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Elon Musk, propriétaire de SpaceX et PDG de Tesla, pose alors qu'il arrive sur le tapis rouge pour la cérémonie des Axel Springer Awards, à Berlin, le 1er décembre 2020
Elon Musk, propriétaire de SpaceX et PDG de Tesla, pose alors qu'il arrive sur le tapis rouge pour la cérémonie des Axel Springer Awards, à Berlin, le 1er décembre 2020
©Britta Pedersen / POOL / AFP

Bonnes feuilles

Automobile : au coeur de l’aventure Tesla et de la révolution d’Elon Musk

Luc Mary publie « Elon Musk, l'homme qui invente notre futur » aux éditions de l’Archipel. Qui est véritablement Elon Musk ? Cette biographie décrypte le mythe Musk. Innovateur génial, il est devenu en quelques années l'incarnation de la Silicon Valley. Extrait 1/2.

Luc Mary

Luc Mary

Luc Mary est un écrivain et historien. Il a notamment écrit Mary Stuart, la reine aux trois couronnes (l'Archipel, 2009) et Jeanne d'Arc (Larousse, 2012). Il a aussi coécrit avec Philippe Valode Et si... Napoléon avait triomphé à Waterloo ? L'histoire de France revue et corrigée en 40 uchronies (Editions de l'Opportun, juin 2011)Il est l'auteur de 20 livres et de plus d'une centaine d'articles. Il rédige régulièrement des textes pour la revue Actualité de l’histoire, une rubrique mensuelle consacrée aux uchronies.

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Si l’œuvre de SpaceX et la course aux étoiles constituent le principal cheval de bataille de notre brillant entrepreneur, Tesla fait figure de véritable défi technologique et commercial dans le grand dessein d’Elon Musk. Toujours en pariant sur des prix ultra-bas pour attirer le plus grand nombre. À commencer par le tarif des batteries. Dès le 22 septembre 2020, lors du «Tesla Battery Day », Elon Musk annonce une voiture électrique à 25 000 dollars hors taxes pour une autonomie de 320 kilomètres, ainsi qu’une nouvelle cellule de batterie plus grande et plus puissante. L’heure est aussi à la simplification de la fabrication, tant des voitures que des batteries. L’approvisionnement des matériaux est aussi une préoccupation majeure de Tesla, laquelle parie surtout sur le silicium et le nickel, très présents dans le sous-sol américain.

Fort de son dernier succès spatial avec l’amarrage de la capsule Dragon à l’ISS, le double patron de SpaceX et de Tesla évoque désormais une batterie d’une autonomie exceptionnelle d’un million de kilomètres.

En somme, l’ère du pétrole est morte, mais elle ne le sait pas encore!

À n’en pas douter, après la conquête de la planète rouge, Elon Musk entend séduire notre planète bleue en commercialisant sa voiture électrique dans le monde entier. Le marché de l’énergie propre a de beaux jours devant lui. Si Elon ne devine pas le futur, il le réinvente en permanence…

 

«C’est la machine qui construit la machine »

Tesla Motors n’est pas seulement un défi commercial, la société est un avant-goût du monde de demain. Une nouvelle vision du monde en quelque sorte, un idéal post-pétrolier qu’Elon entend imposer au reste de la planète. En septembre 2012, soit seulement une saison après la présentation de la Model S, Elon Musk affiche ses ambitions: faire de Tesla l’entreprise automobile la plus rentable du monde, en axant ses recherches dans trois directions: l’optimisation du rendement, la réduction des coûts de fabrication des batteries et la simplification du processus de production de ses véhicules. Un pari industriel qui entend toucher le public de masse en octroyant une plus grande autonomie à ses véhicules et en accélérant le temps de recharge. Son objectif est d’accélérer la transition mondiale vers un schéma énergétique durable, en rendant de plus en plus accessibles les véhicules électriques et les solutions énergétiques.

Dans cette perspective, Tesla ambitionne de réduire sensiblement les prix de ses voitures, notamment en créant de gigantesques usines à batteries de lithium-ion en Amérique du Nord dans un premier temps, puis sur les autres continents. À l’inverse des autres constructeurs automobiles, comme Renault, qui veulent baisser le prix de leurs véhicules en vendant un grand nombre de voitures, Elon Musk veut réduire le prix de ses modèles en produisant des batteries en masse. Un véritable choc d’offres en quelque sorte. En somme, qui veut contrôler la voiture électrique doit d’abord contrôler la chaîne de production de la batterie. D’après l’homme qui veut décrocher Mars, les jours du pétrole sont désormais comptés; très prochainement, d’ici 2030, le nombre de voitures électriques sur les routes l’emportera sur celui des voitures thermiques, Elon Musk en est intimement convaincu. Il parle même de 20 millions de véhicules produits par an. Au début des années 2010, les voitures électriques sont relativement chères par rapport aux voitures à essence, principalement en raison du coût élevé des batteries. Dans leurs laboratoires, les ingénieurs de Tesla s’ingénient alors à fabriquer des batteries 100% écologiques, dotées d’un cycle de vie très long et pourvues d’une autonomie correcte. Ils s’efforcent en particulier de réduire l’échauffement des batteries pour éviter tout court-circuit en modifiant quelque peu leur architecture.

Bientôt, affirme Elon, ses voitures pourront relier Los Angeles à New York sans perdre la moindre goutte d’essence. Elles pourront même relier les deux villes sans recharger leurs batteries. À son actif, la construction de six premières stations de bornes de recharge ultrarapides appelées les superchargeurs, notamment en Arizona, au Nevada et en Californie dès la fin de l’été 2012.

Deux ans plus tard, en juin 2014, Tesla Motors débute l’édification de la première grande usine de batteries près de Sparks, dans le Nevada . Un immense bâtiment qui sera alimenté par l’énergie solaire. «C’est la machine qui construit la machine», confie Elon Musk dans les colonnes du magazine Wired. Colossal, cyclopéen, muskien, le nouveau site est censé couvrir la consommation de plus de 500000 véhicules électriques par an. Tous les éléments des véhicules, des batteries aux moteurs, du minerai de base jusqu’à la voiture achevée, seront construits sur place. Même Panasonic Corporation, le partenaire japonais de Tesla Motors, fabriquera ses précieuses piles sous le toit de l’immense usine. Ainsi naît la Gigafactory 1 de Reno, l’un des édifices industriels les plus vastes de la planète.

 

Bienvenue dans l’ère des gigafactories

Automne 2014. Un grand chantier doublé d’un grand défi industriel et commercial. Bâtie en plein cœur du désert du Nevada (pour bénéficier à fond de l’énergie solaire), non loin de la fameuse «zone 51 », la Gigafactory de Reno est l’usine de tous les records. Sa superficie ne devrait pas couvrir moins d’un million de kilomètres carrés, soit cent trente terrains de football.

À l’intérieur, l’heure sera au respect de l’environnement. Fini les chaînes de montage crasseuses, les murs seront d’un blanc immaculé et le sol brillera comme celui d’un laboratoire flambant neuf. À elle seule, la mégastructure produira trois fois plus de batteries que l’ensemble de la planète. Vue du ciel, l’immense usine recouverte de panneaux solaires ressemblera à un diamant, si ce n’est à un gigantesque microprocesseur. Tandis que les ingénieurs occuperont les bureaux, l’ensemble de l’usine sera automatisé et une armée de robots fera le gros du travail. Dans cette perspective, les lignes d’assemblage s’occuperont de la conception à la fois des cellules cylindriques, de la taille d’une pile standard et du pack batteries avec connexion et système de gestion. Seules les matières premières – lithium, cobalt et graphite – seront acheminées quotidiennement par le train.

Tout cela dans une seule optique: diviser par deux les coûts de production. En construisant toutes les pièces, en les assemblant au même endroit et en produisant en très grandes quantités, Musk entend baisser de 30% le prix de ses batteries, baptisées powerpacks.

En l’espace de six ans, les travaux de l’usine géante vont engouffrer près de 6 milliards de dollars, tandis que plus de 7000 salariés grouilleront sous un immense toit en forme de joyau. Pour financer son projet titanesque, Tesla a bénéficié de l’aide de l’État du Nevada, à raison de plus d’un milliard de dollars de subventions sous forme de vingt ans d’exemption de taxes de vente.

Nullement désintéressé, le gouverneur du Nevada, Brian Sandoval, espère tirer profit de cet investissement en misant sur l’énorme impact économique qu’engendrera la fameuse Gigafactory 1 dans la région…

Le 29 juillet 2016, alors que les travaux sont loin d’être achevés (seuls 75 000 mètres carrés ont alors été construits!), a lieu l’inauguration de l’usine gargantuesque. Entre-temps, Tesla a lancé les travaux de la Gigafactory 2. Implantée à Buffalo, près de New York, cette usine spécialisée dans la fabrication des cellules photovoltaïques sera une mégastructure encore plus titanesque que celle du Nevada. Toujours soucieuse de préserver la propreté de notre planète, la nouvelle usine de Tesla évitera de faire appel aux énergies fossiles tout en prospectant le sous-sol même du Nevada à la recherche de ses principaux minerais; elle sera aussi alimentée par une myriade de panneaux solaires et s’équipera d’un système de recyclage de l’eau…

À défaut d’ouverture à proprement parler de l’usine de Reno dès ce mois de juillet 2016, Elon Musk organise une soirée très arrosée où sont conviés une poignée de clients privilégiés. «Nous voulons vraiment changer le monde», déclare Musk devant un public conquis. Sans cravate et vêtu d’une simple veste kaki, l’homme de tous les défis annonce les futures étapes de son plan pour la Gigafactory 1. «Les batteries sortiront de l’usine plus rapidement que des balles d’une mitrailleuse», s’enthousiasme-t-il. Six mois plus tard, en janvier 2017, démarre la fabrication des batteries de lithium-ion. Entièrement automatisée, la méthode de construction desdites batteries s’inspire de celle des sodas et de la mise en bouteille; une conception sept fois plus rapide que ses homologues.

Robots ou pas, les salariés de Tesla travaillent comme des forçats. Tant et si bien qu’en décembre 2018, la production de la Gigafactory 1 du Nevada atteint un rythme de 10000 packs de batteries par semaine. Fortes de l’appui de Panasonic Corporation, les équipes de Musk ont eu pour géniale idée d’automatiser la mise en place des cellules de batteries (à savoir des piles) au sein de blocs puis de modules grâce à l’utilisation massive des robots. Ces derniers ont ainsi réuni assez de modules pour alimenter la production des Model S et X1…

Leur nombre augmentant sensiblement, le coût des batteries est réduit d’autant. D’après Sam Jaffe, du cabinet Cairn Energy Research Advisors, le coût de production des cellules de batteries de Tesla dans l’usine phare de Reno ne dépasse pas 116 dollars par kilowattheure, soit un chiffre bien inférieur à celui de l’industrie classique, s’élevant à 146 dollars en moyenne. Par voie de conséquence, Tesla a la possibilité d’abaisser les prix de ses modèles. Comme le clame haut et fort Elon Musk, ses voitures vont devenir abordables au très grand public. À commencer par la Model 3, vendue dans un premier temps à 53 500 euros, entièrement conçue sous le toit de l’usine du Nevada. Dès la présentation des deux versions de la Model 3 en mars 2016, Standard et Long Range, plus de 400 000 exemplaires de la nouvelle voiture de Tesla sont précommandés par des clients en provenance du monde entier. Du jamais vu de mémoire de constructeur automobile.

 

©Editions de l’Archipel, 2021

Extrait du livre de Luc Mary, « Elon Musk, l'homme qui invente notre futur », publié aux éditions de l’Archipel

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