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BCE : Christine Lagaffe, l’anti Draghi
©ALBERTO PIZZOLI / AFP

Économie

BCE : Christine Lagaffe, l’anti Draghi

La Française, ancienne ministre de l'Économie de Nicolas Sarkozy, mène une politique à la tête de la Banque Centrale Européenne très différente de celle de son prédécesseur, l'italien Mario Draghi.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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La Banque Centrale Européenne, lors de son Conseil des Gouverneurs du 12 mars, a annoncé un plan massif de soutien à l’économie de la zone euro. En particulier, les banques, via une ouverture par la BCE de facto sans limite de ses « opérations ciblées de refinancement à long terme » (TLTRO), vont se faire rémunérer 75bp par la banque centrale pour tous leurs prêts à l’économie. Par le jeu de différentes suspensions des règles prudentielles annoncées simultanément par le superviseur unique de la BCE (SSM), près de 800 milliards d’euro de capital va être libéré dans les bilans bancaires, également en vue de faciliter les prêts aux entreprises et aux particulier. Enfin, une enveloppe de 120 milliards d’euro a été ouverte, afin de continuer à monétiser les dettes publiques, et également de pouvoir acquérir tout titre privé ou public que la BCE jugera bon d’acquérir afin de soutenir la liquidité sur les marchés.

 

Cette injection de liquidités est certainement la plus importante réalisée par la BCE depuis 2009. Malgré cela, la conférence de presse de Christine Lagarde a déclenché une crise au sein de la crise. Suite aux commentaires de la Présidente, un grave mouvement de panique s’est propagé sur les titres italiens, à la fois dette publique et marché d’actions. Cela au point que le très européiste Président de la république italienne Sergio Matterella (dont on peut souligner qu’il avait en son temps abusé de son pouvoir constitutionnel pour bloquer les ambitions de politique économique de la coalition « GialloVerde » de 5 étoiles et de la Ligue) a émis un communiqué visant Christine Lagarde et déplorant les attaques contre l’Italie au moment où le pays est à genoux, luttant seul contre l’épidémie de Covid-19.

 

En quelques mots prononcés par hasard, et pour se démarquer de son prédecesseur, Christine Lagarde a en effet fait voler en éclats et répudié l’édifice du « Whatever It Takes » de Mario Draghi, rempart contre l’implosion de la zone euro. En 2012, Mario Draghi, par ces trois mots, avait fait comprendre aux marchés que la BCE était prête à tout, à toute création monétaire massive, pour éviter le défaut d’un Etats membre de l’euro, en l’occurrence l’Italie. Basé sur des « Outright Monetary Transactions » qui n’ont aucun fondement dans le mandat de la BCE et n’existent pas dans la réalité, les trois mots du magicien Draghi avaient fait comprendre aux marchés qu’ils perdraient forcément face à la résolution de la banque centrale. Lagarde a fait exactement l’inverse de Draghi, puisqu’elle a expliqué, le 12 mars, qu’il n’était pas dans le mandat de la BCE de réduire les écarts de taux entre Etats membres, les fameux « spreads ». Draghi le magicien, Lagarde la démolisseuse.

 

Christine Lagarde a ainsi montré qu’elle a atteint sa « limite de Peter » en quittant le FMI pour la BCE. FMI qu’elle a d’ailleurs fortement contribué à transformer en « banque mondiale bis », plus préoccupé de gender equality et de green economy que de stabilité financière, sujets qu’elle apporte à présent à la BCE. Elle a de surcroît prouvé que, contrairement à Draghi, elle est l’otage de son Conseil des gouverneurs et en particuliers des faucons récessivistes franco-allemands Weidmann et Villeroy (le plus allemand n’étant pas celui qu’on croît), ce qui laisse présager le pire en matière de révision du mandat de la BCE.

 

Christine Lagarde a démontré qu’elle n’est bien que ce qu’elle semble être, c’est-à-dire une personnalité « people » qui passe son temps en mondanités qu’elle répercute sur ses réseaux sociaux -en lieu et place de considérations sur la politique monétaire et l’économie- et qu’elle manque de profondeur, de « gravitas », de compréhension des implications de ses paroles. Christine Lagarde est un Duisenberg bis, mais un Duisenberg de temps de crise, dont les gaffes et la parole mal maîtrisée aggrave les crises financières au lieu de les calmer.

 

Sa nomination est une erreur de plus à porter au passif de notre Président, Emmanuel Macron. La présidence de la BCE était bien l’enjeu le plus important des chaises musicales à la tête des institutions européennes en 2019. Mais le choix de Christine Lagarde montre une fois de plus le peu de jugement du Président, qui avait pourtant la possibilité de soutenir de nombreux candidats de qualité, y compris français (non, le Gouverneur actuel de la Banque de France n’en fait pas partie). Encore une fois, la mauvaise monnaie a chassé la bonne.

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