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Avenir du RSI : présidentielle ou pas, la technostructure a déjà décidé
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Dictature

Avenir du RSI : présidentielle ou pas, la technostructure a déjà décidé

Les conclusions du comité de suivi du régime social des indépendants, publiées fin février, illustrent la manière dont la technostructure s'y prend pour imposer son diktat au peuple.

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Le RSI donne un parfait exemple du mode opératoire suivi par la technostructure pour imposer son diktat au peuple. Les conclusions du comité de suivi du régime social des indépendants, fin février, permettent de reconstituer la méthode par le menu.

Comment le RSI a été imposé par la technostructure

Rappelons d’abord quelques vérités premières pour mieux éclairer ce qui suit. En 1946, le législateur avait prévu d’étendre la “sécurité sociale universelle” aux travailleurs indépendants, mais en continuant à en exclure les régimes spéciaux (notamment ceux de la SNCF ou de la RATP qui prétendaient être les principaux acteurs de la Libération) et les fonctionnaires. On notera au passage que ceux qui ont toujours été exclus de la sécurité sociale en sont aujourd’hui les principaux défenseurs.

Bref, en 1947, la révolte des professions libérales et indépendantes fait avorter le projet gouvernemental d’intégration de ces catégories au régime général de la sécurité sociale.

Commence alors un combat de près de 60 ans où la technostructure cherche à prendre sa revanche. Elle l’obtient en 2005 avec la création en urgence, par les conseillers d’Etat et ministres Bas et Dutreil (aujourd’hui soutien d’Emmanuel Macron) du régime social des indépendants (RSI). Bien entendu sans consultation des populations concernées.

Comment l’absorption du RSI par le régime général est une obsession de la technostructure

On le sait, la création d’un régime spécifique de sécurité sociale pour les indépendants est un pis-aller. L’intention fondamentale de la technostructure est de dissoudre ce régime spécifique au sein du régime général, tout en gardant un traitement de faveur pour les fonctionnaires. Ainsi sera parachevée la grande oeuvre aristocratique du jardin à la française, où les hauts fonctionnaires pourront, forts de leurs privilèges, déambuler altièrement dans les allées d’une société mise au carré sous couvert de protection sociale.

Il faut donc comprendre ici que les dysfonctionnements du RSI sont un levier permanent pour forcer ce régime à évoluer vers un rapprochement toujours plus grand avec le régime général.

La fabrique du mensonge

Pour emballer cette manipulation, la technostructure mobilise un arsenal dont l’analyse est utile pour comprendre comment, depuis plusieurs décennies, la réaction nobiliaire opère pour justifier publiquement sa prise de pouvoir et ses décisions unilatérales. La méthode est en effet consommée, rebattue, professionnalisée. Elle s’apparente à une fabrique du mensonge.

Leçon n°1: renverser les valeurs et les discours

Pour parvenir à justifier auprès de l’opinion publique le contraire de ce qu’elle veut, il faut toujours commencer par renverser les valeurs, comme l’Union soviétique le faisait très bien en se présentant comme populaire et démocratique.

Dans le cas du RSI, l’opération est un cas d’école. Bien entendu qu’une protection sociale libre serait plus avantageuse pour les indépendants qu’une protection sociale obligatoire et organisée par l’Etat. Cet avantage s’explique simplement: les indépendants sont moins malades que les salariés (parce que leur chiffre d’affaires dépend de leur présence) et partent plus tard à la retraite. En outre, les dysfonctionnements du RSI sont tels que l'assujettissement au régime est une plaie.

Pour justifier cette forfaiture, la technostructure renverse donc les valeurs et les discours. Elle veut mettre les indépendants au pas et prendre sa revanche sur 1946, mais elle explique qu’elle veut mieux protéger et diminuer la précarité. Si nous vous plaçons dans l’inconfort anxiogène du RSI, c’est pour votre bien.

Le renversement des valeurs et des discours, c’est la base du mensonge officiel.

Leçon n°2: mettre en place un comité théodule d’experts

Comme les dysfonctionnements du RSI sont criants et source de contestation bouillonnante, la technostructure utilise une autre ficelle: l’habillage de la forfaiture par un comité de suivi aux ordres. La recette est simple: au lieu d’apparaître en ligne directe, le gouvernement se cache derrière un comité d’experts qui est chargé de valider les décisions officielles en expliquant qu’elles sont les seules qui tiennent la route.

Officiellement, ce comité accorde une place (non précisée) aux cotisants. Bien entendu, dans la pratique, tout est organisé pour que ses délibérations soient opaques et débouchent sur ce que l’on veut, à savoir une validation des propositions officielles. L’enjeu est ici de permettre à la technostructure de répéter en boucle qu’elle consulte de façon sérieuse, loin des polémiques stériles, les parties prenantes au débat et qu’elles sont toutes d’accord sur les mesures proposées par le pouvoir.

Cette musique est vieille comme le monde. Il est simplement étonnant que cette technique de propagande soit utilisée en France sans susciter de protestations, ni de ricanements.

Leçon n°3: dire le contraire de ce qui est vrai

Régulièrement, le comité théodule est donc chargé de dire sans rire le contraire de la vérité. Sa séance de fin février n’a pas échappé à la règle. Voici quelques-unes de ces contre-vérités proférées en application des instructions officielles :

Le comité de suivi a ensuite pris connaissance de l’avancement dans la mise en œuvre des 20 mesures pour les assurés du RSI annoncées par Marisol Touraine, ministre des affaires sociales et de la santé, et Christian Eckert, secrétaire d’Etat chargé du budget et des comptes publics, en juin 2015. La tendance positive qui se dégageait des échanges tenus lors des précédentes réunions du comité se confirme, de nouvelles actions ayant été menées à terme. (…)

Les résultats de l’enquête annuelle de satisfaction indépendante réalisée par Médiamétrie ont été présentés au Comité. Cette enquête montre sur plusieurs points précis des améliorations ressenties par les usagers, même si le niveau de satisfaction global ne progresse pas. Une majorité des assurés (54%) du RSI reste satisfaite du fonctionnement du régime.

La ficelle propagandiste est toujours la même depuis les plus belles heures du régime stalinien. Le comité de suivi évalue les mesures prises par le gouvernement, et il dit qu’elles marchent bien. D’ailleurs “de nouvelles actions” font leurs preuves. Et puis il y a un sondage d’opinion qui montre que “sur plusieurs points précis” (ah bon! lesquels ? la nouvelle couleur des formulaires?) ça va mieux. Bon, on ne poussera pas le mensonge jusqu’à dire que tout va mieux, puisque le niveau de satisfaction global ne progresse pas ! Mais c’est pas parce que le niveau ne progresse pas qu’on peut dire que ça ne va pas mieux, bien au contraire.

D’ailleurs, 54% des cotisants sont satisfaits. Un taux qui vaudrait un licenciement immédiat à un directeur général dans le secteur privé, mais qui est jugé satisfaisant dans le public.

Bref, on ment, et on le proclame.

L’avenir du RSI est déjà arbitré

Il ne faut donc pas être grand clerc pour comprendre que l’absorption du RSI par le régime général est arbitrée. C’est juste une question de temps et de préparation de l’emballage.

Cet article est également consultable surDécider et entreprendre

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