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Crédits Photo: FRED DUFOUR / AFP

Santé

Autorisation officielle du baclofène dans le traitement de l’alcoolisme : l’étrange aveuglement sur les dangers de ce médicament

L'écrivaine Alix de Saint-André a expérimenté le Baclofène pour arrêter le tabac. Elle a été plongée dans un épisode très douloureux suite à la prise de ce médicament. Elle avait retracé ce combat dans un ouvrage, L'angoisse de la page folle, publié chez Gallimard.

Alix de Saint André

Alix de Saint André

Alix de Saint André est journaliste et écrivaine. Elle a passé plusieurs années sous Baclofène.

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Atlantico : L'autorisation de prescription du baclofène pour le traitement de l'alcoolisme est-il une bonne nouvelle ?

 
Alix de Saint-André : Non : c’est remplacer une drogue par une autre, censée avoir moins d’effets secondaires indésirables. L’alcool est une drogue létale, autorisée sur le marché, mais ni prescrite ni remboursée, et la particularité du baclofène est que sa prise n’entraîne pas l’obligation totale d’arrêter de boire de l’alcool en même temps. 
 
Cette autorisation très encadrée, interdisant de trop fortes doses, rendra  furieux tous ceux qui en prennent déjà énormément! 
 
Car c'est un traitement que vous ne pouvez pas arrêter; il ne guérit pas, vous en avez pour toute votre vie. Pour couper  l'envie de boire, il faut en prendre tous les jours, selon une dose variable selon chaque patient, mais qui peut être forte.
 
Son promoteur, le Dr Olivier Ameisen, cardiologue alcoolique qui expérimentait le traitement sur lui-même en étant sa propre souris blanche, et en prenait de fortes doses tous les jours, est mort lui-même d’une crise cardiaque, à 60 ans, le 18 juillet 2013. Sans autopsie.
 

Ce médicament peut-il être dangereux même à faible dose ?

Oui, il existe -au moins- un syndrome : le "Baclofen induced psychosis »  (psychose induite par le baclofène) qui vous expédie à l’HP en compagnie d’éléphants roses à des doses minimales au bout de trois semaines. Ce qui m’est arrivé, alors que j’essayais ce traitement contre le tabagisme. A l’époque, le Dr Olivier Ameisen disait que ça n’avait pas plus d’effets secondaires qu’un verre d’eau, et comme je le croyais,  j’ai mis très longtemps à comprendre ce qu’il m’était arrivé, dont j’ai fait un livre.
 
Sur le blog des patients, il n’existait même pas de rubriques « effets indésirables », tous attribués aux erreurs des patients, et quand les gens envoyaient des mails de 15 km, en expliquant qu’ils entendaient des trucs bizarres, personne ne s’en inquiétait. Ce n’est plus le cas aujourd'hui. Au contraire.
 
Le baclofène a le même effet que les amphétamines: il enlève les appétits naturels : soif, faim, sommeil.  Et c’est donc aussi dangereux. Même si ça ne crée pas une addiction au médicament lui-même.
 

Faut-il définitivement l'interdire dans le traitement de l'alcoolisme ?

 
Je l’avais pris contre le tabagisme, certains médecins le prescrivent aussi contre la boulimie, puisqu’il s’attaque à l’addiction. Une patiente a déjà fait un livre là-dessus. Il ne s’agit pas d’interdire ou d’autoriser, car on trouve toujours des dealers ou, des gens, comme moi, qui ont envie d’essayer toutes les nouveautés…
 
Il faut surtout informer que le baclofène est aussi une drogue, comme l’alcool, et pas un cachet d’aspirine. Un médicament de type neuroleptique dont la prise doit être adaptée à chaque patient en permanence, et dont l’entourage doit être prévenu et disponible pour réagir en cas de pépin, ce qui a été ma chance.

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