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Le rouge est mis

Bal des vampires : la CGT aime le sang jeune…

L'hémoglobine s'étale, écœurante, sur une affiche. Elle est restée sur l'estomac de beaucoup.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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La CGT, d'après tous les indicateurs, est en perte de vitesse. Même qu'elle est talonnée – la honte – par un syndicat réformiste, la CFDT. Et là on va où ? Comment trouver une deuxième jeunesse ? Comment combattre l'anémie qui la menace ? Avec, c'est élémentaire, une injection importante d'érythrocytes. C’est-à-dire de globules rouges.

Donc le syndicat de M. Martinez a mis du rouge dans son moteur défaillant et hoquetant. Dans le temps, c'était le rouge du sang des ouvriers. Aujourd'hui c'est, jeunesse oblige, le sang des lycéens et des étudiants dont les corps massacrés jonchent le pavé parisien. L'affiche est parlante. Le poids des mots : "La police doit protéger les citoyens, pas les frapper". Le choc de la flaque de sang sur laquelle apparaissent une matraque et l'écusson des CRS (quand même pas CRS-SS).

Le premier flic de France, Bernard Cazeneuve, s'en est légitimement ému, suivi en cela par nombre d'hommes politique de droite et (un peu moins) de gauche.  Comme l'affaire fait grand bruit, le camarade Martinez s'est trouvé contraint d'en parler. Et ses propos démontrent de façon éclatante et l'intelligence raffinée et les talents jésuitiques du patron de la CGT. "L'affiche ne figure pas sur le site officiel du syndicat. C'est juste un syndicat de notre organisation qui en est à l'origine".

Le père (c'est comme ça qu'on dit chez les jésuites) Martinez la désavoue donc ? A ça non ! "L'affiche ne vise pas les policiers, mais ceux qui leur donnent des ordres." C'est pas con ça. Le camarade flic, le camarade CRS est un ami de Martinez. Il les comprend. Il les aime. Car ils sont en quelque sorte des prolétaires obligés d'obéir à leurs méchants chefs. Et là se profile aussitôt l'image hideuse des vampires Cazeneuve et Valls suceurs du sang du peuple.

Le rouge-sang est une belle couleur. C'est aussi une couleur utile. Sans elle comment soulever les masses opprimées et les inciter à cotiser à la CGT ? Sans elle comment attiser la sainte colère des étudiants affiliés aujourd'hui et l'UNEF et demain peut-être au syndicat de M. Martinez ? Sans elle, comment chauffer les casseurs habillés de noir qui usent d'une légitime violence contre le système capitaliste ? Le rouge et le noir quel beau couple !

Il ne faudrait pas croire que la sanguinolente affiche de la CGT est juste un point de détail de son histoire. Là ou d'autres – CFDT, FO - émettent des revendications le syndicat de M. Martinez a une solide tendance à pousser des cris de haine. Avant la police, manifestement meurtrière, il avait pris pour cible le MEDEF et le CAC  40, deux entités monstrueuses et porteuses de tous les maux dont souffre la France. Il y a eu des affiches aussi inspirées que celles avec la flaque de sang. Avec les mots : " MEDEF, CAC  40. Jamais rassasiés". Et pour illustrer cette soif de sang, cet appétit pour la chair des salariés, des précaires et des chômeurs, un requin avec des dents énormes – Les Dents de la mer – et une hyène. Des animaux nuisibles et répugnants. A exterminer ?

Pour Autant on ne saurait nier que la CGT a des valeurs. L'une des plus marquantes c'est la haine avec pour corollaire des envies de meurtre. Derrière ces trépignements et ces vociférations verbales et plastiques on entend comme un murmure : "Pendez les tous !" Heureusement il y a d'autres valeurs. Et comme disait Léo Strauss : "Si toutes les valeurs se valent, alors le cannibalisme est juste une question de goût".

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