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Fausse route

Au mieux inoffensive, au pire contre-productive, les véritables effets de la pensée positive

De la pensée positive à la psychologie positive, ils sont nombreux à défendre les vertus qu'on peut trouver dans le fait de dédramatiser et de voir la vie sereinement. Des études américaines démontrent cependant que ceux qui adoptent cette attitude connaissent plus de difficultés que les autres...

Philippe Vernier

Philippe Vernier

Philippe Vernier est Directeur de Recherche au Centre national de la recherche scientifique, et est le directeur de l’Institut des Neurosciences Paris-Saclay (CNRS Université Paris Sud).
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Comment définiriez-vous la pensée positive ?

La pensée positive (traduction littérale de « positive thinking ») ressemble beaucoup à ce que nos anciens appelaient « la méthode Coué », ou tout simplement à une forme d’optimisme. Il s’agit avant tout d’une formule « marketing », inventée aux USA, pour vendre ce que le sens commun - et les religions - connaissent et utilisent depuis la nuit des temps. Il s’agit de « pendre le bon côté de la vie », utiliser événements ou situations agréables pour se convaincre que tout va bien, et de ne laisser envahir ses pensées par les  problèmes, les difficultés ou les peines. Il y a des dizaines de livres et des centaines d’articles de journaux et de pages internet sur le sujet, des milliers de personnes en vivent… Un vrai business.

Parmi les critiques que peuvent faire certains experts de la pensée positive, on trouve notamment celle-ci : "la pensée positive pousse à fantasmer sa vie plus qu'à la vivre". Quels sont les arguments qui vont dans leur sens ?

Bien sûr, l’optimisme exagéré, qui peut aller jusqu’au déni de réalité, n’est pas efficace non plus, au contraire. Il conduit à minimiser les problèmes, ou à ne pas les voir. Il conduit à retarder  les décisions nécessaires, les choix, parfois difficiles qui s’imposent dans un grand nombre de situations pénibles ou conflictuelles. Mais là encore, il s’agit de psychologie élémentaire, du simple bon sens en fait.

Au fond, la pensée positive a-t-elle un réel effet sur le cerveau ? Ou ne s'agit-il que d'un effet placebo ? Est-elle profitable ?

En premier lieu - et c’est aussi une évidence - les pensées, positives ou non, sont une activité cérébrale. Penser et agir avec optimisme a bien sûr des conséquences sur les prises de décisions, sur la perception que nous avons du monde qui nous entoure, sur la connaissance de notre environnement et les apprentissages des différentes situations vécues et qui forgent notre histoire personnelle, ce que l’on appelle la personnalité. De ce point de vue, les pensées positives dépendent en partie de l’activité des systèmes de neurones, qui dans notre cerveau, sous-tendent les émotions positives, la motivation positive (l’envie de faire les choses si l’on veut).

La comparaison avec l’effet placebo est intéressante. L’effet placebo peut effectivement être considéré comme une forme de « pensée positive ». Mais l’effet placebo est un véritable effet bénéfique. Ce n’est pas de la magie. Quand le fait de prendre quelque chose que l’on croit être un médicament actif conduit à une guérison, la guérison, comme l’effet du produit, sont bien réels. Dans le cas des médicaments antalgiques (anti-douleur) par exemple, les personnes chez lesquelles les placebos « marchent » présentent les mêmes modifications d’activité cérébrales dans zones activées par la douleur que les personnes chez lesquelles le vrai médicament est actif, quand on étudie leur effet en imagerie fonctionnelle. La pensée dite positive, si elle est vraiment positive a effectivement un effet sur le cerveau et sur l’ensemble de nos comportements. Tout activité mentale dépend de l’activité cérébrale…

Finalement, conseilleriez-vous la pensée positive à un patient, dans le cadre d'un traitement ?

C’est aux médecins qui connaissent et soignent le patient de leur conseiller ce qui est approprié à sa maladie ou à ses troubles. Néanmoins, le fait d’être optimiste et motivé pour guérir peut être un facteur de la guérison, même si les arguments objectifs, les études bien contrôlées et statistiquement valides, sont encore assez peu nombreuses et restent controversées. Le cerveau influence l’activité du système immunitaire et de tous les systèmes de défense de l’organisme, et en ce sens, la pensée positive peut être bénéfique.

Néanmoins, il y a aussi des réflexions très intéressantes dans le livre célèbre de Barbara Ehrenreich  Smile or Die: How Positive Thinking Fooled America and the World et qui montrent que la dictature de la “pensée positive” est parfois très dure à vivre pour les patients atteints de cancer comme ce fut son cas. Un autre problème à propos ce genre de questions telles que la « pensée positive » est que dans la mesure où les gens « y croient », ils n’ont pas besoin de preuve pour y croire… Et même surtout pas ! 

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