partie des Français ce sentiment d'urgence qui emmène la volonté de décisions assez drastiques.

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