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Un base jumper.

Fais comme l'oiseau

Base jump, wingsuit, saut en haut des falaises : quelle est la limite entre sport extrême et auto-destruction ?

La semaine dernière, trois adeptes de wingsuit – un sport entre deltaplane et chute libre qui permet au pratiquant de planer grâce à sa combinaison en forme d'ailes, avant de déclencher un parachute – se sont tués en France.

Jean-Cyrille  Lecoq

Jean-Cyrille Lecoq

Jean-Cyrille Lecoq est psychologue du sport, coach et préparateur mental. 

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Atlantico : Base jump, wingsuit et autres sports plus ou moins basés sur de la chute libre affichent un taux d'accidents mortels conséquent, mais attirent pourtant des athlètes, parfois chevronnés et expérimentés. Comment expliquer cet engouement de pratiques sportives flirtant avec la mort ? Est-ce vraiment par seul attrait sportif ?

Jean-Cyrille Lecoq : Un premier élément pour expliquer l'attrait pour ces disciplines, c'est la recherche du plaisir immédiat et des sensations. On est dans un monde où l'on cherche constamment à vibrer. Avec ce type de sport, on est amené à connaître des sensations dans un laps de temps souvent court, un peu comme ce que l'on ressent avec une décharge d'adrénaline. Je pense que c'est cette recherche qui attire les adeptes. 

Après, la relation à la mort, je ne pense pas que ces gens y pensent sur le moment. De plus, les performances extrêmes - comme celle de Baumgartner (qui a effectué un saut à 36 000 mètres d'altitude, ndlr) - peuvent paraître bizarre mais sont en fait très bien préparées. Et c'est assez généralisable aux sports extrêmes : une apparence de faible préparation alors qu'en fait quasiment rien n'est laissé au hasard. On est face à des gens souvent très calculateurs. 
 

Quel est le cheminement psychologique amenant des sportifs à se lancer dans ces épreuves ? Y a-t-il un "profil type" du sportif de haut niveau s'intéressant à ces disciplines ? 

Il y a deux critères. Primo, le fait de ne pas avoir de limites. Secundo, il y a un vrai besoin de reconnaissance. Cela peut être lié à des problématiques rencontrées au cours de l'adolescence et à la manière de les résoudre en se marginalisant pour accepter les bouleversements que l'on rencontre. 

Comment les pratiquants perçoivent-ils le risque ? En ont-ils peur ? Est-ce une source d'excitation supplémentaire ? Ou bien y sont-ils totalement indifférents ? 

La notion de risque, ils l'ont. Lorsque vous parlez avec ces personnes, ils savent que c'est dangereux. Mais il y a un côté "invulnérable", avec l'idée que l'on peut toujours inverser les choses. Je vais prendre un exemple tout bête : quand vous faites un créneau et que vous accrochez votre voiture, vous entendez un bruit, vous abîmez votre pare-choc et pourtant, on a le réflexe avant de descendre de sa voiture de faire le chemin inverse en espérant que la carrosserie va se remettre en place comme avant. C'est un peu pareil avec ces sportifs : ils prennent des risques avec l'idée qu'ils vont toujours pouvoir s'en sortir et échapper à la mort.   
 

A partir de quand cette volonté de pratiquer ces sports - qui sont généralement autorisés - devient-elle pathologique et malsaine ? Où est la ligne rouge selon vous ? 

Je ne sais pas si on peut parler de pathologie. En général les gens auto-destructeurs vont simplement recourir au suicide. Là, on est face à des profils atypiques qui repoussent la ligne rouge tous les jours sans avoir l'impression de la franchir. S'ils avaient des pulsions suicidaires, ils n'auraient qu'à ne pas ouvrir le parachute...

Ce sont plutôt des personnalités joueuses qui veulent franchir des lignes que d'autres ne franchissent pas, ce qui leur permet d'obtenir une certaine reconnaissance. Quand vous côtoyez ces personnes, vous constaterez qu'il n'y a pas de côté morbide chez eux. S'il y en avait un, ils ne se lanceraient pas dans ces pratiques. Bien sûr, quand on les observe de l'extérieur, nous ne voyons que la limite telle qu'elle est, mais eux parviennent à la repousser un peu plus à chaque fois.

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