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Alain Cocq fin de vie loi leonetti
Alain Cocq fin de vie loi leonetti
©PHILIPPE DESMAZES / AFP

Loi Leonetti

Bernard Debré : "les militants de l'euthanasie feignent de ne pas voir ce qui existe déjà pour aider les patients en fin de vie"

Alain Cocq, qui souffre d'une maladie incurable, a interrompu vendredi soir tout traitement et alimentation. Ce cas relance le débat sur la fin de vie. Disposons-nous actuellement d’un arsenal suffisant ? Bernard Debré décrypte les enjeux des questions sur la fin de vie et l'euthanasie.

Bernard  Debré

Bernard Debré

Bernard Debré, né le 30 septembre 1944 à Toulouse (Haute-Garonne), est un urologue et homme politique français.

Il est réélu député UMP le 10 juin 2012, dans la quinzième circonscription de Paris, partie nord du 16e arrondissement. Il est également à nouveau membre du Comité consultatif national d'éthique (CCNE) depuis mars 2008.

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Atlantico.fr : Alain Cocq, condamné par une maladie ordinaire a décidé de filmer son suicide en direct pour alerter sur le « droit de choisir sa mort ». Une telle stratégie qui relève de l’intime ne va-t-elle pas pervertir le débat ?

Bernard Debré : Bien évidemment, filmer sa mort est quelque peu intriguant. Il filme d’ailleurs à condition de lui donner des médicaments, il veut avoir un suicide assisté et n’est pas dans le commun. Il n’est pas dans une situation où il rentrerait dans la loi Leonetti. Ce que l’on a aujourd’hui comme matériel ou possibilité est largement suffisant, lorsque l’on a quelqu’un qui souffre, il faut l’empêcher de souffrir. S’il souffre très fort, il faut augmenter les doses même si cela abrège la vie. Il y a une finalité qui est d’abord l’antalgique. 

Ici, nous sommes dans l’émotionnel et nous n’allons pas mettre fin à la vie de tous les Alzheimer.

Disposons-nous actuellement d’un arsenal suffisant pour rendre rarissime les cas où se posent un tel cas ?

Quand quelqu’un est en fin de vie, il faut qu’il puisse rentrer dans un coma artificiel et la loi Leonetti autorise parfaitement l’administration de produits extrêmement forts allant abréger la vie. Il faut faire extrêmement attention à ce genre de réflexion. Quelqu’un qui a des troubles psychiatriques et affirme vouloir se suicider est une situation extrêmement dangereuse que ne doivent pas être gérée par les médecins.

Nous avons fait la loi Leonetti qui est une loi équilibrée qui permet de soulager les douleurs même si cela abrège la vie. On a autorisé le fait de donner des produits extrêmement lourds pour rentrer dans un coma artificiel lorsque l’on est dans une fin de vie. Mais la volonté initiale n’est pas de tuer.

Est-ce que le politique peut prendre une décision médicale et individuelle ? Où se situe la part du politique dans l’euthanasieur et l’euthanasié ?

Le politique n’a pas à se mêler de cela, c’est au médecin dans son âme et conscience de prendre la décision ; si cet homme souffre trop, on va lui donner des antalgiques à base de morphine et on va augmenter les doses jusqu’à ce qu’il ne souffre plus même si cela abrège la vie. Quand quelqu’un est dans un état comateux et qu’il n’y a rien à faire on le fait rentrer dans un coma profond.

Il ne faut pas qu’il y ait de loi, cette décision relève du malade et du médecin. Le législateur ne va pas dire : quand vous éprouvez une douleur de niveau 5 sur une échelle de 1 à 10 vous avez le droit à l’euthanasie par contre si vous avez 4 vous n’y avez pas le droit. C’est un dialogue entre le médecin, sa famille et le malade. On veut faire des lois car il y a de moins en moins de dialogue. Les médecins sont des machines à distribuer des médicaments et le dialogue avec la famille est inexistant. La loi ne va pas autoriser comme en Suisse le « je paie, on me tue ». J’y suis très opposé ethniquement parlant. La loi Leonetti est équilibrée éthiquement parlant.

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