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Attention chiffre choc : et le nombre réel de policiers pour assurer le confinement et l’ordre public dans Paris n’est plus que de...
©GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP

RÉVÉLATION

Attention chiffre choc : et le nombre réel de policiers pour assurer le confinement et l’ordre public dans Paris n’est plus que de...

La décrue des forces de police connait une décrue importante, notamment dans le grand Paris, petite couronne et intra-muros compris. Un épiphénomène inquiétant de la gestion très contestable de cette épidémie par le gouvernement.

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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De ce qu'affirment, préoccupées, des sources sûres, les effectifs sur Paris intra-muros de la préfecture de police connaitraient depuis quelques semaines une forte décrue, du fait de la crise sanitaire-pandémie COVID 19, ressentie ou crainte par les policiers et leurs familles.

Pour qui n'est pas le préfet (et encore), connaître les effectifs policiers précis du grand Paris a toujours été une gageure ; on sait cependant que sur un total de quelque 33 000 policiers, seuls 20% sont, d'ordinaire, affectés à l'opérationnel (sécurité publique... commissariats, etc.). Or aujourd'hui, seuls encore 20% ces peu ou prou 6 000 effectifs, seraient désormais mobilisables par cycle de 24 heures ; soit quelque 1 300 policiers opérationnels, pour une capitale de deux millions d'habitants.

Bien sûr, cette dégradation affecte aussi la "petite couronne" parisienne, où la préfecture de police de Paris a aussi autorité. Hauts-de-Seine, Val-de-Marne et Seine Saint-Denis : là, la préoccupation croit encore car, par rapport à Paris même (38 policiers/10 000 habitants)  la quotité de policiers actifs, tous corps considérés (Cour des Comptes, décembre 2019), passe à 20/10 000 en Seine Saint-Denis, à 16/10 000 dans le Val-de-Marne et 14/10 000 dans les Hauts-de-Seine (derniers chiffres publics).

D'où, sans doute, le "confinement light", dans la périphérie parisienne et autres secteurs "chauds" (Marseille... Lille-Roubaix-Tourcoing), qu'annonce le Canard Enchainé, citant le secrétaire d'État Laurent Nuñez.

Comme indiqué récemment, une période de confinement est défavorable à la quasi-totalité des actes criminels, qui pour s'opérer, pour guetter ou pour fuir, exigent l'abri de la masse, de la foule. "Comme un poisson dans l'eau", disait jadis Mao du révolutionnaire voulant agir caché. Même exigence bien sûr pour tout criminel en action.

Exemple tout récent : un premier bar clandestin, à Stains (93) - façon prohibition américaine - a vite été repéré par la police du fait d'un suspect attroupement voisin.

Mais de tels repérages ne sont possibles que si confinement il y a bien, et si l'ordre public est toujours maintenu sérieusement. Or la crise sanitaire est loin d'être finie et le nombre de personnels des forces de l'ordre atteints par le virus peut augmenter dans le proche avenir - d'autant que leur protection (masques et gants efficaces en nombre... gel désinfectant...) a été négligée, côté gouvernement, au début de la crise.

Le 26 février écoulé, avant le confinement, un haut fonctionnaire disait à l'auteur que la pandémie était inévitable, qu'on ne savait ni la soigner, ni la stopper vraiment ; et qu'il faudrait, en cas de crise sanitaire grave, 220 millions de masques pour le seul personnel de l'État au sens large (fonctionnaires en contact avec le public, personnel hospitalier, etc.). Ce, du fait qu'un masque n'est efficace que trois heures et doit ensuite être détruit  - donc deux par porteur sur une vacation de six heures, etc.

S'ajoute à cela le progrès de la pandémie dans la gendarmerie nationale ; avec le souci spécial que la plupart des gendarmes (hommes et femmes) vivent dans des casernes, où les logement sont modestes, avec famille et enfants. A présent, leur taux de contamination n'est pas le pire, mais à y regarder de près, la grande couronne parisienne et la partie orientale du sud-est de la France, proche de l'Italie, commencent à voir leurs gendarmes plus durement affectés qu'ailleurs.

De plus, la désolante annonce par Mme Belloubet de l'élargissement prochain de 5 000 détenus - envoie un second message négatif aux malfaiteurs de tout poil - d'abord, les zones hors-contrôle ou vous résidez d'usage sont moins confinées qu'ailleurs, mais vous-même pouvez y retourner plus vite que prévu.

Ultime souci pour un gouvernement dont l'amateurisme transpire toujours plus. Le 23 avril (à 24 heures près) commencera le Ramadan 2020. Déjà, des fanatiques profèrent que la maladie "des blancs" ou "des mécréants" ne doit pas inquiéter les fidèles ; que les prières collectives ne sont pas un risque sanitaire, mais protègent les bons musulmans. Si leur point de vue s'impose dans les zones à confinement-light, quelle sera la réaction de Castaner & co. ? Et quels effectifs pourront-ils mobiliser pour y mettre bon ordre ?

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