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Retenir la leçon

Attentat de Nice, un an après : ces leçons qui n’ont été que très imparfaitement tirées

Un an après l'attentat de Nice, quels changements ont été effectué dans l'appareil antiterroriste de la France ?

Xavier Raufer

Xavier Raufer

Xavier Raufer est un criminologue français, directeur des études au Département de recherches sur les menaces criminelles contemporaines à l'Université Paris II, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Dernier en date:  La criminalité organisée dans le chaos mondial : mafias, triades, cartels, clans. Il est directeur d'études, pôle sécurité-défense-criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers. 

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Atlantico : Il y a un an avait lieu l'attentat de Nice qui a provoqué un choc à la hauteur du tragique bilan humain subi ainsi que des questions sur l'impréparation des pouvoirs publics face à une menace pourtant formulée clairement par l'Etat islamique. Peut-on considérer que ce choc a entrainé un changement des mentalités au niveau du pouvoir politique d'une part, des services de renseignement d'autre part ? Nice a-t-il au moins servi à quelque chose ? 

Xavier Raufer : Comme je le répète sans cesse dans Atlantico depuis janvier 2015, les attentats de Charlie-Hebdo et de l'Hyper-Casher ont assommé notre gouvernement, président de la République en tête. Ceux qui ensuite (hauts fonctionnaires, patrons de services de police et de renseignement) voyaient les intéressés en réunion me décrivaient des "lapins dans les phares", paralysés, tremblants, éperdus, juste capables de gérer les aspects médiatiques de la douleur publique. 

Ce gouvernement sans force ni autorité n'a rien changé de crucial dans l'appareil antiterroriste de la France, du début janvier 2015 au départ de l'Elysée de M. Hollande. Tout du long, la lutte antiterroriste se concoctait dans un cénacle nommé UCLAT, sorte d'usine à gaz avec 22 services autour de la table quand arriva à l'Intérieur M. Cazeneuve, lui et ses postures de Napoléon au pont d'Arcole. Il y en avait 24 au départ de son ultime clone, M. Fekl ; plus une couche supplémentaire ajoutée au mille-feuille, un "Etat-major opérationnel" dont nul à l'Intérieur n'a jamais compris à quoi il rimait - y compris ceux qui y étaient affectés. 

Rien n'a changé sérieusement dans l'antiterrorisme sous M. Hollande et le jour de son départ, la structure était pour l'essentiel celle que M. Sarkozy avait laissée. Donc avant Nice, pendant Nice et après Nice, M. Hollande regnante, tout pareil, du tam-tam médiatique et sur le terrain, des services - dévoués et courageux - devant se débrouiller avec les moyens du bord.

L'enquête a-t-elle permis d'y voir plus clair sur ce qui aurait pu être mieux géré, dans la détection du terroriste ou dans l'exécution de son projet ? 

Le problème n'était pas dans les détails de gestion de l'antiterrorisme, mais dans la conception, dans la vision d'ensemble, puis dans la mise à exécution des plans conçus. Or - je sais ça fort bien, m'étant souvent entretenu avec des responsables communautaires juifs, notamment ceux chargés de la sécurité - MM Hollande & co., parlant à ces responsables, faisaient à peu près le diagnostic qu'à l'époque, je formais pour Atlantico : les terroristes sont des hybrides, issus d'une sanguinaire symbiose terreur-crime. Mais ensuite et jusqu'au dernier jour de son mandat, M. Hollande et ses ministres ont constamment échoué à faire comprendre et admettre ce diagnostic aux responsables du Renseignement intérieur, qui n'ont jamais compris, alors et jusqu'à ce jour, qui était l'ennemi. Fin janvier 2017 encore, la DGSI produisait une étude confidentielle sur le nouveau terrorisme post-Merah : dans ces 30 et quelques pages, pas une fois le mot hybride n'était prononcé. 

Or, catastrophe après catastrophe, nul de ces myopes n'a été renvoyé, la plupart étant même promus et décorés ! Quels cadavres y avait-il dans ce placard ? Quelles compromissions ou chantages, peut-être ? Attendons. Tout finit par se savoir.

Vous aviez notamment salué dans nos colonnes la nomination de Pierre de Bousquet de Florian à la tête de la task force anti-terroriste déployée par l'Elysée, est-il possible en l'état de se faire une idée des grandes orientations qui seront prises dans ce quinquennat en matière de gestion du terrorisme ? 

Patience. Une force s'assemble pour agir. Comme pour une équipe sportive de haut niveau, ce temps de gestation est crucial pour les batailles à venir et pour de futurs succès. Laissons cela s'accomplir, avec mes vœux de bonne route. Et comme "Ainsi parlait Zarathoustra", contient toujours le plus grand, j'accompagne mes vœux ce ces quelques lignes (I - De la guerre et des guerriers) "Je ne vous conseille pas le travail, mais la lutte. Je ne vous conseille pas la paix, mais la victoire. Que votre travail soit une lutte, que votre paix soit une victoire !"

 

 

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